Une zone "pollution free" en plein coeur de la Wallonie

©vadot

Un coin garanti sans pollution, sans pesticides, étiquetée "développement durable" et "bio": développons une contrée vertueuse, un label de qualité, et vendons-les aux quatre coins de la planète!

Imaginons… Une grande surface, en Belgique, en France, en Italie, en Suède ou ailleurs. Caddie en avant toute, traversée des rayons bien fournis, arrêt! Notre regard est attiré par l’image d’un papillon balafré. "Be-Butterfly" peut-on lire dessous. "Sois papillon". Ou tout simplement "Be", pour Belgique. Et "Butterfly"?

Imaginons… Be-Butterfly, ce serait le nom associé à un petit territoire, à l’extrême sud de la Belgique. Ses frontières dessinent la forme d’un papillon (ou d’une chauve-souris, voire d’un dragon, mais ça, c’est selon les points de vue). Soit! Un papillon est certes le choix le plus poétique, le plus bucolique aussi. Bref, c’est ce qui colle le mieux à cette enclave, et surtout à sa vocation: tout ce qui en est issu est certifié de qualité bio. Plus encore, toute la région et ses habitants sont dévoués à produire, mais aussi à vivre, à consommer, et même à offrir des services selon les critères du développement durable. Une contrée "vertueuse", qui se situe au plein cœur de la Gaume.

Les potentiels du papillon

Viandes, fruits, légumes, plantes aromatiques, œufs, lait, vins, confitures… L’assortiment proposé sous le label "Be-Butterfly" se révélerait, on l’admet, plutôt complet. Sur les étiquettes, il y figurerait la mention et l’explication de l’origine de chaque produit. Tel produit est issu d’une ferme à Chiny, un autre vient d’un producteur d’Herbeumont,… Au total, ce sont dix communes de la province du Luxembourg qui répondent au label de qualité "Be-Butterfly": Arlon, Habay, Saint-Léger, Étalle, Tintigny, Chiny, Herbeumont, Rouvroy, Virton et Musson. Mais pourquoi celles-là en particulier? Et pourquoi pas, quand on sait qu’à l’heure actuelle, ces communes, mises ensembles, réunissent la plus importante concentration de producteurs bio du pays, comme le dévoile un rapport SPW daté de février 2015, "L’agriculture wallonne en chiffres".

50%
La moitié des producteurs de la zone "Be-Butterfly" sont déjà bio.

Après avoir consulté, dans l’ordre, Marc Dufrêne, docteur en écologie et professeur à l’ULg, Ariane Beaudelot, chargée de mission au sein de Biowallonie et le directeur du Parc Naturel de Gaume, Nicolas Ancion, il s’avère que ce secteur offrirait un "terreau" idéal au développement de notre scénario. Dans cette partie de la province du Luxembourg, on trouve déjà des acteurs à l’œuvre dans la direction désirée, des situations déjà en place et à partir desquelles il s’agirait "seulement" (multipliez les guillemets!) d’élargir le spectre de manœuvre. L’infographie ci-dessous présente de manière très schématisée les forces vives existantes: ainsi, 50% des producteurs de ce territoire travaillent déjà sous le label européen officiel "bio", et parmi l’autre moitié, certains travailleraient, selon Nicolas Ancion, en respectant les mêmes conventions, sans toutefois s’être inscrits officiellement dans le cadre du label. Les chiffres présentés ici pourraient donc être gonflés.

©MEDIAFIN

Atout important supplémentaire: l’existence du Parc Naturel de Gaume qui couvre une grande partie de la zone déterminée et dont les actions ont pour but la création d’une synergie entre tous les secteurs pour la fondation d’un espace économique et social actif alliant qualité de vie et respect de l’environnement. D’ailleurs, s’il est encore nécessaire de justifier notre choix géographique, appuyons sur le fait que 52% du territoire de ce parc est classé Natura 2000 (c’est-à-dire protégée pour cause d’une biodiversité particulièrement riche et rare). Autrement dit, un agriculteur (ou autre propriétaire terrien) dont les terrains se situent dans une telle zone se doit de suivre un plan de gestion très spécifique de ses parcelles afin de préserver les richesses naturelles présentes, telles une certaine orchidée sauvage, une espèce de hanneton ou de papillon… (voir encadré).

Butterfly | Qui est-il?

