À la Coupe du monde, le VAR est dans le fruit

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L’introduction du vidéo arbitrage (VAR) est loin d’avoir éliminé toutes les erreurs de jugement. Et elle ouvre la voie à des problèmes inattendus.

Au terme de la phase de groupes, la première expérimentation du vidéo arbitrage dans une Coupe du monde permet d’aboutir à une conclusion solide: la part d’interprétation humaine dans les zones de décision (surfaces de réparation) ou dans les situations complexes (contacts spectaculaires) rend souvent impossibles les consensus arbitraux.

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Loin de lever les doutes, le VAR (video assistant referee) met en évidence toute la difficulté de la prise de décision. Mieux, elle révèle l’une des facettes méconnues du football: une action peut être à la fois valide et invalide. Le but originel des lois du jeu n’était pas de sanctionner une infériorité et d’éliminer cette fameuse "injustice sportive", mais bien de favoriser la meilleure expression du jeu et des joueurs, pour le plaisir des spectateurs.

L’esprit de la loi compte plus que son application

Lors du match Portugal-Iran, le coup de coude de Ronaldo, sanctionné d’un carton jaune, n’a mis personne d’accord. À vitesse réelle, sur quelques dixièmes de secondes, il ne mérite sans doute même pas un carton jaune. Dans un premier ralenti, la nécessité d’un rouge semble radicalement s’imposer. Trois ou quatre autres ralentis, sous des angles différents permettant de voir l’intensité du duel, justifient finalement un simple jaune. Une plus longue réflexion sur l’intention réelle du joueur, très calculateur et qui ne fait rien au hasard, fait de nouveau pencher vers le rouge. À moins de considérer qu’il s’agit de l’un des joueurs les plus agressés, verbalement et physiquement, et que ce coup de coude est seulement épidermique, forcément épidermique. D’ailleurs, s’agit-il d’un coup de coude ou d’un coup de l’avant-bras? Touche-t-il le menton ou la gorge? A-t-il mis en danger l’intégrité physique de son adversaire?

L’autre déception évidente du vidéo arbitrage concerne les simulations et les contestations, désormais systématiques alors qu’elles étaient censées fortement diminuer.

En Angleterre, l’ancien arbitre international Mark Clattenburg, une référence dans la première partie de cette décennie, était un fervent défenseur de la vidéo jusqu’au début de cette Coupe du monde. Il a revu son jugement depuis, en qualifiant le VAR de "chaos total." Et en pointant la principale difficulté à laquelle s’exposeront les arbitres vidéo: savoir exactement quand interpeller l’arbitre de champ. "Le seuil de tolérance a changé. La VAR s’oriente vers une surréactivité", s’inquiète-t-il.

L’ancien arbitre Mark Clattenburg a revu son jugement et qualifie le VAR de "chaos total".

Vers une déresponsabilisation de l’arbitre central

Le nombre de penalties accordés – 24 – constitue d’ores et déjà un record historique. Comme en Bundesliga, en Série A italienne et dans le championnat belge, le nombre de recours au VAR va encore augmenter pour chercher à réduire au maximum le nombre d’erreurs, ce qui va rapprocher le football du rugby au niveau du rythme (pénalités et arrêts de jeu) et des sports de salle (police des contacts).

 

Le VAR peut-il s’améliorer? Une projection rationnelle tend plutôt à laisser imaginer une lente dégradation de l’arbitrage.

Les arbitres de champ ont déjà commencé à se déresponsabiliser. Siffler un penalty ou sortir un carton rouge avant d’avoir été alerté par les arbitres vidéo expose à un risque trop élevé de décrédibilisation en cas d’erreur. Ne rien faire apparaît comme l’option la plus pragmatique pour un arbitre qui tient à son emploi. Il en va de même pour les juges de touche, qui prendront de moins en moins le risque d’annuler une action en cours.

Infantino ne peut plus reculer

Politiquement, pourtant, la Fifa ne peut plus reculer, le vidéo arbitrage ayant été le principal chantier de son président Gianni Infantino.

Référence dans le milieu footballistique, l'ancien arbitre Mark Clattenburg soutenait l'utilisation de la vidéo. Mais cette Coupe du monde lui a fait changer d'avis, il met un carton rouge au VAR. ©AFP

Dans sa communication, la Fédération internationale ne mentionne que les cas où le VAR est intervenu de façon correcte. Sans mentionner les cas de penalty potentiel où elle a "oublié" d’intervenir pour aider l’arbitre de champ. Une douzaine de cas ont été répertoriés, soit un tous les quatre matchs.

Ce niveau élevé d’erreurs majeures semble supérieur à celui qui a été observable sur toutes les Coupes du monde depuis 1990. De toute évidence, aucune n’a suscité autant de polémiques. Le piège s’est clairement refermé sur la Fifa et sur les partisans d’un arbitrage technologique optimisé.

L’avenir du vidéo arbitrage reste donc incertain. Les trois compétitions de clubs les plus regardées du monde, la Ligue des champions, l’Europa League et la Premier League anglaise, n’ont pas encore franchi le pas.

Il est probable que la Premier League (FA) ne regrette pas son choix d’avoir repoussé d’au moins un an l’application de ce système, tout comme le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, qui n’envisageait pas de l’appliquer dans les compétitions européennes à moyen terme, et qui n’a probablement pas changé d’avis au vu des difficultés rencontrées en Russie.

Le VAr a modifié 14 décisions

Lors de la phase de poules en Russie, "335 incidents ont fait l’objet d’une vérification" par l’équipe d’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), a annoncé vendredi la FIFA qui revendique un taux de décisions correctes de 99,3% grâce au VAR, contre 95% sans.

Au total, 14 décisions ont été changées après utilisation du VAR, et 3 confirmées: 1 penalty sifflé et 2 qui n’avaient pas été donnés avec raison.

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