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Le Cinquantenaire, le futur Louvre bruxellois?

©vadot

Rassembler les collections fédérales dans un seul lieu afin de créer un musée comparable au Louvre, à Bruxelles, permettrait de dynamiser l’offre culturelle et touristique de la capitale et du pays.

L’idée peut certes paraître incongrue de prime abord: créer un nouveau musée, qui plus est particulièrement ambitieux, au moment où tous les budgets culturels sont amputés et que les musées eux-mêmes peinent à maintenir simplement leurs portes ouvertes, faute de moyens. Cette proposition vise justement à inverser la tendance et à considérer la culture non comme une dépense, mais comme un véritable investissement, dans l’avenir et la civilisation, évidemment, mais aussi, pourquoi pas, comme un investissement financier.

Musée de tous les superlatifs, le Louvre est le plus grand musée du monde – 210.000 m2 dont 60.600 de salles d’exposition – et le plus visité avec 8,7 millions de visiteurs en 2015. Selon le rapport d’activités 2014 (le dernier disponible), les recettes du musée se sont élevées cette année-là à 204 millions d’euros, soit 102 millions d’euros de subvention de l’État et 102 millions d’euros de ressources propres. Les recettes proviennent pour 65 millions d’euros de la billetterie, 13 millions d’euros de mécénat et de partenariats médias, 13 millions d’euros de valorisation du domaine (manifestations privées, tournages payants, activités concédées et visites institutionnelles).

Autres données économiques importantes: le Louvre emploie 2.070 agents permanents qui représentent une masse salariale de 108 millions d’euros (sur un total de 211 millions de dépenses) et, selon une étude réalisée par la Sorbonne en 2009, générait à l’époque 391 millions de recettes touristiques. Au final, selon cette étude, le Louvre rapporte dix fois plus qu’il ne coûte à l’État français.

Rassembler les œuvres

"Une telle infrastructure constituerait une véritable machine à attirer les visiteurs."

À l’image du projet Museumsinsel de Berlin qui prévoit une restructuration des collections et un accès unique aux cinq musées construits sur l’île des musées, le déménagement des collections fédérales sur le site du Cinquantenaire permettrait la création d’un complexe muséal important et moderne. "Une telle infrastructure constituerait une véritable machine à attirer les visiteurs", s’enthousiasme un professionnel du secteur qui nous a fait profiter de ses lumières pour élaborer le projet. Outre la concentration de l’offre en un seul lieu, une telle implantation présente également l’avantage de donner une cohérence aux collections et une finalité politique, non loin de la Commission européenne: l’antiquité, par exemple, constitue le socle commun de notre culture européenne.

L’ensemble du site du Cinquantenaire représente un total de près de 80.000 m2 se répartissant entre les Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH, 40.000 m2), le Musée royal de l’Armée (23.500 m2), Autoworld (8.000 m2) et l’Institut royal du Patrimoine artistique (Irpa, 8.000 m2) auxquels on peut ajouter la mosquée et le Pavillon des Passions humaines y attenant. Cette surface peut encore être augmentée en créant une mezzanine ou un étage supplémentaire dans les halles d’Autoworld ou du Musée de l’Armée, et serait complétée par la construction ex nihilo d’un nouveau bâtiment devant accueillir un musée d’art contemporain sur la trémie qui défigure actuellement le parc du Cinquantenaire. Un projet en ce sens avait déjà été élaboré du temps où Didier Reynders avait la tutelle sur la Régie des Bâtiments, et il serait toujours dans les cartons actuellement.

Pratiquement, les 650.000 pièces évoquant l’histoire de l’humanité et des civilisations des MRAH resteraient sur le site en redistribuant certaines salles, afin de donner plus d’espaces aux collections de l’Antiquité romaine, grecque et égyptienne. Les sections consacrées à la Préhistoire belge et européenne et à l’Art roman et mosan du X au XIIIe resteraient également à leur place, tout comme les civilisations non européennes, ce qui permet de rassembler tout ce qui est antérieur au Moyen-Âge. En revanche, les collections d’art islamique seraient transférées dans le bâtiment qui abrite actuellement la Grande mosquée de Bruxelles (qui serait donc évacuée) où l’on peut également envisager de remettre, sous une forme ou une autre, le "Panorama du Caire". Cette œuvre de 114 mètres de long, peinte en 1881 par Émile Wauters, a été offerte à l’État belge par un mécène et installée dans un pavillon mauresque en forme de mosquée spécialement construit à cet effet au Cinquantenaire. En 1971, le roi Baudoin a confié le bâtiment à l’Arabie saoudite qui l’a transformé en centre islamique et culturel, et y a installé la Grande mosquée de Bruxelles. Rongée par l’humidité, la toile a été enlevée, découpée et en grande partie… perdue.

