La noblesse très présente chez MyMicroInvest

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La plateforme de crowdfunding et les fonds associés comptent une majorité de nobles parmi leurs administrateurs et actionnaires. On pourrait croire à l’existence d’un réseau, mais les intéressés plaident le hasard… et la nécessité.

Le point de départ de cet article est une succession de nominations rimant avec "coïncidences"… Lorsqu’il fonde la plateforme de financement participatif MyMicroInvest en juillet 2011, Guillaume Desclée de Maredsous invite au capital trois représentants de la société d’investissement Inventures, créée quelques mois plus tôt: Olivier de Duve, Charles-Albert de Ratzitzky d’Ostrowick et José Zurstrassen. Point commun aux trois premiers cités: ils sont tous nobles.

Quatre ans plus tard, le conseil d’administration de MyMicroInvest s’élargit: il ouvre ses portes à Gilles van der Meerschen, Roland Vaxelaire, Jacques de Vaucleroy et Philippe Haspeslagh. On peut faire le même constat: les trois premiers cités appartiennent à la noblesse. De son côté, Inventures n’est pas seulement actionnaire de MMI, elle a aussi son destin intimement lié à la plateforme de crowdfunding puisqu’elle agit souvent à ses côtés en co-investissement. À son conseil d’administration, outre les personnes déjà nommées (de Duve, de Ratzitzky, van der Meerschen et Zurstrassen), s’ajoute à sa création Brice-Alexandre de Behault, également de sang bleu.

"C’est le fruit du hasard et, en même temps, ce n’est pas tout à fait du hasard: nous nous connaissions."
charles-albert de ratzitzky
coo de MyMicroInvest

Chez Inventures apparaissent trois nouvelles personnalités en 2016: Claude Berend, Marc Flammang et Thierry de Wouters d’Oplinter: deux roturiers et un noble, respectivement. En 2016 toujours, les fondateurs du groupe Inventures-MMI lancent un nouveau fonds d’investissement, baptisé Inventures II. Parmi ses actionnaires figurent Charles Amédée de Liedekerke, Jacques Michel de Mévius, Alexandra Kervyn de Volkaersbeke, Pierre-Yves Berthe, Giulia Van Waeyenberge et Françoise de Buck van Overstraten. Les trois premiers sont non seulement nobles, mais portent aussi des titres: le premier est comte, le deuxième baron et la troisième baronne. Quant au conseil d’administration d’Inventures II, il est composé de Gilles van der Meerschen, d’Olivier de Duve, de Bruno de Ratzitzky et de Charles Adraensen: les trois premiers émargent eux aussi aux rangs de la noblesse.

Sur l’ensemble des trois sociétés, on compte douze nobles et huit non-nobles. On ajoutera que parmi ces derniers figurent des personnalités proches de la noblesse, telles José Zurstrassen ou Françoise de Buck.

Scout toujours...

Il n’en faut pas plus pour imaginer que MMI et Inventures soient des constructions issues de réseaux d’affaires si pas réservés à, du moins fortement concentrés sur l’aristocratie. Pourtant, à en croire les principaux intéressés, il n’en est rien. "Il n’y a aucune volonté là derrière, explique Charles-Albert de Ratzitzky, qui exerce aujourd’hui la fonction de chief operating officer de MMI. On s’est retrouvés ensemble. C’est le fruit du hasard et, en même temps, ce n’est pas tout à fait du hasard: nous nous connaissions."

Plus exactement, certains d’entre les fondateurs se connaissaient. C’est surtout le cas de Guillaume Desclée et Charles-Albert de Ratzitzky, qui ont consacré une partie de leurs congés au même mouvement de jeunesse. Ils ont œuvré au sein de la Treizième alias "Les Lones", une unité scoute précisément réputée pour compter une bonne proportion d’enfants de nobles dans ses rangs. Charles-Albert de Ratzitzky connaissait par ailleurs Brice de Behault avant de faire affaire avec lui. L’épouse d’Olivier de Duve était une de ses cousines. Mais l’exercice s’arrête là: les autres n’avaient pas frayé ensemble avant de faire affaire commune.

Même remarque à propos de l’élargissement du conseil d’administration de MMI en 2015, lorsqu’il s’ouvre à trois nobles et un roturier: "C’est à nouveau le résultat du hasard, poursuit le COO. Notre but était d’élargir le conseil à tout le monde, la preuve par la nomination de Philippe Haspeslagh. Nous n’avions aucun intérêt à rester au sein d’un même cercle. Au contraire, cela aurait pu jouer en notre défaveur en donnant une image un peu élitiste du groupe."

Family business

Reste le cas d’Inventures II, dont la fondation a permis l’entrée au capital du Comte de Liedekerke, du Baron de Mévius et de la Baronne Kervyn de Volkaersbeke. Difficile, dans ce cas, de ne pas croire à la thèse du réseautage… alors que l’explication réside ailleurs. "Quand nous avons levé les fonds pour constituer Inventures II, souligne Charles-Albert de Ratzitzky, nous avons cherché à rallier en particulier deux catégories d’investisseurs: les institutionnels et les family offices."

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Or qui dit "family offices" en Belgique, songe forcément aux sociétés d’investissement privées mises sur pied par les grands actionnaires belges du géant brassicole AB InBev. Ils font pour ainsi dire partie du paysage: des incontournables. "Ils forment une cible évidente, confirme le COO. Inventures n’a pas que des objectifs financiers, le fonds cherche à soutenir des projets à impact sociétal positif. Or ils ont aussi cette fibre-là."

La remarque vaut non seulement pour Jacques de Mévius, apparenté à Frédéric de Mévius (Verlinvest, AB InBev…), mais aussi pour Charles de Liedekerke. Ce dernier, qui siège au conseil du tréfileur Bekaert, côtoie en effet des représentants de la famille de Spoelberch (AB InBev, Verlinvest, GDS Consult…) dans le holding Cobib. Ce ne sont donc pas les pères d’Inventures qui ont aligné les nobles dans leur viseur, ce sont les family offices composées, entre autres, de nobles qui ont répondu à leur appel lancé tous azimuts.

Comme tout le monde

"Une série d’événements sont organisés actuellement, qui réunissent des jeunes de la noblesse sur le thème de l’entrepreneuriat, ébauche de Ratzitzky en guise de conclusion (voir ci-dessous).J’ai le sentiment qu’ils ont une forte envie de participer à l’essor de l’économie. Cela contribue à casser cette vieille image du noble rentier. De manière générale, nous sommes dans le même bain que tout le monde aujourd’hui. Comme le reste des gens, il existe des nobles ayant des problèmes financiers et, comme tout le monde, nous devons nous battre pour gagner de l’argent."

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