La Bank of England pourrait lancer sa propre monnaie virtuelle

Le gouverneur de la banque centrale, Mark Carney, envisage de créer une monnaie virtuelle. ©EPA

La banque centrale prépare le lancement d'une réplique au bitcoin dans le courant de l'année. Un projet qui laisse dubitatif.

Une monnaie virtuelle créée et gérée par la BoE? C'est peut-être pour cette année. Au printemps dernier, la banque centrale a en effet désigné le professeur George Danezis, de l'University College London, pour créer une "cryptomonnaie" à partir d'un cahier des charges étatique. Cette monnaie a déjà un nom, encore provisoire: RS Coin (pour Radical Shift). Elle serait indexée sur la livre sterling.

La banque d'Angleterre vient de confirmer qu'une unité de recherche interne avait bien été créée pour explorer les pistes pouvant aboutir à une transformation du système financier en tenant compte des différentes révolutions numériques.

Ce projet ressemble beaucoup à un contrefeu de la Banque d'Angleterre, effarée par l'explosion de la valeur du bitcoin en 2017 (multiplication par vingt, sans compter celle d'autres monnaies virtuelles parallèles). D'autres autorités monétaires, au Canada, en Chine, en Inde ou en Suède, ont également des réflexions poussées dans ce domaine.

La communauté Bitcoin amusée

Le gouverneur de la banque centrale, Mark Carney, s'est voulu rassurant en expliquant que "pour le moment", le bitcoin ne représentait pas un danger pour la stabilité financière.

Les détails de cette nouvelle monnaie restent flous, et pourraient dépendre des prochaines évolutions du cours du bitcoin, qui a spectaculairement chuté ces dernières semaines, mais dont l'étiage reste très élevé par rapport à sa jeune histoire (créé en 2009).

La banque centrale pourrait se limiter à créer un registre de type blockchain, l'infrastructure sous-jacente des monnaies virtuelles.

©ANP

L'information a fait sourire les adeptes du bitcoin. A la fois parce qu'elle confirme que les autorités prennent plus que jamais au sérieux l'avènement des monnaies virtuelles, et aussi parce que le principe d'une cryptomonnaie est antinomique avec celui d'une monnaie classique contrôlée par une banque centrale. Par ailleurs, les chances de succès d'une telle monnaie sont très hypothétiques. L'esprit du bitcoin, du Litecoin, de l'Ethereum et des autres monnaies virtuelles est justement d'être libre comme l'air, totalement indépendant d'une autorité monétaire centrale qui décide arbitrairement de la valeur de sa monnaie.

A titre de comparaison, une monnaie virtuelle gérée par une banque centrale équivaut à un internet privé de neutralité.

La manipulation des taux d'intérêt ou la mise en branle de la planche à billets (assouplissement quantitatif) sont perçus par une majorité d'économistes comme des outils efficaces de gestion de crise macro-économique. Pour les adeptes du bitcoin, ce sont des remèdes pires que le mal qu'ils prétendent guérir, en s'attaquant aux symptômes plutôt qu'aux causes sous-jacentes.

Les monnaies virtuelles, si elles se généralisent, marqueront une révolution sans précédent dans l'histoire de l'économie: la confiance que les agents économiques s'accordent entre eux ne sera plus intermédiée par un arbitre central, en l'occurrence l'Etat; ledit Etat ne pourra plus doper artificiellement, ni tenir en respect, son économie.

De l'autre côté, en mettant fin à leurs cauchemars complotistes, les "autonomistes monétaires" du bitcoin se jettent dans la gueule d'un loup beaucoup plus féroce et incontrôlable: celui d'une intelligence artificielle et inhumaine qui, dans le cas du bitcoin, est déjà hors de contrôle.

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