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L’énergie nucléaire "ne satisfait pas aux principes de développement durable", selon le CSS

Dans un avis, le Conseil supérieur de la santé relève des questions environnementales et éthiques liées à la prolongation des réacteurs nucléaires. ©BELGA

La transition énergétique doit rester compatible avec le développement durable, estime le Conseil supérieur de la santé, qui remet en cause la filière nucléaire.

La conclusion du Conseil supérieur de la santé (CSS) est sans appel: l'énergie nucléaire, telle qu'actuellement déployée, ne répond pas, sur le plan environnemental, éthique et sanitaire, aux principes du développement durable. C'est ce qui ressort d'un avis publié ce lundi, à quelques semaines de la décision du Fédéral sur la sortie du nucléaire à l'horizon 2025.

"Le risque d'un accident nucléaire grave ne peut être exclu, même dans les meilleures centrales nucléaires, et la Belgique présente à cet égard une vulnérabilité spéciale."
Conseil supérieur de la santé

Peu émettrice de CO2, l'énergie nucléaire est régulièrement présentée comme une alternative idéale pour remplacer les combustibles fossiles dans la production d'électricité, mais "la réalité est plus complexe", souligne le CSS.

Des risques à prendre en compte

Déchets radioactifs de très longue durée de vie, risques terroristes et d'accident grave... Pour l'organe d'avis scientifique du SPF Santé publique, poursuivre ces risques pendant encore dix ou vingt ans pose diverses questions, non seulement d'ordre environnemental, mais aussi éthique et sanitaire.

"Le risque d'un accident nucléaire grave ne peut être exclu, même dans les meilleures centrales nucléaires, et la Belgique présente à cet égard une vulnérabilité spéciale en raison des caractéristiques des sites concernés: situés près de grandes villes et axes de trafic international, réseau routier saturé et populations denses", relève-t-il. 

Une sortie du nucléaire à faible coût?

Se fondant sur les études menées, notamment, par EnergyVille et le Bureau fédéral du Plan, le CSS ajoute dans son rapport que "l'arrêt des centrales nucléaires est possible en Belgique pour un coût relativement limité, y compris en termes d'impact CO2".

"La transition énergétique doit rester compatible avec les principes du développement durable et ne pas conduire à de nouveaux déséquilibres."
Conseil supérieur de la santé

L'organe préconise d'investir dans le domaine du stockage de l'énergie, de la gestion du réseau, des interconnexions, du développement de la filière hydrogène et de la durée de vie et du recyclage des biens de consommation critiques pour les matières premières. 

"La transition énergétique nécessaire (…) doit rester compatible avec les principes du développement durable et ne pas conduire à de nouveaux déséquilibres et de nouveaux risques". Pour le CSS, "cela ne sera possible qu'en acceptant de remettre en cause, dans un esprit de modernité critique et d'équité, le paradigme de la croissance illimitée".

Décider sur base de l'avis du CSS serait une "faute politique", selon Bouchez

Les réactions ont fusé, du côté des politiques, après la publication de l'avis du CSS sur le rôle de l'énergie nucléaire en tant que source d'énergie durable.

Un rapport salué en premier lieu par la ministre de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), ce lundi. "La crise du corona nous a appris à prendre au sérieux le point de vue des experts et à mener une politique basée sur les preuves. L'avis du CSS a d'autant plus de valeur qu'il est rédigé par un groupe diversifié d'experts du nucléaire, d'ingénieurs, de toxicologues et de philosophes", a souligné la ministre. "La politique énergétique fédérale est fondée sur des faits et des chiffres. Cet avis nous permettra de l'objectiver davantage", a-t-elle ajouté.

La ministre du Climat, Zakia Khattabi (Ecolo), quant à elle, a qualifié l'avis d'"extrêmement précieux et éclairant dans le débat sur la transition énergétique".

Du côté des libéraux, le son de cloche est différent. L'avis du CSS sur l'enjeu du nucléaire "repose sur des erreurs d'analyse" et "n'objective rien du tout", a affirmé le président du MR, Georges-Louis Bouchez, sur Twitter. "Ce serait une faute politique de le croire et de décider sur cette base", a-t-il ajouté.

Toujours dans les rangs du MR, l'ancienne ministre de l'Énergie, Marie-Christine Marghem, n'a pas non plus mâché ses mots. "Ce rapport tombe à point nommé pour les anti-nucléaires primitifs jouant sur les peurs. Sa qualité scientifique est d'autant plus branlante que trois experts l'on désaprouvé et qu'on n'a même pas la force morale de citer leurs noms", a-t-elle écrit sur Twitter.

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