Les craintes de pénuries d'électricité redeviennent bien réelles

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Doel 1 ne pourra pas redémarrer le 10 décembre comme prévu. Et le même problème pourrait se poser à Doel 2. Pour éviter une pénurie d'énergie, Engie Electrabel demande au gendarme du nucléaire l’autorisation de redémarrer Tihange 3 en janvier, en ayant effectué une partie des travaux prévus seulement.

Nouvelle crise dans le paysage électrique belge. Mardi dans la soirée, Engie Electrabel a annoncé que les travaux sur le réacteur de Doel 1, dont le retour sur le réseau était planifié le 11 décembre, prendront plus de temps que prévu. Pour rappel, ce réacteur a été mis à l’arrêt en avril, suite à la détection d’une fuite dans le circuit de refroidissement de secours du réacteur.

Les inspections menées par un robot multi-capteurs spécialement construit pour cette tâche ont en effet révélé que remplacer la partie du tuyau touchée par une fuite ne suffira pas. "Ces opérations ont laissé apparaître qu’il fallait réparer une partie plus importante des tuyaux", explique Engie Electrabel.

Des travaux complexes à mener – ils se situent dans une zone peu accessible et fortement radioactive – et qui demandent une série de tests de qualification du matériel. Electrabel estime dès lors que le réacteur sera indisponible jusqu’au 31 janvier.

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Incertitudes sur Doel 2

Le même problème pourrait se poser à Doel 2: des contrôles complémentaires doivent encore être réalisés. "Les investigations continuent", souligne Anne-Sophie Hugé, porte-parole d’Engie Electrabel. Son redémarrage le 31 décembre reste donc fort incertain.

Le gestionnaire du réseau à haute tension Elia se refuse à communiquer précisément l’ampleur du risque de pénuries d’électricité cet hiver suite à cette annonce. Selon la ministre de l’Énergie Marie-Christine Marghem, les deux réacteurs en fonctionnement actuellement, Doel 3 et Tihange 2, assureront sans difficultés l’approvisionnement en électricité de la Belgique jusqu’à fin décembre. "Electrabel a réussi à mobiliser plus de 1.000 MW supplémentaires, davantage que les 750 MW annoncés. Le surplus n’est pas loin de correspondre à la puissance de Doel 1. On peut donc relativiser la nouvelle concernant Doel 1", explique un acteur bien au fait du dossier. En tout cas, jusqu’à fin décembre.

Au-delà, les incertitudes sont beaucoup plus grandes. "Tout dépendra de la météo. À partir de 0°C, chaque degré de température en moins entraîne une consommation de plus de 2.000 mégawatts supplémentaires en France, rappelle un spécialiste. En cas de vague de froid, la France importera de grandes quantités d’électricité, ce qui empêchera la Belgique d’utiliser ses capacités d’importations."

Les espoirs reposent sur Tihange 3

La ministre de l’Énergie a réuni, mercredi matin, Electrabel, Elia, la Creg et la DG Énergie pour faire le point sur la situation. Mais selon nos informations, aucune piste de solution nouvelle n’a été évoquée, à part la relance anticipée de Tihange 3.

Plan de délestage
Votre rue sera-t-elle plongée dans le noir?

Cet hiver, le réseau électrique devra faire face à de nouveaux problèmes d'approvisionnement. Les différents opérateurs de réseau ont donc élaboré un plan de délestage visant à déterminer quelles rues devront être déconnectées du réseau électrique en premier, celles qui ne le seront que plus tard et celles qui ne subiront pas de coupure de courant. Découvrez-le ici >

 

Pour tenter de remédier à la situation, Electrabel a en effet remis mardi à l’AFCN, le gendarme du nucléaire, une "méthodologie d’action adaptée". Un volumineux dossier, qui propose de terminer tous les travaux nécessaires pour répondre aux exigences de sûreté, mais d’en postposer d’autres afin de pouvoir relancer le réacteur en janvier plutôt que début mars. "Nous proposons de placer plus tard la nouvelle dalle de toit, nécessaire pour être en conformité avec les plans d’origine", explique Anne-Sophie Hugé.

"Ce retour anticipé de Tihange 3 est un élément crucial, souligne la ministre de l’Énergie. Il dépend d’une analyse dont seule l’AFCN a les clés."

Le gendarme du nucléaire se refuse bien entendu, à ce stade, à se prononcer sur cette demande. "Nous avons reçu la demande mardi, il est trop tôt pour que nous puissions en dire quelque chose", réagit Sylvain Jonckheere, porte-parole de l’AFCN.

De son côté, Elia a développé un nouveau produit pour mieux exploiter la gestion de la demande (des industriels qui acceptent de réduire leur consommation au moment critique en échange d’une rémunération). Il fonctionnera avec des appels d’offres qui seront lancés quelques heures à l’avance, pour faire face aux pics de consommation.

Mais on ignore encore la capacité supplémentaire que cette solution pourra fournir. "Il ne faut pas se leurrer, estime un acteur important du secteur. Cela fait très longtemps que la Belgique développe la gestion de la demande. Le potentiel le plus évident à mobiliser fait partie de l’équilibre du système depuis longtemps. Je ne crois pas qu’il y aura beaucoup de mégawatts supplémentaires à trouver."

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