Un papillon, pour rappeler la forme obtenue par les frontières des 10 communes gaumaises, oui, mais pas n’importe lequel. Nous nous sommes inspirés du Grand Cuivré des Marais, espèce en voie de disparition, protégée en Wallonie par le décret Natura 2000 et qui ne survit actuellement qu’en Gaume. Le parfait représentant pour notre scénario. Nous l’avons volontairement balafré pour exclure l’E25 qui traverse Habay et Arlon, et qui forme la petite "blessure" de notre projection.

Quoi qu’il en soit, que ce soit pour respecter les normes européennes bio ou celles de Natura 2000, les producteurs perçoivent diverses primes compensatoires européennes et régionales pour favoriser leurs efforts et leur garantir un certain niveau de production et de revenus. Le mouvement "vers la production bio" et "vers l’achat bio" ne cesse d’ailleurs de s’étendre chaque année, selon les chiffres 2015 de Biowallonie. De plus, une étude de Pnas (Proceedings of the National Academy of Sciences) publiée en juin 2015, tend à démontrer que les agriculteurs bio s’en sortent mieux financièrement que les agriculteurs conventionnels. Au niveau de la diffusion, sont déjà organisés des marchés fermiers, des ventes directes à la ferme, des groupements d’achats… Aujourd’hui, le site www.terroirlux.be se charge déjà de répertorier les produits et les endroits où les trouver.

Nombre d’éléments favorables sont donc déjà en place pour la naissance de "Be-Butterfly", cette enclave territoriale qui serait menée par un projet concerté de production de produits de qualité basés sur l’origine et la nature, mais pas seulement! Selon notre conception, "Be-Butterfly" serait également le lieu d’une dynamique générale réunissant, dans un consensus, tous les acteurs (pouvoirs publics, habitants, agriculteurs, éleveurs, commerçants, entreprises, secteurs associatifs, culturels et touristiques…) et intégrant systématiquement une dimension environnementale.

Cette portion à l’extrême sud de la Belgique est réputée pour être la plus ensoleillée de Belgique. Elle abrite également une grande biodiversité, un vaste massif forestier, des nappes phréatiques de qualité, des marais et une faune préservée. Le territoire n’est pas avare en termes de patrimoine historique, culturel et naturel, sans même parler de l’aspect simplement gourmand…

Dossier "12 idées pour s'en sortir"

L'Echo a planché sur 12 propositions ambitieuses et constructives pour sortir le pays de ses difficultés.

 

→ Notre dossier complet à lire ici

Mais comment fonctionnerait donc "Be-Butterfly"? Comment y vivrait-on? Comment y produirait-on? Dans une étude prospective de 2006 concernant le Parc naturel de Gaume, "Quel territoire pour quelle agriculture en 2022?" (dirigée par des chercheurs de l’ULg et le directeur du Parc Naturel de Gaume), nous avons lu quatre scénarios parmi lesquels, avouons-le, nous avons retrouvé de manière transversale de nombreux éléments que nous avions instinctivement à l’esprit. De quoi nous conforter encore une fois dans notre démarche.

Bioactivity

Dans les frontières de "Be-Butterfly", la totalité des producteurs (agriculteurs, éleveurs, mais aussi transformateurs) œuvrent dans le plus grand respect de l’environnement et à l’obtention de produits du terroir de très haute qualité: semences bio, élevage en plein air, respect du bien-être animal et alimentation des troupeaux en circuit court, alternance des cultures ou polycultures, préservation des prairies, non-utilisation de pesticides chimiques ni d’engrais synthétiques… Le label "Be-Butterfly" serait gage non seulement de qualité, mais de production bio. L’encouragement dans cette démarche tiendrait, outre dans les primes allouées, dans l’importante valeur ajoutée, la renommée officielle nationale et internationale qui favoriserait la vente et le maintien de l’emploi. Les pouvoirs publics auraient établi un cahier des charges et assureraient le contrôle du respect des conventions.

Le transport et la vente des produits vers l’extérieur seraient pensés de manière collective afin d’optimiser les ressources et les énergies. Un comité de producteurs et de transporteurs coordonnerait le tout. À l’intérieur du "papillon", marchés fermiers et commerces de proximité seraient privilégiés tandis que les grandes surfaces, sans être totalement éliminées, seraient cantonnées aux frontières de la région. Les retombées seraient également touristiques: la région attirerait le monde extérieur pour la qualité de vie qui y prévaut et les agriculteurs diversifieraient leurs activités vers l’accueil d’un certain agrotourisme. Au niveau de la mobilité, les voies lentes, les pistes cyclables et les routes secondaires seraient développées. Bien plus qu’un simple label alimentaire, "Be-Butterfly" serait alors synonyme d’une certaine manière de vivre et de se comporter.

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content