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"Pas de temps pour un vrai débat sur les pouvoirs du roi"

Vincent Dujardin (UCL) ©Thierry du Bois

Pour le professeur d’histoire contemporaine Vincent Dujardin, spécialiste de la monarchie belge à l’Université catholique de Louvain, Philippe est l’héritier du trône le mieux préparé de l’histoire de la monarchie belge. Et les limites de sa fonction ne devraient pas être revues de sitôt.

Pour le professeur d’histoire contemporaine Vincent Dujardin, spécialiste de la monarchie belge à l’Université catholique de Louvain, Philippe est l’héritier du trône le mieux préparé de l’histoire de la monarchie belge. Et les limites de sa fonction ne devraient pas être revues de sitôt.

Avec cette abdication, quel message politique la monarchie belge envoie-t-elle?

Vincent Dujardin: Au fond, le message d’Albert II est que la Belgique a besoin d’un roi à temps plein. Lui-même se dit qu’il ne pourra plus être un roi pleinement investi et que le prince Philippe sera désormais le mieux placé pour exercer la fonction. Par le geste de son abdication, le roi nous dit: mon fils est la personne la mieux placée pour exercer cette fonction de chef de l’État aujourd’hui, demain, mais aussi en 2014, alors que la Belgique sera face à une triple échéance électorale. Car le pire des scénarios eut été un retrait inopiné et contraint pour des motifs de santé du roi Albert II en pleine formation gouvernementale. Le roi était le seul à avoir tous les éléments en main, en ce compris ceux relevant de sa santé, pour savoir qui était le mieux placé pour exercer la fonction de chef d’État.

Est-ce un bon signal à la veille d’une nouvelle période de perturbations politiques?

On donne une perspective d’avenir au peuple belge au moment où l’on finalise une nouvelle réforme de l’État. C’est au fond comme il y a 20 ans: en 1993, l’arrivée d’un nouveau chef de l’État coïncidait avec l’arrivée d’un nouveau chef de l’État; aujourd’hui la 6e réforme de l’État coïncide avec l’arrivée d’un nouveau chef de l’État…

Le prince Philippe est-il prêt à devenir Philippe Ier?

À 52 ans, il est le prince héritier le mieux préparé de l’histoire de la dynastie belge, tant sur le plan politique, économique que militaire. C’est le seul universitaire de la famille. Il a une formation complète.

Léopold II, Albert Ier et Léopold III étaient des jeunes trentenaires quand ils sont montés sur le trône. Le prince royal Baudouin n’avait que 19 ans. Et même Albert II au début de son règne disait qu’il n’avait pas eu une formation vraiment complète, notamment dans le domaine politique, et il appréhendait ce règne. Il a pris la succession de son frère sens du devoir alors qu’il ne souhaitait visiblement pas exercer cette fonction. On a vu qu’il a finalement trouvé sa voie ce rôle et ne fut donc pas le roi de transition qu’on avait annoncé en 1993.

Selon vous, il a donc les qualités pour régner, malgré ses bourdes passées, malgré les critiques dont il fait l’objet… On a déjà assisté à un début de métamorphose.

Le courant est favorable pour le moment, sur le plan médiatique et de la communication, à la fois au nord et au sud du pays. Les incidents auxquels vous faites allusion sont anciens et peu nombreux. Ils ont pu aiguiser son sens de l’écoute, qui sera nécessaire pour exercer la fonction de chef de l’État dans un pays comme la Belgique, avec sa complexité institutionnelle et linguistique.

Le roi l’a dit lors de son discours: la monarchie doit vivre avec son temps. Cette abdication va-t-elle relancer le débat sur l’avenir de la monarchie?

Les articles de la constitution sur les pouvoirs du roi ne sont pas révisables. Ils pourraient l’être sous la prochaine législature si on les déclare révisables à la fin de la législature actuelle, mais ce serait ouvrir la boîte de Pandore, me semble-t-il, en pleine campagne électorale. N’oublions pas qu’il faut encore voter réforme de l’État à l’automne, ce qui va prendre un peu plus d’un mois, certainement. Et sachant que le Parlement sera dissous début avril, il n’y a guère de temps pour faire un débat sur les pouvoirs du roi autrement que sur un coin de table. On l’a vu sur les dotations: le Sénat a fait un travail remarquable, mais qui a pris du temps. Donc Philippe Ier deviendra roi avec les mêmes prérogatives que son père.

Ce qui n’empêchera pas le débat d’être lancé avant le scrutin…

On en reparlera très vite, mais il faut rappeler que c’est un débat qui relève du toilettage pour une bonne part. C’est vrai qu’entre le prescrit constitutionnel et la coutume, il y a des écarts, mais je pense que ce n’est pas un débat prioritaire aujourd’hui.

On a vu le rôle qu’a joué le roi lors de la dernière formation du gouvernement. Le revoir ne relèverait pas du "toilettage"…

Si un jour il doit y avoir une discussion, ce rôle-là doit être absolument maintenu tant qu’on veut garder une Belgique. On a besoin d’un acteur neutre au-delà des présidents de parti, des groupes politiques, linguistiques, philosophiques.

La question de la liste civile ne risque-t-elle pas de revenir sur la table? Le 21 juillet, la Belgique comptera trois reines…

En matière de modernisation de la monarchie, le gouvernement Di Rupo a son trophée par le biais des dotations. Donc la liste civile du roi Philippe devrait s’inscrire dans la continuité de ce qui a été fait maintenant. On aura de fait trois reines, mais plus de dotation pour le prince héritier: la nouvelle Duchesse de Brabant, qui sera la princesse Élisabeth n’aura pas de dotation avant sa majorité. Il y aura de fait une dotation pour l’ancien roi qui garde le titre de roi. Il faudra un nouvel accord politique sur la nouvelle liste civile, qui sera valable pour tout le règne du roi Philippe, et il faudra adapter le dispositif actuel pour prévoir quelque chose pour l’ancien roi… 

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