chronique

La star et le banc de touche

François  De Smet

Le hors-jeu du philosophe François de Smet.

Paris, stade de France, 10 juillet 2016, finale de l’Euro entre la France, pays hôte, et le Portugal. Nous sommes à la 105e minute. La fin des prolongations se dessine, et le marquoir affiche toujours un triste 0-0, semblant entraîner les équipes tout droit vers l’insupportable loterie des tirs au but.

Au bord de la pelouse, autour du terrain, un Portugais saute comme un cabri, alpague les joueurs rouge et vert, leur crie dessus ou les encourage – on ne sait plus très bien. Non, ce n’est pas le sélectionneur; c’est Cristiano Ronaldo dos Santos Aveiro, que vous pouvez simplement appeler "Ronaldo" comme toute la planète foot. La star de l’équipe portugaise (à ce jour, cinq ballons d’or et meilleur buteur de l’histoire de la Ligue des Champions, excusez du peu) est blessée depuis la 25e minute, et sortie sur civière. Cela fait un moment que, boitillant, il exhorte ses partenaires à se battre, à se sublimer et à faire entrer le Portugal dans l’histoire.

Ce que finit par faire Eder à la 109e, crucifiant les Français.

Sans une équipe valable, le meilleur joueur de la terre n’est rien.

Cet épisode est marquant pour qui se demande si le football est un sport individuel ou collectif. Il n’est guère d’autre exemple de sport d’équipe qui repose autant sur la valorisation de certains joueurs se négociant en millions d’euros. Or, sans une équipe valable, le meilleur joueur de la terre n’est rien. La Belgique des années 2014 ou 2016 est bien payée pour le savoir: un bouquet de stars ne suffit pas à faire une équipe. Une bande de onze anonymes qui aiment jouer ensemble sera toujours plus redoutable qu’un Messi ou un Ronaldo escorté de sous-fifres. Oser se passer de joueurs exceptionnels au bénéfice du collectif: tel est le pari d’un Aimé Jaquet en 1998 (gagnant) ou d’un Roberto Martinez en 2018 (gagnant ou pas, mais personne ne peut nier que la Belgique dispose en 2018 de quelque chose qui ressemble bel et bien à une équipe).

Trouver le bon équilibre entre les stars et le collectif tient de l’alchimie. Les meilleurs joueurs peuvent porter leur équipe et les inspirer, s’ils daignent se mettre au service de leur groupe et accepter de ne pas nécessairement porter la gloire de leurs succès. C’est cela qu’un Ronaldo, qui parvient à motiver depuis le terrain des joueurs condamnés à vaincre sans lui, peut avoir d’inspirant.

Et le constat est là: à ce stade de la compétition, malgré des résultats en dents de scie, le Portugal de Ronaldo, l’Argentine de Messi ou le Brésil de Neymar sont encore tous présents dans le tournoi.

Tous dans la moitié de tableau de la Belgique. Comme par hasard.

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