chronique

Avancée dans l'antiracisme

Bruno Venanzi

Le hors-jeu de Bruno Venanzi, cofondateur de Lampiris et président du Standard de Liège.

Avec mes amis Jérôme, Fatih et Farid, on jouait au foot dans la rue comme si notre vie en dépendait. Et des Coupes du monde on en a disputé entre nous. Jérôme, c’était la France; Fatih, la Tunisie; Farid, l’Algérie et moi, l’Italie. Mais quand "notre" pays était à la dérive, on était tous aussi un tant soit peu la Belgique.

C’était notre spécificité, cette double nationalité, même si à cet âge-là, il était difficile d’avoir cette double identité car en Belgique, on était qualifié d’étranger et à l’étranger de Belge. Et si pour moi, c’était déjà un peu facilité par le fait que l’immigration italienne était fort bien intégrée dans le paysage, c’était moins le cas pour Fatih et Farid.

La diversité fait partie du paysage footballistique et les joueurs issus de l’immigration sont légion.

Curieusement, à ce moment-là, dans l’équipe belge, pas de trace de joueurs d’origines étrangères.

Ce n’est qu’en 1986 que la Belgique voit réellement éclore un joueur issu de la seconde génération de l’immigration, le très talentueux Enzo Scifo.

Aujourd’hui, cette diversité fait partie du paysage footballistique et les joueurs issus de l’immigration sont légions: Lukaku, Dembelé, Januzaj, Witsel, Feillaini, Chadli… Près de la moitié des joueurs…. belges! Est-ce un reflet de la société ou une façon de sortir de sa condition? Seule une analyse sociologique nous permettrait de le comprendre.

Dix ans après la victoire de la Coupe du monde par les Français en 1998, un auteur français, Yvan Gastaut, s’est posé la question du métissage et de l’intégration dans le football. Il y constate que les intellectuels, dans leur grande majorité, analysent l’événement comme une avancée notoire dans l’antiracisme et l’intégration des populations immigrées. Tous considèrent, politiques y compris, que le temps d’un renouveau du sentiment patriotique semble venu. Mais les déboires de l’équipe de France qui ont suivi ces glorieuses années ont remis en question une bonne partie de ces théories.

Donc finalement, la notion d’intégration serait liée aux résultats qui en découleraient? Si c’était le cas, ce serait bien triste.

Et pour compliquer la donne de la nationalité dans le football, selon l’observatoire du football CIES, spécialiste des statistiques et d’informations sur le football mondial, plus de 60% des joueurs évoluant dans l’équipe du Maroc sont nés à l’étranger! Dans ce cas-ci, retour aux sources? Un vrai choix de nationalité ou bien une opportunité supplémentaire de rejoindre une autre équipe nationale?

Mais finalement, est-ce bien important tout cela? Notre entraîneur national, n’est-ce pas un Espagnol qui ne parle ni français, ni néerlandais, ni allemand?

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