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S'il te plaît, dessine-moi une école

©vadot

La révision des rythmes scolaires ne se résume certainement pas à un "simple" ajustement des horaires. Quand l’école doit bouger avec son temps!

Lundi, 17h30, Thomas, 10 ans et Lucie, 8 ans, rejoignent leur maman, Anne, qui les attend à l’entrée de l’école. Si la fatigue d’une première journée de semaine les marque, ils ont cependant le sourire aux lèvres. Le plaisir de se retrouver, mais aussi la certitude qu’une fois rentrés à la maison, c’est le doux rythme familial qui prend le relais. Thomas et Lucie ont déjà fait tous leurs devoirs sous la surveillance d’un professionnel d’une école de devoirs. L’année précédente, Anne, ou son mari, à la même heure, devait courir pour déposer à temps Lucie à sa leçon de guitare, rentrer avec Thomas, s’assurer qu’il fasse ses devoirs, aller rechercher sa sœur, rentrer… Et à l’époque toujours, le lendemain, c’était au tour de Thomas qui devait impérativement être à 18h15 à son cours de judo. Les journées n’en finissaient plus, épuisant et stressant tous les membres de la famille, exigeant une organisation millimétrée.

Aujourd’hui, Anne sait que Thomas a eu son cours de judo cet après-midi et que Lucie jouera de son instrument favori jeudi entre 13h et 13h45. Ce lundi, par contre, la fillette a fait de la capoeira, et avant cela, juste après le temps de midi, les deux enfants ont eu la possibilité de profiter d’un moment au calme en parcourant des livres et BD au club de lecture… Le tout, au sein de l’école et pendant le temps scolaire. Après ces activités ludiques (et gratuites) de l’après-midi, ils ont eu un dernier moment en classe pour l’ultime cours de la journée qui s’est terminé à 15h45. L’esprit et le corps détendus, ils ont profité de cette bonne énergie accumulée les heures précédentes pour se concentrer au maximum sur le cours, et ensuite sur les quelques devoirs.

Un tableau trop idéal? Peut-être. Dans le sens où ce type de famille est de moins en moins la norme. Si ce bref récit semble dépeindre une vie plus facile pour un ménage, imaginons à quel point cela pourrait être le cas pour les familles monoparentales ou recomposées, les familles moins aisées, les parents aux horaires professionnels tardifs ou très fluctuants…

Selon le Pacte d’excellence

Difficile ces derniers mois d’échapper aux informations concernant le "Pacte pour un enseignement d’excellence", étude lancée en janvier 2015 par l’ancienne ministre de l’Éducation, Joëlle Milquet, et qui vise une réforme de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le 19 mai dernier, il a débouché sur 150 mesures, proposées au gouvernement. Parmi les nombreuses "révolutions" suggérées, la révision des rythmes scolaires. Une question épineuse et pour laquelle les pistes proposées semblent soulever automatiquement des cris d’effroi.

Dossier "12 idées pour s'en sortir"

L'Echo a planché sur 12 propositions ambitieuses et constructives pour sortir le pays de ses difficultés.

 

→ Notre dossier complet à lire ici

Pourtant, les propositions relatives à cette problématique tiennent en une seule page dans le dernier rapport (qui en compte au total 118). Pour le moment, d’ailleurs, on parle seulement de balises qui devront orienter la suite des travaux. Parmi celles-ci, un allongement de la journée scolaire de 1h à 1h30 pour y inclure de l’extrascolaire et les travaux à domicile et, au niveau annuel, une alternance de 7 semaines de cours et 2 semaines de congé (les vacances de Toussaint et de carnaval seraient augmentées chacune d’une semaine, sans réduction des vacances d’été). Ajoutons aussi la proposition de commencer l’école à 8h30 plutôt qu’à 8h20 ou 25. Voilà, c’est tout ce que l’on peut retenir de cette unique page. Y est également précisé que l’impact de la réforme d’une journée scolaire est bien plus important que celle de l’année scolaire. Bref, la révision de l’organisation scolaire quotidienne est d’emblée perçue comme une tâche ardue.

Les temps changent

Mais pourquoi revoir aujourd’hui le rythme scolaire? Les enjeux sont multiples. En résumé, il s’agit de l’adapter à la vie moderne et de combler de nouvelles inégalités socio-économiques. Notre système actuel est un héritage d’une époque où la majorité des mères étaient au foyer, où les couples, mais aussi les emplois, étaient plus stables, d’une époque où il était justifié d’avoir deux mois de vacances en été afin que les enfants puissent participer… aux récoltes. Le rythme scolaire était donc étroitement lié au fonctionnement du monde extérieur. Ce dernier a radicalement changé. Et pourtant, l’école persiste dans ce système qui ne contente plus personne, et encore moins les plus concernés: ces enfants qu’il est nécessaire de remettre au centre du système éducatif. Et dont il faut prendre en considération le rythme "psycho-bio-cognitif".

Revoir les rythmes scolaires pour s’adapter aux changements socio-économiques, mais aussi au rythme "psycho-bio-cognitif" des enfants.

Prenons les inégalités entre les élèves. D’un côté, ceux qui ont la chance de bénéficier à domicile d’un accompagnement pour les devoirs face à ceux qui doivent se débrouiller seuls, quelles que soient leurs difficultés. D’un autre côté, ceux dont les parents peuvent organiser et financer des activités extrascolaires, contre ceux qui ne peuvent pas se le permettre. L’école n’est-elle pas censée offrir les mêmes chances à tous?

