Philippe: "Je suis bien conscient des responsabilités"

Le Prince photographié ce matin au Radisson Blu Hotel d'Anvers. (Belga) ©BELGA

Prince héritier depuis plus de 20 ans... Diplômé en sciences politiques, pilote de chasse, aguerri aux missions économiques… Un parcours qui met à terre bien des clichés.

"Je voudrais, aujourd'hui, rendre hommage au roi pour son règne pendant 20 ans. Je suis bien conscient des responsabilités qui reposent sur moi. Je continuerai à m'investir avec tout mon coeur. Au 21 juillet", a déclaré jeudi matin à la presse le prince Philippe, prochain roi des Belges, à son arrivée à la session d'ouverture de la Probing Vegetation Conference à Anvers. Il s'agissait de la première apparition en public du prince Philippe, après l'annonce mercredi d'Albert II d'abdiquer le 21 juillet prochain.
  
     • Le prince devait se rendre à 09h00 à la session d'ouverture de la Probing Vegetation Conference et rencontrer des personnes ayant collaboré de près à la réalisation du satellite belge Proba-V, en orbite autour de la terre depuis quelques semaines pour l'observation de la végétation. COC/DDM/

Philippe est-il prêt?

Qui est le prince Philippe? Dresser le portrait de celui qui deviendra le septième roi des Belges n’est pas une mince affaire.

À force d’avoir cristallisé les passions d’un État en perpétuelle crise existentielle, sa personnalité est restée un mystère.

Malmené par une certaine presse depuis une dizaine d’années, Philippe s’est construit une carapace. Une protection vitale, qui accrut les rumeurs, véhiculées par les mauvaises langues, sur sa "timidité maladive".

Mais n’est-ce pas là une vision superficielle à propos d’un homme qui se prépare depuis plus de vingt ans à régner? "C’est certain, Philippe n’a pas un contact naturellement facile, contrairement à son père, qui est plutôt relax", nous confie un proche du Prince. "C’est en grande partie le résultat des pièges que lui a tendus la presse à plusieurs reprises". Allusion à une interview donnée à la presse flamande où il se laisse aller à des critiques contre le Vlaams Belang. "J’ai connu deux princes: celui qui déjeunait et venait boire un verre avec nous lors des missions et puis la période après que la presse s’est acharnée sur lui. Dès qu’une caméra arrive, il n’est plus le même", évoquait récemment dans nos colonnes l’homme d’affaires liégeois François Fornieri.

A savoir

Corseté dans un rôle d’éternel prince héritier au lendemain de l’accession de son père au trône en 1993, Philippe tient aujourd’hui, à 53 ans, l’occasion de prendre les clichés à revers. "Les choses vont se simplifier. À partir du moment où il deviendra roi, il devra balayer les interrogations qui pèsent sur lui. C’est une fonction naturelle, alors que le rôle de prince est ambigu et exposé à des coups de crosse", ajoute cet intime du prince.

Le prince Philippe, et duc de Brabant depuis le décès de Baudouin Ier, a endossé son rôle sur une grande ambiguïté: Baudouin a-t-il ou non voulu passer outre la constitution et transmettre le trône à son neveu, Philippe? Probablement. Mais son décès soudain rebattit les cartes. L’ordre constitutionnel fut respecté et, par la volonté du CD & V et de son premier ministre Jean-Luc Dehaene, Albert devint roi. Philippe s’était pourtant préparé à la tâche. Il venait d’être doté de sa propre Maison et entouré de Jacques Rosiers, ancien capitaine de frégate, de Jan Willems, le chef de cabinet adjoint du Roi, et de Jean-Louis Six, son conseiller économique.

Depuis cet épisode, revient la sempiternelle question: "Philippe est-il prêt à devenir roi?". Les réponses, à charge ou à décharge, varient du nord au sud du pays, d’une place à l’autre sur l’échiquier politique. "Voici des années qu’il se prépare. Aucun prince n’a été si bien préparé, que ce soit à travers ses études ou du portefeuille de relations qu’il a réussi à se constituer", résume Bruno Nève, le porte-parole du Palais. C’est de Flandre que viennent les critiques les plus sévères. Pour les journalistes Martin Buxant et Steven Samyn, auteurs du livre "Belgique, un roi sans pays", le prince Philippe "n’est pas prêt".

De Saint-Michel à Stanford

Un bref coup d’œil sur sa formation laisse pourtant peu de place au doute. Philippe passe ses trois premières années d’humanité au Collège Saint-Michel et les trois dernières à l’abbaye de Zevenkerken à Bruges. Si ses résultats "ne sont pas ceux d’un prix Nobel", il est décrit comme "un élève appliqué et travailleur". Il suit des cours à l’École royale militaire de Bruxelles, avant d’être nommé sous-lieutenant. En juillet 1982, il reçoit ses ailes de pilote de chasse.

Le prince vole sur Mirage V et F-16. Et, contrairement à d’autres princes, il compte à son actif une trentaine de vols en solo. Il est aussi pilote d’hélicoptère et possède son propre appareil.

Sa formation est complétée par un passage par l’Université d’Oxford et la Graduate School de l’université de Stanford, en Californie. Parmi ses professeurs, une certaine Condoleeza Rice. Son passage par les Etats-Unis est déterminant pour lui. Lors des missions économiques sur le sol américain, il se montre plus détendu que jamais.

85 missions économiques

Le Prince fait surtout ses armes lors des 85 missions économiques menées à l’étranger depuis 1993 en tant que président d’honneur de l’Office belge du commerce extérieur. Au fil des missions, un professionnalisme s’installe. Il se laisse pousser la barbe, gagne en assurance. Sans pour autant perdre son caractère introverti. Mais il poursuit un objectif, qu’il affirme sans relâche: servir de facilitateur.

Cette expérience ne sera pas superflue. Les élections législatives fédérales de mai 2014 seront des plus sensibles pour l’avenir du pays. Mais le refrain est connu dans le Royaume de Belgique. Et l’échéance ne devrait pas surprendre celui qui s’y prépare depuis des dizaines d’années. D’autant que la décision émergera, avant tout, du débat démocratique entre les partis politiques "traditionnels" et la N-VA, qui veut moins de Belgique et réduire la monarchie à un rôle purement protocolaire.

Au regard de cet agenda, l’intronisation de Philippe Ier est tout sauf un accident de parcours. Préparée par le Premier ministre Elio Di Rupo et Albert II, et réglé comme du papier à musique, l’événement pourrait être l’électrochoc attendu.

Pour y parvenir, il dispose d’un atout qui, dit-on, a transformé sa vie: Mathilde. "Elle est dans le monde réel. Elle a connu une vie normale, loin des palais où l’on peut perdre le contact avec la vie que mènent les gens ordinaires", conclut un diplomate.

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