Le plongeon de Noël du bitcoin

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Vrai krach ou correction passagère? Le bitcoin a perdu 13% la nuit de dimanche à lundi après s'être remis ce week-end de sa pire semaine depuis 2013.

Krach pur et dur? Ou correction passagère d'une monnaie virtuelle erratique? Le bitcoin a dégringolé vendredi, presque aussi brutalement qu'il a flambé ces dernières semaines, sans que les experts de la finance ne sachent vraiment l'expliquer. Samedi la plus célèbre des cryptomonnaies avait repris des couleurs avant de retomber sèchement dans la nuit de dimanche à lundi. 

En chiffres, le bitcoin cotait samedi matin autour de 14.500 dollars après avoir fait un bref plongeon la veille sous les 13.000 dollars. Le rebond de ce samedi a vite été effacé. Le bitcoin est encore redescendu sous les 14.000 dollars dans la nuit de dimanche à lundi, lâchant 13% en 24 heures. Il y a une semaine, la monnaie virtuelle semblait pourtant proche de franchir les 20.000 dollars.

Sur la journée de lundi, la plus célèbre des cryptomonnaies s'était reprise, gagnant 10% pour s'établir, ce mardi matin, à 15.049 dollars.

 

-25%
La décote du bitcoin la semaine dernière
Le bitcoin, qui n'en finissait plus de flamber après voir commencé 2017 autour de 1.000 dollars, a perdu environ un quart de sa valeur en une semaine. Ou l'équivalent de deux fois la capitalisation boursière du groupe L'Oréal, par exemple.

La correction est particulièrement brutale, même pour une devise virtuelle habituée aux fortes secousses. De plus le bitcoin échappe aux cadres monétaires traditionnels. Contrairement au dollar ou à l'euro, le bitcoin n'est pas émis par des Banques centrales mais "miné", ou créé, de manière décentralisée par des ordinateurs utilisant des algorithmes complexes pour produire une chaîne de blocs de transactions codés et authentifiés (technologie dite "blockchain").

"Un retour sur terre"

Ces dernières semaines ont apporté presque autant de bonnes que de mauvaises nouvelles pour le bitcoin.

Alexandre Baradez, analyste pour IG France, ne trouve "pas d'explication particulière" à la chute, et rappelle que le cours du bitcoin a toujours été erratique. Sa volatilité "est 20 fois supérieure à la volatilité euro/dollar", souligne l'expert. Il rappelle aussi que la cryptomonnaie reste un tout petit marché par rapport à d'autres grandes devises: il suffit que quelques gros poissons vendent pour que le cours décroche.

Selon Stephen Innes, chef des échanges en Asie-Pacifique chez OANDA, les investisseurs du bitcoin font face à "un retour sur terre". "Une demande effrénée" associée à une disponibilité limitée "a conduit des investisseurs inexpérimentés à être pris la main dans le sac", estime-t-il.

Pour Neil Wilson, de la société londonienne ETX Capital, "difficile de savoir si le glas a déjà sonné". La monnaie a certes gagné une certaine légitimité avec le lancement aux Etats-Unis d'instruments spéculatifs basés sur le bitcoin, par des opérateurs reconnus. Une tendance renforcée par l'arrivée prochaine du géant bancaire Goldman Sachs dans le jeu du "trading" de bitcoins, ce qui serait, selon les critères du monde de la finance, une sorte de consécration.

"Il semble qu'il soit temps pour les investisseurs de prendre leurs bénéfices et de les dépenser pour Noël."
Neil Wilson
Analyste - ETX London

Mais le bitcoin, accusé de servir à toutes sortes de trafics illégaux, reste très critiqué. Mercredi, son étoile avait commencé à pâlir après des informations de piratage d'une plateforme d'échanges de cryptomonnaies en Corée du Sud, Youbit. Et jeudi, Haruhiko Kuroda, gouverneur de la Banque du Japon, marché important pour le bitcoin, avait jugé la flambée du cours "anormale". Sans compter les rumeurs récurrentes de création de cryptomonnaies concurrentes et de rivalités entre "mineurs".

Pour les experts, rien de tout ça ne suffit pourtant à expliquer sa chute brutale. "Il semble qu'il soit temps pour les investisseurs de prendre leurs bénéfices et de les dépenser pour Noël", note simplement Neil Wilson. Il n'est pas vraiment possible d'acheter ses cadeaux ou sa dinde en bitcoins, dont l'usage commercial reste très marginal. Pour dépenser ses bitcoins, il faut donc les échanger contre une autre devise, ce qui fait chuter le cours.

Le Belarus a toutefois emboîté vendredi le pas au Japon en reconnaissant le bitcoin et les autres cryptomonnaies comme moyen de paiement légal ainsi que les "smart contracts" qui utilisent comme elles la technologie du "blockchain". Les opérations en cryptomonnaies resteront aussi défiscalisées jusqu'en 2023, selon un décret signé par le président Alexandre Loukachenko.

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