chronique

PJ Harvey | "The Hope Six Demolition Project"

Après l'excellent "Let England Shake", PJ Harvey nous offre un album hypnotique avec "The Hope Six Demolition Project".

Peu d’artistes peuvent prétendre à autant de constance que PJ Harvey. Polly n’est jamais vraiment là où on l’attend: elle glisse du punkoïde au simili gothique, en passant par le trip-hop, dans des compositions tout aussi sveltes et hypnotiques que leur interprète. Son avant-dernier album "Let England Shake", s’il référait à la boucherie de 14-18, s’en prenait de façon allusive à l’Angleterre contemporaine.

PJ Harvey - The Community Of Hope

Cinq ans plus tard – et quatre après avoir écrit une chanson "Shaker Aamer" à propos d’un gréviste de la faim de Guantanamo –, "The Hope Six Demolition Project" élargit le propos au Kosovo, à l’Afghanistan et l’Amérique, en dressant un portrait sombre et révolté du monde. "The community of hope", "The ministry of defence", "Chain of keys", "Near the memorial of Vietnam and Lincoln" ou "The wheel" sont chantés en chœur notamment avec l’excellent Mick Harvey (aucun lien de parenté), l’autre fidèle — John Parish — œuvrant dans l’ombre.

©doc

Au début, on craint un "protest album" à la Neil Young genre "Living with war", lourdé par un prêchi-prêcha bien intentionné. Mais, très vite, ce côté urticant disparaît, d’autant que la voix de Polly Jean n’a jamais paru aussi limpide. Et pour cause, enregistré derrière une simple vitre, la chanteuse étant soumise au regard des passants londoniens, l’album se veut brut de décoffrage, genre uppercut du gauche, mais sans jeter aux orties la mélodie ni devenir un slogan dont le mégaphone serait le micro. Mélange de blues, de jazz, de negro-spiritual ("River Anacostia"), cet album… photo d’une époque est tout en nuances. 

1 CD Universal. Note: 4/5

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