chronique

Un miroir de notre existence...

Bruno Venanzi

Le hors-jeu de Bruno Venanzi, Cofondateur de Lampiris et président du Standard de Liège

Finalement, rien n’a vraiment changé, quand Vespasien en 70 après Jésus-Christ décide de faire construire le Colisée, un "stade" de 50.000 places (nous sommes loin d’avoir une telle capacité en Belgique, que ce soit à Bruxelles ou ailleurs), c’était pour y organiser les jeux du cirque afin que la plèbe y trouve un exutoire à sa condition et bien évidemment pour y structurer et assurer son pouvoir.

Le football symbolise une métaphore de la condition humaine.

L’organisation n’y différait pas vraiment d’aujourd’hui; un propriétaire de stade qui organise sous l’égide d’une fédération les compétitions, là où sous la République, il s’agissait des édiles et sous l’Empire, du Prince qui nommait des curateurs. Pour les aider à construire des spectacles de qualité, les organisateurs de l’époque avaient souvent recours à des marchands d’esclaves. Maintenant, mutatis mutandis, il y a les agents de joueurs de football, souvent malheureusement plus puissants que les joueurs voire même que les clubs. Et comme il y a deux mille ans, ces marchands font le tour du monde ou plus précisément le tour de l’Afrique (et celui de l’Amérique du Sud puisque les Romains en ignoraient l’existence…) pour y dénicher ce qui pourra être la perle rare. Et si pour ceux qui réussissent, l’eldorado est parfois au bout du chemin, l’enfer y attend les autres.

Et oui, comme l’a souligné l’anthropologue Christian Bromberger, le football symbolise une métaphore de la condition humaine car il donne à voir l’incertitude des statuts individuels et collectifs, ainsi que les aléas de la fortune et du destin. Il favorise une réflexion sur le travail d’équipe contre l’individu et permet de nombreux débats passionnés sur des sujets de société: l’injustice, les combines, la tricherie, la puissance du lobbying, la domination nord-sud, la surpuissance de l’argent, etc.

De nos jours, le "Panem et Circenses" de Juvenal ou celui encore plus cynique du Grand Inquisiteur dans les "Frères Karamazov" de Dostoïevski, qui défend la thèse selon laquelle il convient de faire avec efficacité le bonheur du peuple, est toujours d’actualité et pourrait se traduire par "bière et football" à moins que ce ne soit plutôt – pour paraphraser une campagne de publicité actuelle censée renforcer l’identité nationale –: "bière et Belgium".

Mais si seulement le football avait trois fonctions essentielles: celle de divertir, celle de faire réfléchir sur la condition humaine et celle d’être simplement un miroir de notre existence.

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