chronique

La force d'un stade

Isabelle Mazzara

Le hors-jeu de Isabelle Mazzara, Présidente du comité de direction du SPF Intérieur.

Samedi 30 juin 2018. J’entre dans le stade de France. La France vient d’éliminer l’Argentine et pourtant, ce ne sont pas les Bleus que je suis venue applaudir mais bien Bruno Mars. Show fantastique pour les 80.000 fans survoltés. Mais le stade de France a connu d’autres événements. Heureux d’abord. Le 12 juillet 98, les Bleus y sont sacrés champions du monde face au Brésil. Mais tragiques aussi. Le 13 novembre 2015, alors que la rencontre France-Allemagne vient de commencer, trois explosions retentissent dans le périmètre du stade. L’équipée terroriste qui va ensanglanter Paris est lancée.

Les grands stades appartiennent à l’histoire de la ville, du pays aussi. Pensons au tristement célèbre bloc Z du stade du Heysel. Bilan: 39 morts. Mais c’est aussi ce drame qui portera la Belgique à la pointe de la lutte contre le hooliganisme.

Ces arènes modernes sont un symbole de force, de pouvoir et de soif de victoire.

Ces arènes modernes sont également, de par leur taille extra-large, leur masse, leur architecture, un symbole de force, de pouvoir et de soif de victoire. Elles font l’objet de concours internationaux et mobilisent les plus grands bureaux d’architectes: les Suisses Herzog & de Meuron (l’Allianz Arena du Bayern de Munich), Jean Nouvel (candidat malheureux du stade de France) ou encore la célèbre architecte irakienne Zaha Hadid (stade d’Al Wakrah) et le bureau britannique Foster et Partners (le stade de Lusail), tous deux choisis pour concevoir les stades de la prochaine Coupe du monde au Qatar.

En forme de canot pneumatique (Munich), de nid d’oiseau (Pékin) ou encore de vagin (Doha), les stades suscitent tantôt l’enthousiasme, tantôt la critique. L’imagination de leurs créateurs n’a plus de limite. Les budgets non plus, ainsi le stade de France a coûté près de 400 millions d’euros. Sorte de surenchère à chaque Coupe du monde, les travaux parfois pharaoniques laissent perplexes. Témoins d’une certaine ostentation, voire arrogance, ils choquent parfois.

Ils symbolisent tant l’amour du football que la puissance sportive et financière d’un club, comme le stade San Siro, monument futuriste dédié aux deux équipes milanaises (le Milan AC et l’Inter), le mythique Maracanã, légende du Brésil ou encore le Santiago Bernabeu du Real Madrid et le Camp Nou du FC Barcelone.

Ils s’implantent dans le paysage, ils délogent, structurent ou déstructurent. Mais dans tous les cas, ils sont un projet, la preuve d’une intention, d’une ambition. Souvent initiés par les pouvoirs publics et cofinancés par le privé, ils bouleversent un site, une ville, une région. Ils symbolisent la capacité d’un Etat, d’une municipalité à se mobiliser, à mobiliser… ou à défaut, ils peuvent aussi être le signe d’un certain problème existentiel.

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