Moscou, la ville où tout est permis, ou presque…

©Photo News

À l’occasion de la Coupe du monde de football, une métamorphose inédite et exceptionnelle s’est opérée dans la capitale russe: toutes frasques sont permises jusqu’au coup de sifflet final qui sonnera le retour à l’ordre.

Sur la rue Nikolskaïa, un petit mouvement de foule se forme vers un homme à la coupe afro, vêtu d’un maillot rutilant du Brésil et un bandeau jaune sur le front. Après l’élimination de la Seleção, les supporters brésiliens sont beaucoup moins nombreux à Moscou, au grand dam des habitants curieux.

"Il est impossible pour un pays de passer soudainement au soft power après des années de recours à la force."
Andreï Kolesnikov
Politologue

À peine débarqué, l’homme se trouve déjà au centre de l’attention. "Pourrions-nous prendre une photo avec vous?" demande timidement en anglais Anastassia, la plus grande d’une bande de trois filles, toutes avec un drapeau russe sur les épaules. Amusé, Yourisbel ouvre généreusement ses bras. La séance photo durera presque dix minutes sans que Yourisbel ne se lasse. "La Coupe du monde en Russie est ma meilleure expérience du Mondial. Les gens sont très amicaux, les stades sont beaux et les filles très jolies. Je vais y rester encore deux mois pour les vacances!" s’écrie le trentenaire de Rio de Janeiro.

La rue Nikolskaïa, artère piétonne reliant la place Rouge à la place Loubianka, où trône l’imposant siège social du FSB (ex-KGB), était jusqu’ici célèbre pour son architecture ancienne. Mais avec la Coupe du monde de football, cette rue chic longue de quelque 600 mètres est devenue le haut lieu des fêtes pour les supporters, un véritable melting-pot où s’entendent toutes les langues, une géante auberge espagnole à ciel ouvert.

"On nous laisse tranquilles"

Lamine, une énorme pancarte accrochée au cou sur laquelle il propose un service de réparation d’iPhone, n’en revient pas. "Ça fait un an que je travaille sur la rue Nikolskaïa, c’était pas du tout comme ça avant. Si tu buvais dehors, faisais la fête tard dans la nuit, il était sûr et certain que tu te faisais arrêter par la police. Maintenant, ils sont gentils avec tout le monde. Tu peux boire, chanter, crier toute la nuit, ils ferment les yeux", affirme le Guinéen de 33 ans. Et d’ajouter: "Le racisme ambiant, n’en parlons même pas. Je me faisais régulièrement contrôler par la police. Et mon ami d’origine ivoirienne a été roué de coups il y a quelques mois par des Caucasiens, sans raison apparente… Mais avec cette Coupe du monde, on nous laisse tranquilles."

"Fermer les yeux", pas littéralement. La présence policière reste visible et lourde. Presque tous les 20 mètres sur les deux côtés de la rue sont postés des hommes armés de matraques et de pistolets. Ils patrouillent, murmurent entre eux et parfois, rigolent, dans l’indifférence générale.

Moscou ne dort plus

La nuit tombe. Les guirlandes lumineuses suspendues sur une bonne partie de la rue Nikolskaïa lui apportent une allure féérique. La musique s’y joue à fond. Les supporteurs éméchés chantent à tue-tête. De temps à autre, on arrive à distinguer "Ro-ssi-ya! Ro-ssi-ya!" du tumulte des passions. Moscou ne dort plus.

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Les 11 actions: Adidas, Nike, AB InBev, Carlsberg, Coca-Cola, Visa, Gazprom, TF1, Carrefour, GVC Holdings (Ladbrokes) et EVS. Le portefeuille a gagné 0,5%, emmené par TF1 (+4%) qui a bénéficié d’une recommandation de Goldman Sachs.

"C’est très agréable de s’immerger dans cette ambiance de fête et de voir les Russes et les supporters étrangers faire connaissance, s’entraider, se prendre en photo et encourager leur équipe. Le Mondial a permis d’attirer en Russie un grand nombre de personnes qui n’y auraient peut-être jamais mis les pieds autrement", s’exprime Maïlis, expatriée belge et traductrice dans un journal à Moscou.

Et après?

L’image de la Russie sera-t-elle changée grâce à ce Mondial sans faute? Andreï Kolesnikov, politologue au centre Carnegie de Moscou est sceptique. "Après la Coupe du monde, les Russes ne deviendront pas plus libres, la police ne restera pas amicale comme elle l’est actuellement et le régime ne sera pas moins autoritaire. Si des illusions surgissent, c’est parce que ce championnat est plus sur le football que sur la politique. […] Il est impossible pour un pays de passer soudainement au soft power après des années de recours à la force. Les dossiers qui divisent la Russie et la plupart des gouvernements occidentaux la Crimée, le Donbass, le MH-17, l’affaire Skripal ne vont pas disparaître […] Le lendemain de la finale de la Coupe du monde, tout reviendra à la normale, comme avant."

Depuis la défaite du Brésil, les fans d'Amérique du Sud sont beaucoup moins nombreux. Ce qui n'empêche pas le mélange des cultures. ©AFP

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