"Merci Sire!"

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Les médias belges et européens traitent largement de l'abdication prochaine du Roi Albert II. Le bilan de celui-ci est largement loué.

Les éditorialistes belges se montrent jeudi élogieux envers le règne du Roi Albert II, qui a annoncé mercredi sa décision d'abdiquer le 21 juillet prochain en faveur de son fils, le Prince Philippe. Beaucoup évoquent la personnalité du souverain, plus "homme que roi".

• Dans La Libre Belgique, Vincent Slits estime que le Roi a "pris ses responsabilités avec humilité, sincérité et respect envers les institutions et ses concitoyens". L'éditorialiste poursuit en rendant hommage à Albert II qui aura "au-delà des moments de crise où il a parfaitement joué son rôle, incarné un règne fort, courageux et chaleureux". Au sujet du Prince Philippe, l'éditorialiste estime que le Roi a envoyé un "message clair: mon successeur est prêt, c'est l'heure de Philippe (...) N'en déplaise à ceux qui se livrent régulièrement à des procès en incompétence dont le seul but, en attaquant la monarchie et ceux qui l'incarnent, est bien de saper l'un des rares éléments stabilisateurs de ce pays".

• "Le futur roi Philippe va-t-il prendre pour modèle le 'roi-prêtre' Baudouin, ou son père souriant, un homme avec des faiblesses humaines", s'interroge Yves Desmet dans le journal De Morgen.

• Eric Doncker du quotidien Het Belang van Limburg voit lui déjà, comme de nombreux autres, dans la formation du nouveau gouvernement l'an prochain le test décisif pour le nouveau souverain.

• Pour Luc Van Der Kelen du Het Laatste Nieuws, "tout souverain doit suivre sa voie, le prince Philippe également. 'La fonction crée le roi'".

• Dans La Dernière Heure, Ralph Vankrinkelveldt adresse au Roi un "Merci Sire ! ". "Il n'était pas un Roi comme les autres. Albert II fut plus un homme qu'un souverain (...) Courage, sagesse, sérénité, autorité sont les premiers mots qui nous viennent à l'esprit. Simplicité, empathie sont les qualificatifs qui lui colleront à la peau." L'éditorialiste recommande également au Prince Philippe de se montrer "vigilant, car derrière la montagne se cachent des loups".

• Dans L'Avenir, Thierry Dupièreux insiste sur le "vous" prononcé par le Roi. "Vous avez sans doute été nombreux à ressentir comme un frisson. Se faire interpeller, comme ça, dans un discours aussi essentiel avait quelque chose de fort, mais également de très intelligent (...) Albert II ne semble pas seulement avoir passé le flambeau à son seul successeur. Il l'a aussi transmis à ses concitoyens, seuls titulaires de la souveraineté". Selon l'éditorialiste, ce "vous" a également pour objectif de demander de l'indulgence "vis-à-vis d'un prince qui va devenir roi, vis-à-vis de Philippe qui va devoir tuer quelques a priori et craintes à son égard".

• Béatrice Delvaux évoque dans Le Soir un moment "historique", même s'il n'était pas inattendu, et parle d'une "décision d'une grande modernité", plaçant les Belges "face à leur destin". "Après vingt ans de règne et à 80 ans, le Roi prend une décision sage, responsable et annoncée qui plus est avec cette grande simplicité qui lui est coutumière". Et l'éditorialiste d'évoquer, comme d'autres, la compassion et la chaleur apportées par le roi Albert II aux Belges dans les moments tragiques vécus par le pays ainsi que son "sens aigu des responsabilités dans des crises politiques d'une profonde gravité", soulignant le rôle fondamental joué par le Roi dans les négociations de 2010-2011. Concernant le prince Philippe, Le Soir estime qu'en partant, le roi Albert II laisse à son fils un message "très clair: la monarchie n'est pas là pour se perpétuer, mais pour se moderniser, au service de son pays". Béatrice Delvaux conclut en soulignant le fait que le roi Albert II a indiqué, dans sa déclaration, que la responsabilité de la suite que l'on donnera à la monarchie et à la Belgique est dans les mains de ses "principaux et uniques décideurs - la population belge". "La Belgique est une démocratie. Ce sont les électeurs et les hommes politiques qu'ils élisent qui décideront du futur de ce pays. C'est le dernier grand mérite d'Albert II en partant que de l'avoir rappelé aux nationalistes, aux républicains, aux monarchistes et ...à son fils, remettant la balle du match noir-jaune-rouge, là où elle va se jouer: pas dans le camp de Philippe Ier, mais dans le camp des Belges".

• De nombreux connaisseurs voient également dans cette passation de pouvoir une occasion de limiter la fonction du souverain à une fonction protocolaire. "C'est aussi la seule version de la monarchie héréditaire qui subsiste intellectuellement dans une société moderne et un pays compliqué comme la Belgique", explique notamment Bart Sturtewagen dans De Standaard.

L’abdication royale vue de l’étranger

De la chaîne française TF1 aux Saoudiens d’Al Ekhbariya, l’annonce de l’abdication d’Albert II a fait le tour des télévisions. Elle s’est également largement invitée dans les quotidiens étrangers de ce jeudi. Les journalistes y saluent le rôle joué par le Roi pour la stabilité de son pays. Mais ils soulignent que son abdication intervient dans la foulée de l’action en justice intentée par Delphine Boël. Le prince Philippe a de nombreux détracteurs et l’unité de la Belgique est de plus en plus menacée, relève aussi la presse étrangère.

Le roi Albert II lâche le trône et laisse à son fils un royaume vacillant”, titre ainsi Libération. Alors qu’Albert II faisait office de rempart contre le séparatisme, “Philippe n’a pas la carrure de son père” et “est régulièrement moqué pour son intelligence que l’on dit limitée, des journalistes l’ayant décrit comme un benêt autoritaire et borné”, peut-on lire dans le journal français. Dans Le Figaro, le chroniqueur Stéphane Bern est plus mesuré. Pour lui, “le prince Philippe est aujourd’hui prêt à succéder à son père”. Il estime que même les journalistes belges reconnaissent que “le futur Roi a gagné en naturel et décontraction”.

Nos voisins néerlandais s’inquiètent eux aussi de l’image du prince Philippe. Ils craignent qu’il ne puisse surmonter les divisions qui fragmentent la Belgique. “Le Roi a régné sur un pays dans lequel il a constamment dû marcher sur des oeufs”, explique l’Algemeen Dagblad. “Les relations entre les Wallons et les Flamands sont toujours tendues et la montée du populisme de droite rend la situation encore plus compliquée. La position du Roi dans le champ politique miné est presque impossible”, poursuit-il.

De l’autre côté de l’Atlantique, The Wall Street Journal note que même si le Prince Philippe “est vu comme plus capable que son gaffeur de frère Laurent, certains se demandent s’il est prêt à être Roi”.

Outre l’affaire Delphine Boël, le journal espagnol El País évoque le scandale provoqué par la reine Fabiola lorsqu’elle a créé une Fondation destinée à régler sa succession. Le Roi a été dépassé par ces polémiques, considère-t-il.

Vacances, voitures de luxe, belles femmes... La Belgique salue son roi jouisseur", titre le quotidien italien La Repubblica. Qui revient par ailleurs sur les difficultés de couple rencontrées par le roi Albert et son épouse d’origine italienne.

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