Chronique | Culture foot

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S’intéresser (un peu) au Mondial a un effet secondaire auquel je n’avais pas pensé.

C’est qu’on apprend des choses. De vraies choses, je veux dire. Pas le nom des joueurs, leurs bobos ou le nombre de vignettes Panini pour ce Mondial 2014 (639). Tout comme en étudiant, par exemple, la reproduction du Yucca on peut en apprendre plus sur l’histoire du Mexique, avec le foot on peut enrichir ses illustres connaissances en histoire ou en sociologie. Accident intellectuel dont j’ai fait l’expérience en lisant un article du Nouvel Obs dont le titre dit à peu près tout: "Le dribble est né au Brésil, quand les joueurs noirs devaient sauver leurs peaux". D’après l’interviewé — l’écrivain Olivier Guez, qui a consacré un bouquin au sujet — quand le football débarque au Brésil à l’aube du XXe siècle, "c’est un sport de Blancs, de bourgeois et d’aristocrates". Bref, les joueurs noirs, même si l’esclavage est alors aboli, ne sont pas les bienvenus. Ceux qui s’y risquent inventent le dribble, art de l’esquive, pour "éviter les charges rarement sanctionnées des adversaires blancs (…) Le dribble est une ruse, une technique de survie. On dribble pour sauver sa peau." Et ça va devenir la marque de fabrique du jeu brésilien. Un peu comme le compromis à la belge est la marque de fabrique d’un pays passé de mains en mains, objet de désirs contraires, d’enjeux girouette, de cultures dissonantes et qui a appris à donner un peu à tout le monde pour rester lui-même. Un peu comme (autre théorie toute personnelle) l’humour anglais est la marque de fabrique d’un pays dont je-ne-sais-plus-qui dit "Il n’est pas interdit de penser que si l’Angleterre n’a pas été envahie depuis 1066, c’est que les étrangers redoutent d’avoir à y passer un dimanche". On peut se dire que l’évolution darwinienne a doté les Anglais de leur savoureux humour britannique — "la politesse du désespoir", en disait Georges Duhamel — pour qu’ils endurent sans trop souffrir leur longue quarantaine sur leur îlot-royaume.

Voyez comme on digresse joyeusement en partant du foot. Un autre article, du Monde cette fois, a éclairé ma lanterne sur le phénomène sociologique qu’est cet engouement quasi généralisé pour ce sport tout bête. Le sociologue Albrecht Sonntag — que l’on peut soupçonner d’être malin puisqu’il a réussi à faire de son probable loisir son sujet d’étude — définit le football de la façon la plus limpide que j’aie jamais vue: 22 personnes tentent de maîtriser un ballon "avec à peu près toutes les parties du corps sauf celles qui permettraient d’y parvenir facilement". Il fait également remarquer que tout ce qui fait le sel de ce sport c’est que c’est une suite de ratages et d’échecs traversée par de rares fulgurances de réussite. C’est pourquoi il y a si peu de buts dans un match. Un sport "où la frustration est bien plus fréquente que la satisfaction". Le foot n’est pas un spectacle, mais une épreuve. Il conclut: "Le football rappelle à l’être humain qu’il est condamné à ne pas être à la hauteur de ses espérances et des ambitions. Il faut être masochiste pour aimer ce jeu. Visiblement, nous sommes nombreux à l’être, partout dans le monde." Chers amis afooteux, c’est pas qu’on n’a rien compris au foot, c’est juste que nous, on n’est pas masochistes.

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