interview

"Les mutualités doivent encore se moderniser!"

La ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) ©Photo News

La ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD), estime qu’il faut davantage de transparence au niveau des flux financiers des mutuelles.

Que pensez-vous du rôle des mutuelles en Belgique? Est-ce un outil indispensable ou peut-on s’en passer?
Les organismes assureurs sont proches du patient et à la fois impliqués dans la politique. Grâce à cette position, ils jouent un rôle important dans nos soins de santé. Leur rôle a parfois été adapté, ces dernières années, mais il est temps de revoir en profondeur leurs tâches et de les adapter aux besoins et aux attentes de la société d’aujourd’hui. Fin novembre 2016, nous avons conclu le pacte avec les organismes assureurs. Nous avons clairement mis des accords sur papier, concernant leur rôle dans notre futur paysage des soins de santé. Il y a en fait six grands axes pour le futur: l’information aux membres, la contribution à la préparation stratégique – par exemple en transmettant des données permettant de fixer des objectifs de santé –, l’efficacité et le contrôle, la modernisation des tâches du médecin-conseil, un audit de l’assurance complémentaire, le rôle de l’assurance complémentaire et, last but not least, la bonne gouvernance et la transparence…

Justement, trouvez-vous que les mutuelles sont suffisamment transparentes?
Non, pas assez. Nous travaillons en collaboration avec elles pour arriver à augmenter cette transparence. Le sixième axe de modernisation du pacte se concentre d’ailleurs sur la bonne gouvernance et la transparence des organismes assureurs. L’audit de la structure des coûts est prévu, les mutualités doivent désormais soumettre leurs comptes annuels auprès de la Banque Nationale, elles doivent publier les intérêts des différents partenaires dans le cadre des soins de santé, etc. On doit y voir clair dans tous les flux financiers et être certain que ceux-ci sont bien entièrement au profit des assurés.

"Nous demandons une plus grande efficacité aux mutuelles."
Maggie de block
ministre de la santé

La façon dont l’enveloppe des frais d’administration est répartie entre organismes assureurs dépend du nombre d’affiliés, auquel on apporte une série de corrections liées au profil de ces affiliés et à de supposées économies d’échelle. Faut-il changer ce système?
Comme dans tous les domaines des soins de santé, nous visons aussi une meilleure efficacité pour les OA. Nous avons aussi demandé au Parlement d’ordonner, à la Cour des Comptes, de procéder à un audit du fonctionnement des organismes assureurs. Ma cellule stratégique est actuellement en train d’étudier les recommandations de la Cour des Comptes relatives à la formule des paramètres. Sur la base de cette analyse, on déterminera quelles initiatives il faut prendre. Et on attend encore l’audit sur la responsabilisation financière des OA, plus tard dans le courant de cette année.

N’est-ce pas quand même "faux cul" de vouloir responsabiliser les acteurs de la santé sur des coupes purement budgétaires qu’on a soi-même décidées, sans concertation avec ces acteurs?
Mais nous évitons justement de faire des économies de façon aveugle, nous avons négocié le pacte avec les organismes assureurs. Dans ce pacte, nous fixons des objectifs par rapport à la modernisation du rôle des organismes assureurs, conformément aux objectifs de l’accord de gouvernement. Sur la base de ces engagements d’action, les organismes assureurs continuent à travailler avec les administrations. Ce pacte offre aux organismes assureurs un cadre stable pour les prochaines années, au cours desquelles ils pourront donner forme à leur nouveau rôle. Il ne vise pas à imposer des économies supplémentaires, si elles réussissent et offrent un bon rapport qualité/prix.

Que les président et secrétaire généraux de Solidaris soient présents au bureau du PS, et entretiennent des liens proches avec le parti, cela vous gêne?
Historiquement, les mutualités se sont développées de manière cloisonnée. Ce n’est donc pas surprenant qu’il y ait des liens entre les partis politiques et les mutualités. L’exemple que vous citez n’est pas un secret et tant que la bonne gouvernance et la transparence sont assurées, ça ne pose pas de problème. Jean-Pascal Labille a été ministre socialiste et est revenu ensuite vers les mutualités; on sait que Solidaris est proche du PS comme d’autres mutualités sont proches d’autres formations politiques.

Les mutuelles emploient près de 15.000 travailleurs. On ne compte pas moins de 53 mutualités différentes. Le pacte prévoit déjà une phase de rationalisation pour arriver à 45 mutualités, mais est-ce suffisant? Ne faut-il pas aller plus loin si l’on veut être réellement efficace?
La bonne gouvernance implique, entre autres, que les fonds soient dépensés le plus efficacement possible. Nous demandons donc une plus grande efficacité des organismes assureurs, qu’ils peuvent atteindre via des économies d’échelle. Collaborer avec d’autres sociétés d’assurances est un moyen possible, par exemple via des services partagés pour l’ICT. Les fusions sont également une possibilité d’économie l’échelle.

Mais alors pourquoi ne pas le faire? Au Pays-Bas, ils n’ont plus que 5 acteurs…
La situation aux Pays-Bas n’est pas comparable à la nôtre. Notre système de soins de santé est géré par le gouvernement et le système repose sur la solidarité. Le système néerlandais a une approche beaucoup plus commerciale. Les patients doivent faire leur "shopping" chez l’un des vingt-cinq assureurs de soins de santé commerciaux (regroupés dans 9 groupes coupoles).

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