chronique

Sapés comme jamais

Isabelle Mazzara

Le hors-jeu d'Isabelle Mazzara, présidente du comité de direction du SPF Intérieur.

Le super tournoi touche à sa fin et avec lui, nos chroniques. Sorte d’interlude heureux dans nos vies professionnelles si remplies, elles ont, subtilement ou pas, consciemment ou pas, exprimé nos humeurs, nos états d’âme, nos passions, nos limites aussi. Livrant une – toute petite – part de moi-même, je les ai voulues sérieuses, engagées, parfois plus nostalgiques. Cette dernière se voudra plus légère, quoique… Le foot comme révélateur des changements du goût. Ou encore, qui inspire qui? Les footballeurs, les créateurs de mode, les artistes, les coiffeurs, les tatoueurs?

Ces jeunes footballeurs millionnaires semblent à première vue suivre les diktats de la mode. Et si c’était l’inverse?

Ces jeunes footballeurs millionnaires – qualifiés par leurs détracteurs de nouveaux riches voire de "beaufs" –, glorifiés, adulés sont non seulement les stars du gazon mais des podiums aussi. Ils semblent à première vue suivre les diktats de la mode. Et si c’était l’inverse? Si c’était eux les lanceurs de nouvelles tendances, les faiseurs de ce qui est "in" ou "out", de ce qui est d’avant-garde ou "has been"?

Ils impriment à travers leurs coupes, leurs tenues, leurs tatouages une mode, une époque. Ainsi David Beckham aura aligné autant de goals que de styles capillaires en adoptant la mèche digne d’un boys band, le mulet en passant par la boule à zéro. Que dire encore des célèbres crêtes de Nainggolan, de la jolie tignasse décolorée de Fellaini ou encore de la coupe "spaghetti" de Neymar, si drôlement caricaturé par une autre star du foot, Eric Cantona.

Ils fascinent notre jeunesse qui n’hésite pas à les singer, se ruant sur le dernier slip dessiné – et assez avantageusement porté – par Beckham ou Ronaldo, achetant les sneakers argentés Gucci de Griezmann ou encore la montre Hublot de Hazard. C’est sans doute ce qui explique que les grands noms du luxe se les arrachent soit pour les habiller, soit carrément pour les associer à la création. Le Belge Dirk Bikkembergs, précurseur en la matière, habillera l’Inter de Milan et l’actuelle équipe nationale russe; Philipp Plein les joueurs de l’AS Roma alors que Lanvin optera pour Arsenal, Paul Smith pour Manchester United et Hugo Boss pour le Real Madrid et la Mannschaft.

Et si finalement leur apparence, leur look parfois élégant, souvent extravagant voire bling-bling était l’esthétique d’une contre-culture, le symbole d’une revanche sur une société qui les a trop vite classés, déclassés faute de grand diplôme ou autre signe extérieur de distinction. Si comme les rappeurs avec lesquels ils partagent souvent l’origine sociale, ils voulaient en imposant leurs codes – que certains critiquent voire censurent – montrer que les nouveaux rois du stade, désormais c’est eux!

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