Les dernières prises de positions d'Albert II

Le 21 juillet 2011, c'était un Roi visiblement fâché qui s'adressait au pays.

Au fil de ses derniers discours, Albert II a pris quelques positions très fortes contre le populisme, sur la crédibilité de la Belgique ou ses prérogatives. Petit inventaire.

La montée des populismes

Le dernier discours de Noël d’Albert II, en décembre dernier, est sans doute celui qui avait suscité le plus de polémiques. Bart De Wever, dont le parti s’était senti visé, avait répondu à Albert II dans une carte blanche mordante.

Le Roi – ou, à tout le moins, ses conseillers - avait gaffé dans son discours de Noël du 24 décembre. La plupart des politologues du nord comme du sud du pays étaient d'accord là-dessus. L'allusion aux années 30 dans le passage où Albert II épinglait la montée du populisme était perçue comme un pas qui n'aurait pas dû être franchi. "Son entourage a commis une regrettable erreur d'appréciation", réagissait notamment Christian Berhendt, constitutionnaliste à l'ULg.

Le leader de la N-VA, Bart De Wever, n’avait pas raté l’occasion pour réclamer une réduction des prérogatives du Roi au simple protocole, dans une tribune grinçante dans le " Standaard ". Bart De Wever estimait que le souverain "ne remplit pas correctement son rôle" et "a choisi le chemin d’une royauté de division". Il réclamait dès lors que la prochaine formation d’un gouvernement soit confiée au Parlement.

La crédibilité retrouvée de la Belgique

Le 21 juillet 2012, c’était la crédibilité retrouvée de la Belgique, après la première phase des accords institutionnels et les réformes entreprises sur le plan socio-économique, qu’Albert II mettait en avant dans son discours du 21 juillet.

Un an plus tôt, le chef de l’Etat avait adressé une mise en garde sévère et inhabituelle à l'égard du monde politique enlisé dans une crise communautaire sans précédent. À l'époque, Elio Di Rupo était formateur, la N-VA avait rejeté sa note de formation et le CD&V se montrait très réticent à participer à une négociation après le 'non' des nationalistes.

 

Entretemps, des accords ont été conclus, un gouvernement a été mis sur pied et un premier volet de la réforme de l'État a été voté. "Grâce à ces accords et à ces réformes, notre pays a regagné sa crédibilité internationale et il peut à nouveau reprendre son rôle pionnier sur le plan européen", déclarait Albert II il y a un peu moins d'un an.

Le Roi soulignait toutefois que la réforme de l’Etat n’était pas terminée, et qu’il fallait encore traduire le deuxième volet, consacré essentiellement aux transferts de compétences et à la loi de financement, dans des textes. "Après avoir fait évoluer nos institutions vers une Belgique plus fédérale, veillons à présent à mettre toutes ces réformes en oeuvre, sans nostalgie et de façon efficace", demandait le roi. Il pointait, déjà, deux phénomènes qui pourraient mener l’Europe et la Belgique dans l’impasse : le repli sur soi et le populisme, "deux tendances dont on trouve trop de manifestations aujourd'hui en Europe comme chez nous, et qui ne mènent à rien".

Le danger du populisme, déjà

L’année précédente, c’était un Roi visiblement fâché qui avait saisi l'occasion de la fête nationale pour lancer une mise en garde au monde politique sur les risques, notamment celui du poujadisme, qu'une longue crise fait courir à tous les Belges. Dans son discours du 21 juillet 2011, il avait fait appel à sa "mémoire d’homme" pour évoquer la longueur de la formation du gouvernement. Une longueur qui l’afflige. De mémoire de Belges, on n’avait jamais vu un Souverain aussi en colère…

Tout, dans son allocution, portait l’empreinte de la crise politique. De la longueur du chapitre qui y était consacré (quasi la totalité du discours en fait), aux expressions fortes utilisées par le Roi et à sa gestuelle.

Le visage fermé, les poings crispés, le doigt se faisant parfois accusateur, le Roi était sorti de sa réserve habituelle pour "exhorter tous les hommes et les femmes politiques, et ceux qui peuvent les aider, à se montrer constructifs et à trouver rapidement une solution équilibrée à nos problèmes".

Il n’épargnait personne. Ni les hommes politiques, ni les citoyens. Il donnait corps au concept de citoyenneté moderne en invitant à "s’efforcer de favoriser une meilleure entente entre nos communautés", à apprendre la langue et la culture de l’autre. Fait inhabituel, le Roi se sentait aussi obligé de rappeler le périmètre de sa fonction: son droit à être informé, à encourager… et à mettre en garde. Un message qui semblait destiné à replacer l’église au milieu du village. Et déjà, il y a joutait un avertissement face au danger de poujadisme que cette situation de blocage risque de créer. Un poujadisme "dangereux et néfaste pour la démocratie".

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