L'équipe nationale, le seul espoir du foot tunisien

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La Belgique affronte la Tunisie samedi. Un match à la portée des Diables Rouges, mais le parcours des Aigles de Carthage est le seul espoir de sauver un football tunisien aux abois entre violence, relations politiques incestueuses et amateurisme.

L’union fait la force. À défaut d’adopter la tactique du 3-4-3 chère au sélectionneur belge, la Tunisie du football s’approprie la devise du royaume. Samedi, finies les rivalités entre supporters de clubs rivaux, oubliées les diatribes sur l’incompétence de la fédération, occultées les magouilles politiques. "Tous les Tunisiens vont supporter l’équipe nationale, c’est la seule capable de faire taire nos conflits", assure Hatem, qui en est la preuve vivante.

Bien qu’affublé du maillot rouge et blanc du Club africain (CA), c’est dans un café acquis à la cause de l’ennemi, l’Espérance de Tunis (EST), l’autre équipe de la capitale, que l’étudiant de 22 ans a suivi, lundi, la défaite frustrante de la Tunisie face à l’Angleterre. Douze ans après la dernière phase finale disputée et sept ans après la révolution, la qualification à la Coupe du monde est un facteur d’unité. Elle est aussi l’arbre qui cache une forêt en piteux état.

Hache artisanale

Le 13 juin, la fédération a infligé quatre matches à huis clos au Club africain et à l’Etoile sportive du Sahel (ESS) après que les supporters s’en sont pris aux forces de l’ordre lors de la finale de la Coupe de Tunisie. En février, des armes blanches, dont une hache artisanale, ont été saisies pendant le derby de la capitale entre l’EST et le CA. 680 incidents ont été reportés dans les stades de football en 2017, selon un rapport de l’Institut des études stratégiques (Ites). Pour Néji Jalloul, le président de l’Ites, les violences visant essentiellement les sécuritaires s’expliquent par "l’absence d’institutions de l’Etat dans les quartiers populaires".

en chiffres

Population : 11,4 millions

Inflation : 7,7% (mai)

Chômage : 15,4% (mai)

Chômage des diplômés : 29,9% (2017)

Balance commerciale : -1,5 milliard de dinars (mai 2017)

Source : Institut national de la statistique, Tunisie

Historiquement, les stades ont été un lieu de contestation, notamment sous le régime autoritaire de Ben Ali. En 2011, les groupes d’ultras étaient à la pointe du soulèvement. Or des revendications affichées – démocratie, travail et dignité –, les Tunisiens ont l’impression de n’avoir obtenu que la première. Pis, les supporters ont vu la nouvelle élite utiliser leur club comme marchepied.

"Le football occupe une place telle dans la société que, pour un dirigeant, réussir à remporter des titres lui octroie une image positive dans l’opinion publique. Cette popularité le favorise pour obtenir un poste politique" (Farouk Abdou, spécialiste du football tunisien pour le site internet Lucarne opposée et le mensuel So Foot)

Des députés sur le terrain

La qualification au Mondial est un événement majeur pour la Tunisie. ©AFP

Jusqu’en novembre, le Club Africain était ainsi présidé par Slim Riahi, fondateur d’un petit parti politique, proche du parti présidentiel. Le 18 mai, le match entre les clubs des villes de Gafsa et de Ben Guerdane a été interrompu après un envahissement de la pelouse. Parmi la foule, deux députés de Gafsa qui accusaient le président de la fédération, originaire de Ben Guerdane, de corruption…

La fédération est aussi la cible des critiques de nombreux acteurs du ballon rond pour son incompétence chronique. "La qualification pour la Russie va effacer le passif de la fédération, c’en est presque malheureux. Elle n’a donné aucune vision à long terme. Nous sommes dans la gestion au jour le jour", déplore Mokhtar Tlili, ancien sélectionneur. Pour le technicien, ce fonctionnement explique la baisse des joueurs tunisiens évoluant à l’étranger.

Le Qatar plutôt que l’Europe

Anice Badri a une carrière de joueur prodigue: formé en France, l'attaquant a joué trois ans à Mouscron pour ensuite revenir jouer en Tunisie. ©Photo News

"Pour jouer en Europe, il faut avoir un comportement de professionnel. C’est impossible quand le football national ne tourne qu’autour de trois, quatre clubs. Pourquoi s’astreindre à une préparation physique si tu es sûr d’être titulaire à l’EST ou au CA?" pointe Moncef Ouertani, ancien directeur technique national au sein de la fédération.

Pour Farouk Abdou, briller dans un club tunisien reste la meilleure manière d’être sélectionné. À l’image d’Anice Badri. Formé en France et passé par le club du Royal Excel Mouscron entre 2013 et 2016, il n’a gagné sa place de titulaire qu’après un retour réussi au pays, à l’Espérance de Tunis.

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