Alela Diane, le son de l'été indien

©doc

Incarnation du néofolk américain, Alela Diane revient avec "Cold Moon", enregistré en duo avec le guitariste Ryan Francesconi. Un album contemplatif, éblouissant, tirant un subtil trait d’union entre les saisons.

Silhouette de squaw, cheveux longs, tresses et raie au milieu, Alela Diane, 32 ans, s’est fait une chaire parmi les nouvelles voix de la folk, avec un disque à la confection artisanale, le racé et remarqué "The Pirate’s Gospel", sorti en 2006. Avec ses mélodies peuplées de fantômes sympathiques, "The Pirate’s Gospel" ressemblait, par son épure chaloupée, au jour où Christophe Colomb accostait en Amérique, croyant atteindre les Indes. La révélation d’un nouveau monde ancestral. Un simple disque de chansons folk, mais qui a redessiné et dépoussiéré la carte parcheminée du genre.

4/5

(Believe Recordings/PIAS)

En concert au Botanique, à Bruxelles, le 15/11.

 

 

Avec les trois albums qui l’ont suivi, Alela Diane est devenue la prêtresse d’un néofolk très en vogue. Mais les grosses tournées à répétition, une grossesse et près de 500.000 albums vendus, ont eu raison de son inspiration. "Parfois je retourne dans le passé, je pense à des choses qui sont arrivées et j’en fais une chanson", explique-t-elle en faisant la vaisselle, sa gosse scotchée à la jambe. "Mais quand nous avons décidé de travailler ensemble avec Ryan, je venais d’être maman. Ma fille avait à peine un an et je n’étais pas prête pour un nouvel album solo, je n’avais pas l’impression d’avoir ça en moi", confie cette native de Nevada City, 3.000 âmes, une ancienne ville de chercheurs d’or au nord de la Californie.

Écriture fusionnelle

Évanouie, la cueilleuse de phrases étranges qui murmurait aux collines de rouilles et d’émeraudes? "Non, différente." De ses années passées à Nevada City, Alela a épinglé à son cœur des chants de voyage intérieur, écrits autour de feux de camp ou sifflotés les pieds dans l’eau avec Mariée Sioux ou Joanna Newsom, ses amies d’enfance. Mais en quittant le nord californien pour l’Oregon, l’artiste a emprunté d’autres sentes. Elle s’est séparée de son bassiste et ex-époux, Tom Bevitori, pour s’offrir la compagnie d’un plus fidèle équipage. Celui de Ryan Francesconi, compositeur et guitariste virtuose du fingerpicking, aussi installé à Portland. "Il y a une vraie musicalité dans ce que fait Ryan, quelque chose de beaucoup plus complexe que tout ce que je pourrais être capable de créer, confie Alela. En posant mes mots sur ses mélodies, j’ai pu sortir un peu de moi-même et penser à des choses plus grandes que moi."

La note est donnée dès "Quiet Corner". Une guitare solitaire, lancinante, au son rêche, et une voix, superbe, qui tranche dans le vif. Ni trop éthérée ni exagérément abîmée, juste pure et habitée. Pour donner à ses blessures leur juste résonance, Alela Diane a mis visiblement ce qu’il fallait de temps, de maîtrise et de soin. D’une voix qu’on dirait tissée par des Sioux, elle semble encore plus tutoyer la nature sur "Cold Moon". "Mes parents étaient des hippies, musiciens ‘grass roots’ tous les deux. Ils m’ont toujours encouragée à faire simple, à refuser de ‘sonner à la mode’… Du coup, j’ai développé une forte connexion à la terre, aux forêts. Tout le monde semble obnubilé par le futur, quand c’est tellement important de savoir ce qui nous a faits."

Les soubresauts du monde qui firent s’engager politiquement les folk singers des années 60, ou ceux racontés par les grands auteurs américains, les Faulkner ou Tennessee Williams, lui sont étrangers. On la sent presque gênée: "Je ne suis pas Bob Dylan… Mais, pour la première fois de ma vie, je viens de m’acheter une guitare électrique!" D’où cette rare conjonction de tripes et d’élégance et, derrière la sobriété instrumentale, des choix d’arrangements très sûrs: sur "Shapeless", ses scansions crépitent à la chaleur d’une guitare sèche, de tambours rances et de mains qui claquent sous un ciel de l’Ouest américain. Avec des textes implacables sur des mélodies délicates et une maturité qui force le respect, Alela Diane rend la saison légère. Ou presque.

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