chronique

Benjamin Biolay, comme un Argentin à Paris

"Volver", comme une chanson de Carlos Gardel, un film d’Almodovar, un tango, un aller et retour entre deux continents, des milliers de mixes musicaux, tel est le titre du nouveau Biolay. C’est intense, généreux, sensible et surprenant. Comme Benjamin dont il est impossible de ne pas être un aficionado.

Nous sommes assis dans un canapé de l’Hôtel de l’Abbaye, dans le sixième arrondissement, à Saint-Germain des Prés. Benjamin porte un costume noir — toujours Dior — et son brushing est impec. Juste après, il ira dans un autre coin de la ville faire quelques photos pour "Libé". Il a bonne mémoire, Benji. Il se souvient bien qu’on s’est vus, il y a moins d’un an, pour parler de l’album "Palermo Hollywood" et qu’on a pu bavarder dans le joli jardin de l’IPC, le studio d’enregistrement bruxellois bien connu. Aujourd’hui, la météo ne nous permettra pas d’aller dehors. À quelques mètres de nous, deux dames parlent de leurs vacances. Benjamin aime bien, moi aussi. Peut-être qu’une prochaine fois, on se fera l’interview à Marrakech… Enfin, il y a du soleil sur son nouvel album, "Volver". Du soleil de Buenos Aires et de Rome. Un peu moins de Paris. D’ailleurs, quand nous quitterons l’hôtel, ce sera carrément la drache parisienne. Et comme on est entre les deux tours des élections présidentielles, je sens bien que Benji m’envierait presque de reprendre le Thalys, tout à l’heure, pour Bruxelles…

Comme un chercheur qui publie sa thèse

"Volver" est la suite logique de "Palermo Hollywood". Un album frère. Car, l’idée que Benjamin avait au départ était de sortir un double album mais sa firme de disques s’y était opposée. D’où le délai d’un an entre les deux disques. "Je ne l’ai pas senti comme une censure odieuse. Ce n’est pas forcément dans leur culture de sortir des doubles albums. Et puis, c’était mon premier album original chez eux. Donc, je les avais prévenus que, si le premier marchait, je sortirais la suite un an plus tard. Et ils ont respecté leur parole, ce qui est très bien", explique Benji. La matière des deux albums est riche. "Ce sont des années de ma vie, dit-il. De ma vie personnelle et de ma vie artistique. C’est inspirant de vivre des choses aussi différentes." Est-il dans la période la plus foisonnante de sa vie? "Non, à 19 ans, j’étais extrêmement productif. Dans la vingtaine aussi. Et puis, là, ça revient. Ce sont des cycles. Et puis, on n’a pas toujours envie de s’exprimer publiquement. 10% de la musique que je fais sont publiés. Là, j’ai envie de publier comme un chercheur qui publie sa thèse."

"Volver", en espagnol, signifie "revenir". C’est le mouvement de Benjamin, qui va de Buenos Aires à Paris et vice versa. "C’est un mouvement révolutionnaire au sens étymologique. Il construit, déconstruit et reconstruit…", admet-il. C’est aussi le titre d’un fabuleux film d’Almodovar, "Volver". Mais Benjamin n’a pas songé à cela, non. "C’est surtout le titre de la plus célèbre chanson de Carlos Gardel." Voilà qu’ils ont la même inspiration Almodovar et Biolay.

Benjamin Biolay - Volver

Des guests, encore des guests

Sur cet album-ci, les guests sont hyper nombreux. Mais il n’y en a pas obligatoirement sur chaque morceau. Ces guests sont issus de sa famille, au sens premier – Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve – et de la famille qu’il s’est créée chez les Latinos. "Il y a tous les gens que j’aime sur ce disque. Mon gang argentin, avant de faire des disques ensemble, on a passé de longues soirées ensemble", dit-il. Car, il appartient à ces gens qui n’oublient pas ceux avec qui ils ont fait la fête… Illya Kuryaki & The Valderramas, Miss Bolivia, Mala Rodriguez ou Sofia Wilhelmi sont des artistes très connus dans leur pays d’origine, mais inconnus chez nous.

Visiblement, Benjamin n’a pas dû beaucoup pousser Catherine Deneuve pour qu’elle donne de la voix sur "Happy Hour". "Elle parle sur ce morceau, mais a participé aussi aux chœurs. Elle adore chanter. Et puis, moi, j’avais envie de sa voix éternelle qui dit beaucoup du cinéma et de Paris." Car, bien sûr, quand Benjamin se trouve à Buenos Aires, il a plus envie de parler de Paris. "C’est plus facile." À quelques jours du second tour des présidentielles, Benjamin pense qu’il n’y a pas à finasser. "Il faut voter Macron. Après, il y aura les législatives et on pourra toujours affiner le tir."

Pas un dandy

En musique, il ne se met aucune limite, à part celles que lui imposent sa voix. "Il faut tout essayer quitte, parfois, à foirer. Et il faut se métisser, à moins d’être un génie." (Rires). On sait bien que, dans tous les arts, il y a eu du métissage. Au cinéma aussi. "Les Américains ont mangé de la Nouvelle Vague, ce n’est pas un hasard." En écoutant "Hypertranquille", un morceau hyper chill donc, on découvre un autre Biolay. Un homme tranquille? "C’est une chanson que j’ai faite, au début, pour ma fille, Anna. En mettant des effets un peu débiles sur ma voix, comme les trucs qu’elle adore. En ce moment, elle n’écoute pratiquement que du rap."

Benjamin Biolay - Hypertranquille


Du coup, Benjamin est incollable en hip-hop. Pourtant, l’homme est un vrai rocker. "C’est ce que je voulais faire au début", confie-t-il. Plus rocker que dandy. "Je ne suis pas un dandy parce qu’un dandy met sa vie en scène, tout le temps." Cet homme chic s’apprête aussi à réapparaître au cinéma dans deux films. D’abord dans "La Douleur", d’Emmanuel Finkiel, d’après Marguerite Duras, avec Mélanie Thierry et Benoît Magimel. Et ensuite dans "Numéro une", de Tonie Marshall, avec Emmanuelle Devos et Carole Bouquet. "C’est un film qui parle de la difficulté pour les femmes d’atteindre les sommets du CAC40. Les hauts sommets du patronat. C’est le dernier plafond de verre."

Partir en cacahuète

Juste avant de se quitter, on se donne rendez-vous à l’Ancienne Belgique, où il revient fin juin. Entre lui et cette salle, c’est quasi fusionnel. "Il se passe un truc là. Pete Doherty me l’a dit aussi. Et puis, les artistes aiment bien parce que c’est près de la Bourse et après, ils peuvent partir en cacahuètes à l’Archiduc. Moi, j’y ai passé beaucoup de soirées, mais je ne vais quand même pas passer, toute ma vie, la même soirée. La vie n’est pas une histoire sans fin." Pour l’after, il faudra le chercher ailleurs…

©rv doc

En concert à Bruxelles le 29 juin à l’AB

Lire également

Messages sponsorisés