chronique

Oui, on peut aimer le foot et les livres

Eric Giacometti

Le hors-jeu d'Eric Giacometti, auteur de thrillers et scénariste de Largo Winch

La semaine dernière, il m’est arrivé un curieux échange sur Facebook à propos du foot. J’étais à New York en séjour mi-détente mi-repérages pour l’écriture d’un roman policier et des vérifications de lieux pour le prochain Largo Winch. La journée était calée au cordeau. Coupe du monde le matin, match France-Argentine, impossible de rater, et repérages l’après-midi.

Acte 1. Financial district, à côté du pont de Brooklyn. 10 heures du matin. Je commande un sympathique brunch au Sport bar 61. Nul hasard dans le choix du troquet, l’un des plus sympathiques spots de la communauté "frenchie". Le match démarre au quart de tour et s’achève en beauté. L’Argentine se fait ratatiner. La salle exulte, la bière coule à flot, et j’en profite pour poster des photos d’ambiance sur ma page Facebook. Que n’avais-je fait là…

Dans le quart d’heure qui suit, je reçois un message privé d’une lectrice abonnée à ma page.

Et oui, Madame, vous venez de faire une merveilleuse découverte…

Cher Monsieur, je suis déçue. Fidèle lectrice, je ne vous voyais pas aimer le football et perdre votre temps au milieu de supporter ivres et sûrement d’un niveau très faible. Ce sport abrutit la population. Les gens feraient mieux de fréquenter les librairies au lieu des stades. Je me pose la question de vous retirer de ma liste d’amis.

Inutile de dire que lire ce message dans un bar rempli à craquer de supporters en liesse du quartier financier – pas vraiment un faible niveau – était complètement surréaliste. Je ne pensais pas qu’on pouvait encore manifester ce genre de cliché sur le foot. Mais bon, je reste philosophe, une lectrice de perdue, dix de retrouvées.

Acte 2. Madison Avenue, à deux blocs de l’Empire State building. 15 heures. Je visite la somptueuse bibliothèque Morgan. Un petit palais construit par JP Morgan, créateur de la banque du même nom et éminent mécène comme savaient l’être les tycoons de l’époque. Une collection de milliers de livres rares uniques au monde, une pièce blindée qui abrite les ouvrages les plus précieux, dont une bible Gutenberg. Un endroit idéal pour un meurtre sur… papier.

Acte 3. Le surlendemain, je publie une série de photos de la bibliothèque sur Facebook, comme je le fais pour la plupart des repérages. Et qui m’envoie un nouveau message en privé? Et oui, la même dame.

Magnifique bibliothèque. Les livres, c’est quand même plus élevé que le foot. Je vous garde en ami.

Ma réponse a été courtoise. Et oui, Madame, vous venez de faire une merveilleuse découverte: on peut aimer le foot et les livres. Ravi d’avoir battu en brèche vos préjugés. Si vous en avez d’autres en tête, n’hésitez pas à m’en faire part, je pourrais vous fournir une aide psychologique.

Elle m’a rayé de sa liste d’amis.

Morale de l’histoire? Aucune. Comme le dit l’adage populaire, les préjugés ont la vie dure…

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