Chronique | En mode binaire

©BELGA

Ce qui est bien avec le foot, et qui est décuplé quand c’est le Mondial, c’est que c’est binaire.

Tout comme il y a toujours deux équipes sur le terrain qui s’affrontent, il y a toujours deux camps hors des stades qui se font face. Déjà, évidemment, il y a les pro-foot (fébriles, tout sourire, excités comme des gosses) et les anti-foot (ça n’avait pas commencé qu’ils étaient déjà saou-lés — haussement de sourcil dédaigneux à l’appui). Depuis Belgique-Corée du Sud, il y a ceux qui savourent le 9/9 et la qualif en huitièmes de finale, et il y a ceux — qui doivent avoir des Français dans leurs aïeuls — qui râlent un peu sur le manque de panache des Diables.

Un autre grand champ de bataille squatte un terrain inattendu: les rétroviseurs de voiture. Il y a ceux qui se jettent à corps perdu dans les délices du kitsch parce que le Mondial, c’est comme le Nouvel An, c’est une fête bon enfant où le ridicule est permis, et ceux-là, ils enfilent des chaussettes tricolores à leurs rétros. Du pain bénit pour le camp d’en face, qui se jette à corps perdu dans les délices du mépris et de la raillerie et qui trouve là, pour deux francs six sous, matière à se sentir supérieur à l’autre camp. Ceux-là ont des rétros nus et huent le mauvais goût des porteurs de chaussettes.

Côté pronostics, c’est aussi binaire. Il y a les rêveurs "Belgique championne!" et les pragmatiques "Brésil champion". À la rédaction aussi, il n’y a pas d’entre-deux. Il y a les spécialistes, les vrais, les purs, les durs qui peuvent te citer les vainqueurs, demi-finalistes et pays hôtes des quinze dernières Coupes du monde. Et L’Echo en est truffé! Je pense d’ailleurs que si on n’a pas de pages Sport, c’est que ça déforcerait méchamment les autres équipes, chefferie en tête! De l’autre côté, il y a les klettes qui sont incapables de citer dix joueurs sélectionnés dans l’équipe nationale et qui, parfois, en font une fierté.

Avant de conclure, ne passons pas à côté du vieux binaire à la peau dure: les hommes aiment le foot, les femmes s’en foutent (ah la blague aussi éculée que le cliché). Avec, bien sûr, dans chaque camp, le gars qui se gausse de n’en avoir rien à cirer du foot (s’imaginant bien souvent que ça lui donne l’air d’un intello) et la fille qui se gausse d’être une férue, pas la pom-pom girl, non, mais celle qui te refait la sélection parce-que-Wilmots-il-est-à-côté-de-la-plaque (s’imaginant bien souvent qu’elle va impressionner la galerie).

Ce qui est bien, avec le Mondial, c’est que ça permet à chacun de briller. À sa façon. Mais de briller.

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