Un horaire "extra"

En consultant diverses recherches parues ces dernières années sur les rythmes scolaires (UFAPEC, FAPEO, FUNDP, UMons), en interrogeant certains professionnels (Delphine Chabbert de la Ligue des Familles, Dominique Lafontaine de l’ULg, Bernard Delvaux de l’UCL), nous avons élaboré une proposition pour un horaire hebdomadaire amélioré, aussi bien pour un élève du 1er degré (primaire et les 2 premières années du secondaire) que pour un élève des 2e et 3e degrés (de la 3e à la 6e secondaire).

45
Des périodes de 45 minutes (au lieu de 50) ou 2x45 minutes, et profiter du temps gagné pour intégrer l’extrascolaire dans le temps scolaire.

Premier changement: des périodes de 45 minutes, et non plus de 50. La somme de ces 5 minutes gagnées permettra la création de nouvelles périodes (voir l'infographie). Autre changement, la suppression de la pause "traditionnelle" du mercredi après-midi. Cette coupure scinde la semaine et donc le rythme des enfants qui doivent se réadapter le jeudi matin. De surcroît, le mercredi serait un jour bénéfique au niveau des rythmes biologiques et des comportements sociaux. Pourquoi ne pas en profiter?

Dans notre scénario, les cours restent concentrés en matinée, mais ne recommenceraient, l’après-midi, qu’à partir de 15h, au moment où la concentration est à son maximum, selon les études. Le temps consacré au repas de midi, quant à lui, est élargi et directement suivi d’activités extrascolaires. Celles-ci ne relèvent pas d’un système d’évaluation, et ne sont pas placées sous la responsabilité du corps enseignant. Cette période "extra" permettrait aux enfants de se reposer, de se dépenser, de se développer autrement. Les activités seraient, pour certaines, organisées au sein de l’école, pour d’autres, en dehors, mais à proximité.

À l’échelle d’un territoire, il s’agirait d’un travail interréseaux, une coordination étroite entre les différentes écoles et les organismes qui proposent de l’extrascolaire (souvent déjà subsidiés), afin de mutualiser les infrastructures et d’assurer la gratuité de ces activités. Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des Familles, a rédigé, en 2013, une étude sur la place de l’extrascolaire au sein de l’école. Pour elle, le concept pourrait prendre vie sans de grands efforts financiers, à condition de parvenir, au niveau d’un bassin géographique, à coordonner les différentes parties et à repenser l’allocation des ressources.

L’organisation de telles activités dans le temps scolaire permettrait à tous les élèves d’en profiter, quelles que soient les ressources des parents ou leur emploi du temps. En parallèle, les professeurs auraient toute la latitude pour se concerter et préparer leurs cours, durant le temps scolaire également. Cette interruption bien gérée mettrait donc un terme au travail préparatoire et correctif à la maison. De leur côté, les élèves auraient la possibilité de faire leurs devoirs lors de temps d’études, dirigées par des écoles de devoirs investissant les établissements après les cours.

7.710
Le nombre d’heures qu’un élève en Fédération Wallonie-Bruxelles passe à l’école pour le 1er degré (de 7 à 14 ans). La moyenne au sein de l’OCDE est de 6.732 h. Sur les 34 pays membres de l’OCDE, la Belgique francophone se situe en 4e position.

Dans le 1er degré, les cours se limiteraient donc à 45 min (comme en Finlande, pays reconnu comme ayant le meilleur système scolaire de l’OCDE). Cette limite part du constat que les enfants n’ont pas de capacité de vigilance au-delà de 25 minutes. Par contre, pour les élèves des degrés supérieurs, serait mis en œuvre un système de "2x45 minutes" qui a fait ses preuves en France, et a été testé ces dernières années dans certaines de nos écoles à travers une expérience menée par l’université de Namur. Ici, nous avons appelé ces périodes "atelier" car, loin d’être des cours ex cathedra, elles s’articuleraient autour de différentes compétences et méthodes. L’enseignant aurait l’occasion de développer de nouvelles façons de transmettre le savoir, pourquoi pas, en concertation avec certains collègues afin de faire des liens avec d’autres matières.

Comme le préconise Bernard Delvaux, sociologue et chercheur au Girsef (Groupe de recherche interdisciplinaire sur la socialisation, l’éducation et la formation) dans son ouvrage "Une tout autre école", "des projets collectifs et coopératifs multidisciplinaires […] conçus pour que les apprenants mettent en commun et en discussion les savoirs et compétences spécifiques acquis […]". L’auteur pense à une structuration transversale de l’enseignement de certaines matières, mais aussi à une composition avec des groupes hétérogènes. Il s’agit ici, on vous l’accorde, d’une approche axée sur le contenu (pas notre propos principal), mais peut-on repenser le rythme scolaire sans jamais revoir ce qu’il contient?

Plus de congé le mercredi après-midi, mais des journées allégées, ponctuées de plages de respiration consacrées au développement personnel.

On remarquera sur notre infographie que les lundis et vendredis sont organisés de manière différente. Ces jours, plus délicats en termes de concentration, comptent autant d’heures que les trois autres, mais leur programme est plus léger. La journée scolaire respecte, quel que soit le degré, le quota de périodes (28 pour le 1er degré, et entre 32 et 36 pour les 2e et 3e degrés). La semaine s’organise juste autrement: la perte de la pause du mercredi après-midi est compensée par des plages de respiration réparties dans la semaine. Des semaines complètes, oui, mais plus régulières et, finalement, moins exigeantes, autant pour les enfants que pour les parents.

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