Chronique | Al dente

©ANP

Hier soir, les Belges ont joué face aux Sud-Coréens. Mais, ce Mondial étant ex-trê-me-ment mal organisé, le match se terminait que L’Echo était déjà imprimé.

Donc j’écris à l’aveugle, guidée par ma seule foi aveugle dans ces Diables. Les Belges, j’en suis sûre avaient les crocs. Et ils les ont planté, j’en suis sûre, dans les gigots d’en face - au sens figuré, s’entend, transfigurés qu’ils sont par ce pays qui les porte et les transporte. Et ils ont enlevé le morceau, j’en suis sûre. Et proprement. Mais pas au sens propre. Contrairement à Luis Suarez qui l’a salement fait au sens propre. Il a planté ses dents de jeune loup (enfin, à 27 ans, dans le foot il est quasi à la prépension) dans la chère chair de Giorgio Chiellini (dont le talent italien est estimé à 22 millions d’euros). On peut lui reconnaître un goût sûr: il s’est offert un mets de choix, rare, saisi à point et impayable. De cette musculeuse épaule il n’a fait qu’une bouchée, nous laissant tous bouche bée. Car la morsure est, chez l’homme adulte, une agression atypique, l’attaque de dernier recours, aussi intime que violente. C’est une technique qu’on a tous testée minots. Et qu’on a depuis abandonnée. Parce qu’on s’est fait gronder, ok, mais aussi parce qu’elle implique une proximité qu’on préfère éviter en général avec son adversaire. Donc, hypothèse n°1, Suarez a deux ans d’âge mental.

Suarez quand il a le mors aux dents se fait mordant et le mordu mordra la poussière, la mort dans l’âme. Excité par l’enjeu, par le défi, par la compétition, Suarez ne se tient plus, ne se retient plus, ne se contrôle pas. Les psys expliquent que la morsure est une pulsion animale issue de la partie reptilienne du cerveau. On est dans l’instinct, la réaction à chaud, presque l’action de survie. Le sport rendrait donc l’homme à sa condition primitive. Donc, hypothèse n°2, Suarez est une bête.

Enfin, bien sûr, on sait aussi que les réactions atypiques peuvent être déclenchées par des substances atypiques. Un contrôle positif expliquerait vite fait cette perte de contrôle. Mais foi de Fifa pas de ça dans le foot, grands dieux! Les rois du ballon rond ne s’abreuvent pas aux mêmes sources que les champions de la petite reine. Donc, hypothèse n°3, Suarez est un tricheur, mais c’est très mal de le penser et pire encore de le dire.

Quelle que soit l’hypothèse qu’on privilégie, ce n’est pas à l’avantage de Luis Suarez. Être un grand joueur n’empêche pas d’être petit d’esprit. Remarquez, être un homme d’État non plus. Le président de l’Uruguay, José Mujica, s’est allègrement débarrassé de toute tenue pour défendre publiquement le joueur aux dents baladeuses. Je cite: "Moi, je ne l’ai vu mordre personne, mais ils se donnent des coups de pied et des coups très forts. Et ils les encaissent", ajoutant que Suarez était "un excellent joueur". L’excellence n’étant pas une circonstance atténuante, Suarez a pris 9 matches de suspension par la Fifa. Pan! dans les dents.

Diables, mes Diables, soyez forts et soyez fiers. Diables, ne prêtez le flanc à cette satanée critique française que sur votre jeu pas votre anti-jeu. Diables, ne fourchez pas. Ou je vous crucifie.

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