Chronique | God Bless Belgium

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Les Etats-Unis. Ce soir, on joue face aux Etats-Unis en huitièmes de finale de Coupe du Monde. Ca, ça ne pouvait arriver qu’à la Belgique, poursuivie qu’elle est par un phénomène aussi charmant que déconcertant: le surréalisme.

Car, dites-moi s’il-vous-plaît, depuis quand les Etats-Unis savent-ils jouer au foot? Depuis quand, même, jouent-ils au foot? Mes maigrelettes connaissances sur les us et coutumes du ballon rond en étaient restées à ça: aux Etats-Unis, le soccer c’est pour les filles (vu que c’est un sport stratégique et élégant supposition personnelle), les gars, eux, ils font dans le football américain (un truc où tu fonces dans le tas pour faire ta place sur fond d’inconscient collectif: que font-ils d’autre que rejouer indéfiniment la conquête de l’ouest?).

Les orpailleurs veulent donc en remontrer aux mineurs/diamantaires. Et à bien y réfléchir, ça risque d’être intéressant. Patience et travail laborieux coulent dans les veines de ces deux camps de chercheurs d’une vie meilleure. Deux nations bigarrées, cosmopolites qui en ont vu passer des assaillants et des conquérants. Et qui, chacune à leur façon, ont pris le dessus, imposant au monde entier (si, si) leur art du hamburger, pour l’un, du cornet de frites pour l’autre, distillant qui des bulles de soda, qui des bulles maltées, et faisant rêver les gosses avec Superman ou Tintin. Deux pays, le grand et le petit, à la Laurel et Hardy, qu’on était loin d’attendre sur les pelouses brésiliennes. Et qui viennent, sans complexe, faire de leur nez en plein sur le territoire des dieux du ballon rond.

Bon, tout ça c’est bien, c’est beau. Ce côté combat de frères outsiders, ça pourrait inspirer Spielberg ou les Dardenne. Reste qu’à la fin, il va y avoir des perdants et des gagnants. Les Belges vont gagner, là n’est pas la question. La question, c’est de savoir comment. Depuis cinq jours, on joue à se faire peur. On a plein de joueurs blessés. Du coup, bon public, moi je m’inquiète. Bon OK, il y a celui qui s’est fêlé le tibia. Mais à côté de ça, je lis "Fellaini quitte l’entraînement blessé", tout ça pour deux bleus! Tu parles, il voulait aller terminer son niveau 46 sur sa Playstation, oui! (J’ai appris que certains de nos Diables passent leur temps libre à jouer dans leur chambre à des jeux vidéo. Ben, ça m’a fait un choc. Je dois un peu me forcer, maintenant, pour essayer d’admirer des post-ados…) On se fait peur aussi en craignant, à l’avance, la série de tirs au but. Tout ça parce que c’est arrivé à d’autres huitièmistes. Je ne vois pas le problème: 1) on a des attaquants et un gardien, on est donc équipés pour; 2) les Diables ont pour habitude de conclure dans les dernières minutes, c’est pas une séance de tirs au but qui va leur mettre la pression.

On joue à se faire peur car nos Diables ne nous font pas assez peur. Comme me le faisait remarquer très pertinemment un collègue afooteux, les Belges marquent toujours à la fin pour laisser leurs supporters dans l’espoir. S’ils marquaient dès le début, on passerait le match dans la crainte que les autres en fassent autant. Très bien vu. Il y a une chose qui m’apparaît comme indéniable avec cette Coupe du Monde, c’est que les meilleurs analystes de foot sont ceux qui n’y connaissent rien.

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