Prolonger le nucléaire, c'est enrichir chaque année Electrabel de 850 millions

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Selon un rapport du Bureau du Plan, soumis à la ministre de l'Energie, maintenir les centrales nucléaires au-delà de 2025 rapporterait annuellement à Engie Electrabel mais coûterait aux producteurs d'éoliennes, de panneaux solaires et autres centrales au gaz.

Reporter la sortie du nucléaire est tout bénéfice pour Engie Electrabel, avance "De Morgen". Selon l'étude chiffrée demandée par la ministre de l'Energie, Marie-Christine Marghem, au Bureau du Plan et à l'économiste Johan Albrecht, garder ouvertes les centrales nucléaires au-delà du délai de 2025 rapporterait annuellement à Electrabel 850 millions d'euros. Ce montant prend en compte qu'en maintenant les centrales en activité, Electrabel va pouvoir produire de l'énergie à un prix inférieur au prix du marché. Et même si le pire des scénarios devait se réaliser avec des coûts de production doublés, le prolongement des centrales rapporterait encore 580 millions d'euros à Electrabel.

Qui dit gagnants dit aussi perdants. Si Electrabel doit profiter de la prolongation des centrales nucléaires, les producteurs de panneaux solaires, d'éoliennes ou de centrales au gaz seront les dindons de la farce. La prolongation du nucléaire devrait en effet leur faire perdre 321 millions d'euros par an. Le Bureau du Plan met en garde que de telles pertes "peuvent retarder la transition énergétique car les investissements verts peuvent en souffrir, voire disparaître".

"Le Bureau du Pan apporte la preuve de ses mises en garde: en hésitant des années durant sur la sortie du nucléaire, nous avons réussi à mettre en péril le développement futur des énergies vertes," souligne  Kristof Calvo (Groen).

Qu'en pense la N-VA? Selon Bert Wollants, spécialiste énegétique du parti nationaliste flamand, l'Etat belge devrait pouvoir récupérer une partie des bénéfices perçus par Engie Electrabel via la taxe nucléaire. "Les revenus de cet impôt pourraient être utilisés à réduire la facture énergétique des ménages et à encourager les investissements dans l'énergie verte." Il rappelle aussi que les centrales de Doel 1 et Doel 2 auraient dû fermer leurs portes en 2015 mais sont toujours en activités. