chronique

La grandeur des maudits

Eric Giacometti

Le hors-jeu d'Eric Giacometti, auteur de thrillers et scénariste de Largo Winch.

En tant que Français, à chaque nouvelle Coupe du monde, je ne peux m’empêcher de penser à celle de 1998. À cette finale mythique, le 12 juillet dans la soirée. Un match grisant, stupéfiant et fabuleux qui s’acheva par la victoire de la France contre le Brésil. 3-0. Et puis quelques heures plus tard, j’ai fait partie de ce million de pèlerins venu descendre les Champs-Élysées pour communier dans l’allégresse générale. Je n’étais pourtant pas un fan de foot, mais l’épopée allait bien au-delà d’une victoire sportive. En cette nuit magique tout un pays se réconciliait avec lui-même. Je revois encore le visage monumental de Zinédine Zidane projeté sur l’Arc de Triomphe, haut lieu de la geste napoléonienne.

Ceci n'est pas un quiz sur le Mondial, c'est un défi

Vous pensez être incollable en foot? L’histoire du Mondial n’a pas de secret pour vous? Alors tentez votre chance avec notre quiz diabolique du mondial et essayer d'atteindre la finale! (Attention, déconseillé aux débutants...)

Jouez au quiz ici!

Vous allez me dire tout cela est bien sympathique, mais pas très original. J’entends venir la critique: vous les Français, vous nous rabattez les oreilles avec votre coupe de 98. J’en conviens. Pourtant ce préambule n’était posé que pour évoquer une autre histoire, totalement occultée du récit officiel. Une histoire révélée dans un livre passionnant et poignant, "La nuit des maudits", écrit par Karim Nedjari, ancien directeur adjoint des sports de la chaîne Canal Plus.

"Si le succès et les honneurs se partagent, la défaite et l’humiliation sont orphelines."

Les six maudits de 98. Six joueurs français rayés au dernier moment de la liste officielle par le sélectionneur Aimé Jacquet. Lionel Letizi, Martin Djetou, Nicolas Anelka, Pierre Laigle, Ibrahim Ba, Sabri Lamouchi. Ils n’ont été ni vainqueurs ni vaincus puisqu’ils n’ont jamais livré de bataille. Juste des maudits. Excepté Anelka, tous bannis dans le no man’s land de l’oubli.

Mondial 2018

Pendant un mois, L’Echo portera un regard particulier sur la planète football dans ce dossier.

Pourtant, chacun aurait pu en être. Ils s’étaient battus comme des lions et avaient en eux la rage de vaincre. Mais le sort en a décidé autrement, un soir de mai à Clairefontaine, le camp retranché de l’équipe de France. Karim Nedjari sait de quoi il parle. A l’époque il suivait les Bleus en tant que journaliste sportif au quotidien Le Parisien. Il nous fait revivre cette nuit amère à la façon d’un polar. On tremble, on s’angoisse, on souffre. Et on mesure aussi alors la lourde responsabilité du sélectionneur tels ces chefs d’entreprises ou ces directeurs de ressources humaines qui décident d’écarter à l’ultime moment un candidat à un poste stratégique. "Si le succès et les honneurs se partagent, la défaite et l’humiliation sont orphelines", écrit l’auteur parti retrouver, vingt ans plus tard, ces anges déchus. Grâce au livre de Karim, j’ai compris que la grandeur des maudits est aussi belle que la gloire des vainqueurs.

La nuit des maudits, Karim Nedjari. Fayard. 2018.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content