Créer une expérience

On ne touche pas au Pavillon Horta qui abrite le bas-relief de Jef Lambeaux et qui s’intégrera à merveille dans ce qui deviendrait un parc muséal. Il faudra cependant faire de la place pour accueillir les collections des Musées royaux des Beaux-Arts (MRBA) qui comptent quelque 20.000 tableaux, sculptures et dessins dont seuls 21% sont visibles actuellement. Exit donc les véhicules exposés à Autoworld qui pourraient facilement trouver le chemin du garage Citroën de la place de l’Yser et les collections (uniformes, armes, blindés, avions et bateau) qu’abrite le musée de l’armée. L’Irpa, en charge notamment de la conservation et de la restauration du patrimoine culturel, poursuivrait sa mission tout en se transformant en musée de la restauration des œuvres d’art.

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L’actuel Autoworld accueillerait l’art ancien ainsi que les arts décoratifs couvrant la même période, soit du XVe au XVIIIe siècle. Cette disposition permettrait de valoriser la collection de tapisseries des MRAH et, notamment, cette section importante constituée de tapisseries du temps de Pierre Paul Rubens. Avec la mise en valeur des salles art nouveau, le musée Fin-de-Siècle pourrait prendre place au rez-de-chaussée du bâtiment du musée de l’armée et ouvrir la voie vers les collections du XIXe. La section XXe siècle se répartirait sur deux niveaux dans la grande halle. Au rez, des salles thématiques seraient consacrées à l’œuvre de René Magritte, Paul Delvaux, Pierre Alechinsky et Marcel Broodthaers parce que, si nos collections ne sont pas assez complètes pour évoquer toute l’histoire de l’art, elles sont suffisamment riches pour en souligner les temps forts. Le deuxième niveau, obtenu soit par l’aménagement de la mezzanine, soit par la construction d’un nouvel étage, hébergerait le reste de la collection dédiée à l’art du XXe siècle. Toutes les pièces d’art contemporain rejoindraient le nouveau musée construit sur la trémie et destiné à accueillir de nouvelles acquisitions ou des prêts issus de collections privées ou d’entreprises.

D’autres aménagements (manège, pièce d’eau, …) pourraient encore être réalisés dans les 30 hectares du parc du Cinquantenaire afin de faire vivre au visiteur une véritable expérience et non une simple visite culturelle. En ce sens, l’installation d’un restaurant dans les arcades offrant une vue imprenable sur Bruxelles constituerait un atout non négligeable.

350 millions
La création d’un musée comparable au Louvre, à Bruxelles, coûterait environ 350 millions d’euros, à peine plus que la construction du nouveau stade national.

Mais tout rêve a un coût. La rénovation et la mise aux normes des MRAH ont déjà été estimées par des bureaux d’étude à 190 millions d’euros. Il faut compter la même somme pour effectuer la même opération dans le bâtiment du musée de l’armée. Le ministre Jan Jambon, qui a actuellement la tutelle sur la Régie des Bâtiment, a récemment présenté une note au Conseil des ministres prévoyant un budget de 120 millions d’euros pour la rénovation des bâtiments situés sur le site du Cinquantenaire. Nous pouvons donc déduire cette somme, considérée comme acquise. La construction d’un nouveau musée sur la trémie coûterait, pour sa part, entre 75 et 100 millions d’euros. À titre de comparaison, la Fondation Louis Vuitton a dépensé 100 millions d’euros pour la construction d’un musée emblématique signé Frank Gehry dans le bois de Boulogne à Paris. Ce qui nous fait un total d’environ 350 millions d’euros, soit à peine plus que le projet de prison à Haren (330 millions) ou celui du stade national (300 millions). Utopie? "Non, répond notre interlocuteur. L’utopie (littéralement "qui ne se trouve nulle part", NDLR) désigne quelque chose qui n’aura jamais lieu, tandis qu’ici, avec une volonté, c’est tout à fait réalisable."

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