Quels politiques seront présents pour Belgique-France?

Fan de football devant l'éternel, Didier Reynders sera le seul homme politique à accompagner le couple royal au match des Diables. ©BELGA

La proximité des élections pousse les politiques à profiter des retransmissions des exploits des Diables sur écran géant pour serrer les mains d’un max d’électeurs plutôt que d’aller en Russie. Seuls le Roi, la Reine et Didier Reynders font le déplacement pour le match de ce soir.

"Il faut bien dire ce qui est, relève un observateur avisé du cosmos politique belge, "il est beaucoup plus porteur aujourd’hui pour un politicien d’être sur la grand-place de son village à serrer des mains qu’être vu en tribune d’un match des Diables qui se déroule au fin fond de la Russie."

C’est que la cuvée 2018 de la Coupe du monde de football est exceptionnelle à plus d’un titre. D’abord, par le parcours sportif de notre équipe – cela va sans dire – mais aussi parce que l’agenda politique vient s’y greffer à merveille: pensez-donc, plus que trois petits mois avant les élections communales, des élections qui seront suivies par le multiple scrutin de 2019. Bref, à l’heure où être vu en tribune voire, pire, en loge est assimilé à un privilège dont le politique se passerait volontiers, mieux vaut rester au pays et profiter plein pot de l’aubaine que constituent les rassemblements de supporters devant les Diables pour être vu de ses électeurs.

Un bourgmestre bien connu dit ceci: "On a installé un chapiteau dans la commune, c’est surchauffé, mais pas question que j’aille où que ce soit ailleurs, c’est ici au pays que ça se passe et que je dois être, nulle part ailleurs.".Tout est dit ou presque.

Charles Michel et l’Otan

Voilà qui explique le peu de politiques belges en tribunes en Russie malgré les exploits de la bande à Hazard.

Ce mardi, néanmoins, le couple royal Philippe et Mathilde prendra le chemin de Saint-Pétersbourg pour assister à la demi-finale contre la France. Le Roi apprécie le football et en connaît d’ailleurs un rayon – comme en témoigne sa récente blague sur les hamburgers mangés par Eden Hazard, allusion à une anecdote de l’ère Leekens en 2015. Le Roi et la Reine, donc.

Pas de trace du Premier ministre Charles Michel, en revanche. Il assistera à la rencontre depuis la place de Braine-le-Comte, invité par son "ami" le bourgmestre Maxime Daye (MR). Et ça tombe à pic puisque Maxime Daye est (également) un cousin de la famille Hazard. Le Premier ministre a pourtant failli se retrouver dans le stade ce mardi soir: les autorités russes l’ont pressé de faire le déplacement de même qu’Emmanuel Macron. Le Président français sera à Saint-Pétersbourg pour encourager "ses" Bleus et aurait vu d’un bon œil que Charles Michel soit de la partie.

Mais c’était logistiquement impossible, dit-on au 16, rue de La loi. Un sommet de l’Otan commence mercredi et certaines délégations dont l’américaine de Donald Trump et la canadienne de Justin Trudeau ont décidé de débarquer plus tôt à Bruxelles. Dès le mardi soir et le mercredi matin, des réunions informelles Otan sont prévues. Pour le surplus, notons que le Premier ministre n’exclut pas de se rendre en Russie le week-end prochain. Et ajoutons que, de toute manière, Charles Michel n’a jamais prétendu être un grand fan de football et il préfère mille fois le vin (rouge) à la bière.

Vous avez dit fan de football? Car il en faudra bien un pour accompagner (politiquement) le couple royal en Russie. Ne cherchez pas plus loin: Didier Reynders sera de la partie. Dingue de football, le ministre des Affaires étrangères vit la Coupe du monde comme un rêve de gosse. De Rostov à Moscou en passant par Kazan et Saint-Pétersbourg, il n’a manqué qu’une seule des rencontres des Belges. "On a quand même encore le droit d’être fier et de défendre nos couleurs", se défend-il d’ailleurs quand on lui demande s’il n’en fait pas trop avec son maillot noir jaune rouge et ses écharpes. "Les Diables Rouges sont aujourd’hui le meilleur produit d’exportation de la Belgique, on doit être là. C’est un pays entier qui est derrière eux." En mission en Uruguay, Reynders a fait déplacer un rendez-vous avec un ministre local pour pouvoir suivre la rencontre des Belges face à l’Angleterre.

©MEDIAFIN

La Russie, donc, ne fait pas recette chez les politiques belges. Le ministre francophone des Sports Rachid Madrane était au match des Diables contre la Tunisie. Mais pour le reste, c’est donc plutôt du côté des écrans géants et des places de village que ça se passe. Alexander De Croo, le vice-Premier, l’a bien compris et joue la carte Diables à fond sur les réseaux sociaux entre autres depuis la visite de Kevin De Bruyne dans une école de son patelin, Brakel, le mois dernier.

À Bruxelles, le bourgmestre Philippe Close aurait bien fait le déplacement en Russie mais les impératifs de sécurité le clouent en Belgique – entre autres depuis les échauffourées autour d’un match de football l’année dernière. Fan de foot et abonné du Sporting d’Anderlecht, Close ne quitte plus son maillot des Diables. Il travaille d’ailleurs déjà à la fiesta que Bruxelles va mettre en place au retour de l’équipe en Belgique. Et il le fait avec son collègue, le député échevin Alain Courtois. Quinze ans secrétaire général de l’Union belge de football, celui-ci a décidé de ne pas se rendre en Russie jugeant les conditions d’octroi de la Coupe du monde à ce pays "trop opaques".

Les amateurs et les autres…

On pourrait passer en revue les politiques réellement amateurs de football – ceux qui se montrent dans un stade y compris quand l’équipe nationale ou leur club n’est pas au top. Chez les Verts, il y a notamment Jean-Michel Javaux, Jean-Marc Nollet et Kristof Calvo tandis qu’au cdH, on peut certainement y placer Benoît Cerexhe.

Et chez les nationalistes flamands de la N-VA, demanderez-vous. Bonne question qui mériterait quasiment un doctorat tant il leur faut slalomer entre leur core-business communautaire anti-belge et la flambée patriotique noir-jaune-rouge qui accompagne l’exploit sportif de notre équipe nationale. Il y en a un à qui l’affaire ne pose pas de problème – même si hier, lundi, une rumeur courait selon laquelle il se serait rendu à Saint-Pétersbourg… Faux, évidemment. Bart De Wever n’aime pas le football, il n’aime pas le sport en général – à part le jogging qu’il pratique – et n’est pas en quête de notoriété. Aucune chance de le voir à un rassemblement pour assister à une retransmission du match, en outre, il est à un congrès à Singapour.

L’affaire est plus délicate pour deux autres ténors de la N-VA: Theo Francken et Ben Weyts. Ces deux-là sont des fans de football: Leuven pour le premier et Anderlecht pour le second et nul doute qu’ils regarderont plus ou moins discrètement les exploits des joueurs de l’équipe nationale. Et comme le dit très justement le politologue anversois Dave Sinardet, "même si ce n’est pas très chouette pour les nationalistes flamands d’assister à cette irruption de sentiments pro-belges, l’impact sur les élections communales devrait être limité".

"Les Diables Rouges sont aujourd’hui le meilleur produit d’exportation de la Belgique, on doit être là."
didier reynders

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