Le football anglais n'a pas pâti du Brexit

©AFP

À quelques heures du match de sa sélection face à la Belgique (20 h), décisive pour la première place du groupe G, le football anglais semble se porter comme un charme. Il présente pourtant quelques fragilités.

C’était il y a deux ans jour pour jour. Quelques dizaines d’heures après le verdict du vote britannique sur la sortie de l’Union européenne, les Anglais avaient connu la défaite la plus humiliante de la longue et glorieuse histoire de leur sélection en s’inclinant face à l’Islande (1-2), et en sortant par la porte de service de l’Euro 2016 organisé en France.

On ne saura jamais l’influence qu’a pu avoir sur la psychologie des internationaux anglais le référendum sur le Brexit. Comment ont-ils vécu ce vote? Que leur ont dit leurs proches sur l’atmosphère dystopique qui a régné à Londres les jours suivants? Comment se sont-ils motivés pour ce qui devait être, ironiquement, un match de championnat d’Europe?

Les clubs anglais ont fait preuve de leur talent, à l'instar de Liverpool arrivé en finale de Ligue des Champions. Mais ce talent repose souvent sur des joueurs étrangers comme Mohamed Salah. ©REUTERS

Le mystère reste peut-être entier pour eux-mêmes. Mais les probabilités de voir l’Islande battre l’Angleterre à la régulière, en nonante minutes, et après avoir mené dès la seizième minute, étaient si réduites que le contexte géopolitique a forcément déstabilisé les Three Lions. Dans trente ans, les historiens du football anglais ne manqueront jamais de le rappeler.

Deux ans plus tard, le fait est que cette débâcle reste le seul dommage visible et perceptible du Brexit sur le football anglais. Ses clubs viennent de réaliser leur meilleure saison sur la scène européenne depuis une dizaine d’années, avec notamment la finale de Ligue des champions décrochée par Liverpool. À l’indice UEFA, le football anglais a même fini la saison écoulée devant l’Espagne, d’une courte tête, malgré les deux titres européens remportés par le Real Madrid (C1) et l’Atlético de Madrid (C3).

Même si la Liga reste un championnat légèrement supérieur en matière de qualité de jeu pure, l’intensité de l’élite anglaise est unique au monde, avec six clubs de très haut niveau (Manchester City, Manchester United, Tottenham, Liverpool, Chelsea et Arsenal).

Droits TV très élevés, mais en légère baisse

Les matchs du jour

· Sénégal-Colombie à 16h. L’outil conçu par L’Echo et Kick & RushLab donne la Colombie gagnante à 59%.

· Japon-Pologne à 16h. La Pologne gagnante à 50%.

· Belgique-Angleterre à 20h. La Belgique donnée gagnante à 37% contre 34% pour l’Angleterre (égalité à 29%).

· Panama-Tunisie à 20h. Le Panama gagnant à 36% contre 32% pour la Tunisie (égalité à 33%).

Les effets du Brexit ont ainsi été quasiment nuls sur la force de frappe financière de la Premier League, qui reste d’assez loin le championnat le mieux vendu aux chaînes de télé étrangères. Les droits TV de la Premier League, domestiques et internationaux, rapportent près de 3 milliards de livres par an aux clubs. Les droits domestiques ont légèrement baissé lors du dernier appel d’offres pour la période de 2019-2022 (4,5 milliards de livres sur trois ans, contre un peu plus de 5 milliards pour la période 2016-2019), mais cette baisse est liée aux contraintes budgétaires des acteurs historiques (Sky et BT). Les stades sont pleins, les hooligans ont disparu des tribunes, de grands joueurs et entraîneurs ont apporté un vent de fraicheur. Quant à la sélection, elle a déjà fait oublier son impair islandais en battant coup sur coup la Tunisie (2-1) et le Panama (6-1).

Cette rencontre face à la Belgique permettra d’en savoir plus sur le niveau réel d’une sélection qui donne parfois de belles émotions à ses supporters, mais n’a plus disputé la moindre finale de compétition internationale depuis celle remportée lors de la Coupe du monde 1966. En dehors de joueurs offensifs à la qualité certaine (Kane, Sterling, Dele Alli), l’Angleterre dispose de joueurs inférieurs à la moyenne des autres grandes sélections (Brésil, France, Belgique, Espagne, Argentine, voire Portugal, Uruguay ou Croatie).

La faute à un modèle économique trop puissant, qui pousse les clubs à s’orienter vers une "course aux armements" (grands joueurs étrangers) plutôt qu’à une logique de formation sur le long terme. Depuis 1996, l’arrêt Bosman a consacré le capitalisme footballistique, né en Angleterre il y a beaucoup plus longtemps, et accentué ce désintérêt pour la formation et la structuration des petits clubs.

Une crise guette

Entraîneur de l'équipe d'Arsenal pendant 22 ans, le français Arsène Wenger illustre bien la tendance des Anglais à recruter hors de leurs frontières. ©REUTERS

Depuis vingt ans, la présence de grands entraîneurs étrangers a également fortement nui à la formation de bons tacticiens: l’Angleterre ne compte ainsi aucun manager de référence sur la scène internationale.

Les autres périls ne concernent pas seulement le football anglais, même si c’est également outre-Manche qu’ils sont apparus les premiers: décalage grandissant entre des footballeurs hypernarcissiques et richissimes et leur public. Le succès du football féminin à la télévision ne s’explique pas seulement par un nouveau public de femmes, beaucoup d’hommes sont lassés du spectacle affligeant donné par certaines "stars".

Par ailleurs, les nécessaires mesures de sécurité apparues après les tragédies des années 80 s’apparentent aujourd’hui davantage à de l’hygiénisme obsessionnel ("social cleansing") qui tend à couper le football professionnel de ses racines populaires.

Le football anglais semble donc parfaitement se porter, mais la façade est trompeuse.

©MEDIAFIN

Des Belges admirés

Aucune sélection ne connaît et ne respecte davantage les Diables Rouges que l’Angleterre. Et aucune sélection n’est plus "anglaise" que la sélection belge. Tous les clubs du "Big 6" ont bénéficié du talent d’au moins un Belge.

C’est le cas de Chelsea (Courtois, Hazard et Batshuayi), Liverpool (Mignolet), Tottenham (Alderweireld, Vertongen et Moussa Dembélé), Manchester United (Lukaku) et Manchester City (De Bruyne). Des piliers indiscutables pour la plupart, ou au moins des joueurs très appréciés des fans.

Rien n’indique, pourtant, que le sélectionneur anglais Gareth Southgate alignera sa meilleure équipe. Une défaite et une deuxième place n’auraient rien de dramatique, à la fois parce que les observateurs anglais sont conscients que sur le papier, la Belgique est supérieure, et parce que la deuxième partie du tableau de la phase à élimination directe pourrait être beaucoup plus facile à négocier que la première, avec une possibilité réelle de parvenir jusqu’en demi-finale.

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