La Coupe du monde la plus chère de l'histoire?

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La facture du Mondial russe atteindrait 11 milliards d’euros. Essentiellement à charge des pouvoirs publics.

Jeudi prochain, la Russie rencontrera, en tant que pays hôte, l’Arabie Saoudite en match d’ouverture de la Coupe du monde de football. Cette 21e édition s’annonce comme celle de tous les records. Ainsi, la valeur financière des 32 équipes participantes a explosé par rapport au Mondial brésilien en 2014, passant de 4,3 à plus de 10 milliards d’euros, soit un bond de 140%. Les droits télé de la Fifa ont quant à eux grimpé de 25%, passant de 2,1 à plus de 2,5 milliards d’euros.

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Que dire alors du budget de l’événement. Les estimations font état d’une facture de quelque 11 milliards d’euros. Dont environ 1,6 financés par la Fifa, mais 9,4 milliards à charge de la Russie: 6 sous forme de grands travaux d’infrastructures (autoroutes, gares, aéroports) et 3,4 pour la construction/rénovation de stades. Ce qui ferait du Mondial russe le plus cher de l’histoire (lire l’infographie). "Il faut se méfier de ce type d’affirmation, car ce n’est pas facile à calculer, nuance l’économiste du sport Bastien Drut. Les grands travaux d’infrastructures, par exemple, sont des investissements à long terme."

Par contre, la facture astronomique des stades interpelle l’expert. "La Fifa est de plus en plus exigeante, avec le risque que se multiplient les ‘éléphants blancs’, ces stades surdimensionnés une fois l’événement terminé." D’une capacité de 45.000 places, celui de Novgorod a coûté 235 millions d’euros pour abriter un club de… 3e division. Idem pour celui de Kaliningrad, où les Diables Rouges affronteront l’Angleterre. La facture de sa construction s’élève à près de 240 millions pour loger ensuite un modeste club de 2e division. Les leçons du "Fifa-gate", le scandale de mauvaise gouvernance qui a ébranlé l’institution en 2014, n’auraient-elles pas été retenues? "On ne peut le dire comme cela car la décision d’attribuer le Mondial à la Russie a été prise en 2010, du temps de l’ancienne direction", répond Bastien Drut.

La Fifa fait profil bas

En outre, plus de 70% du budget vient de fonds publics (État, régions). Pour quelles retombées économiques? Difficile à dire, comme le constate ING. Si les bénéfices à court terme peuvent être mesurés assez précisément – hébergement des touristes (2,4 millions de tickets ont été vendus, hors VIP), commerce de détail, restauration, etc. – il est difficile d’estimer l’impact économique à long terme, relève le gestionnaire de fonds Candriam, qui table toutefois sur une croissance du PIB russe de 0,2 à 0,3% pour 2018. En 2014, l’impact à court terme du Mondial sur l’économie brésilienne avait été évalué entre 0,2 à 0,7% et, en 2010, de 0,5% en Afrique du Sud selon KPMG. Un autre rapport, cité par Candriam, fait état d’une accélération de près de 31 milliards de dollars sur le PIB russe entre 2013 et 2023, soit environ 2% du PIB total. C’est deux fois plus qu’une étude de McKinsey qui a évalué l’impact de l’événement à environ 15 milliards de dollars, dépassant l’impact des quatre précédentes éditions.

Suite au "Fifa-gate", l’organisation a perdu plusieurs gros sponsors, remplacés par des Chinois.

Ce qui transparaît de plus en plus, c’est que la folie des grandeurs devrait (enfin) commencer à s’estomper. La semaine prochaine, la Fifa attribuera l’organisation de l’édition 2026. Deux candidats sont en lice: le trio USA-Canada-Mexique et le Maroc, le combat paraît bien inégal. La Fifa voudra-t-elle jouer la carte de l’ouverture en optant pour le Maroc avec tous les risques que cela comporte (construction de stades qui ne pourront être difficilement rentabilisés…) ou celle de la sécurité, sachant qu’en Amérique du Nord, les stades existent déjà?

Toujours est-il que, refroidie par les scandales, la Fifa semble jouer profil bas. "Elle tente de redorer son blason, notamment en consacrant plus d’argent à des projets de développement du football dans des pays défavorisés, constate Bastien Drut. Elle a en outre perdu plusieurs sponsors (Sony, Emirates, Castrol). Tout ceci a affecté ses finances car les nouveaux ne compensent pas cette perte." Ces nouveaux sponsors sont chinois (Wanda, Hisense, Mengniu), ce qui est tout sauf innocent… La Chine étant candidate pour accueillir la Coupe du monde en 2030.

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