"Investir dans le bitcoin est un des actes les plus risqués que l'on puisse faire"

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De plus en plus de voix s'élèvent en Europe pour demander aux régulateurs d'encadrer les transactions en bitcoins. Sur le terrain, certains professionnels prévoient un essoufflement de la crypto-monnaie, qu'ils voient en "fin de vie" dans sa forme actuelle.

Depuis quelques semaines, le bitcoin, cette monnaie virtuelle, va de record en record. De quoi susciter l'intérêt des fraudeurs. En un an, l'inspection économique a déjà reçu 336 signalements à ce sujet. Au sein de la FSMA, 34 plaintes ont été recensées depuis 2015. 

Le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), a ainsi décidé de légiférer en la matière. Il planche sur un statut pour les plateformes d'échange de monnaies virtuelles, a-t-il indiqué en réponse à une question parlementaire. Le ministre collabore avec le FSMA et la Banque Nationale.

Si le Japon reconnaît, depuis le printemps, le bitcoin comme moyen de paiement légal, de nombreux pays s'inquiètent. La Belgique n'est pas la seule...

La montée en puissance du bitcoin présente des risques par rapport à la spéculation et par rapport à la possibilité de financements illicites.
Bruno Lemaire
ministre français de l'Economie

Bruno Lemaire, ministre français de l'Economie, a ainsi demandé au G20 de plancher sur un cadre juridique commun. "La montée en puissance du bitcoin présente des risques par rapport à la spéculation et par rapport à la possibilité de financements illicites." 

En Suisse, Axel Weber, président du conseil d'UBS, considère aussi que le bitcoin n'est pas une monnaie . Il demande donc aux régulateurs d'intervenir.

"Tout ce que les autorités peuvent faire, c'est brandir une pancarte avec une phrase de l'Enfer de Dante: 'Toi, qui entre ici, abandonne toute espérance'", avait pour sa part déclaré Howard Davies, président du conseil d'administration de RBS.

Le bitcoin est mort, vive le bitcoin cash

Apparu en 2009, le bitcoin s'échangeait jusqu'ici essentiellement sur internet. Contrairement aux monnaies traditionnelles, il n'est pas émis par une banque centrale et donc n'est pas régulé. Les transactions s'effectuent sans intermédiaires et dans l'anonymat le plus complet. Une aubaine pour les escrocs et autres trafiquants.

L'envolée du cours du bitcoins effraie en effet. Et même du côté des professionnels, comme Emil Oldenburg. Ce nom ne vous dit rien, mais il est le co-fondateur de Bitcoin.com. Aujourd'hui, Emil Oldenburg affirme que le bitcoin est devenu incontrôlable.

"Investir dans le bitcoin est en ce moment un des actes les plus risqués que l'on puisse faire. Moi-même, j'ai tout vendu", explique-t-il sur le site suédois "Breakit". Le bitcoin se rapproche en effet des 20.000 dollars. Il avait franchi la barre des 10.000 dollars le 28 novembre.

26 dollars
Emil Oldenburg, co-fondateur de bitcoin.com
Ces dernières semaines, les coûts ont cru de 6 à 26 dollars par transaction.

Oldenburg a ainsi voulu prendre de la distance face à la frénésie qui s'empare du réseau Bitcoin.com. Il affirme que les temps d'attente et les coûts d'une transaction ont atteint un niveau élevé. "Ces dernières semaines, les coûts ont cru de 6 à 26 dollars par transaction. Aux heures les plus chargées, les vendeurs attendent jusqu'à 400 minutes pour voir leur transaction confirmée. Quand j'ai vendu mon stock, cela m'a coûté 50 dollars et 12 heures." Il ne précise toutefois pas ce que cette vente lui a rapporté.

Pour lui le bitcoin, tel qu'il existe aujourd'hui, arrive en fin de vie. Il prévoit ainsi que de nombreux investisseurs en bitcoin lui emboîtent le pas. "Il y a beaucoup de nouveaux investisseurs qui n'utilisent pas vraiment le bitcoin comme une valeur. Ils achètent ou échangent peu mais poussent les prix à la hausse. Une fois qu'ils se rendront compte que ce n'est pas convivial, que c'est coûteux et que les temps d'attente sont longs, ils vendront massivement." 

Notons certes que Emil Oldenburg ne tourne pas totalement le dos à la cryptomonnaie. Il travaille même à un nouveau projet avec un bitcoin, nouvelle formule: le bitcoin cash (qui permet une capacité de transaction accrue).

Mais pourquoi un tel engouement?

Prenons un exemple. Rémi a 33 ans. Généticien à l'Université de New York, il est de nationalité française. "J'ai investi dans la cryptomonnaie dans un but de rapatrier mon argent en France sans frais". Il souligne que les méthodes classiques via les banques sont coûteuses. Il dispose aujourd'hui d'un peu moins de 20.000 dollars en cryptomonnaies, soit près du triple de sa mise de départ. Pour contrer toute chute brusque éventuelle, il a téléchargé des applications d'alerte.

Le bitcoin, c'est quoi? "Bitcoin, mode d'emploi"


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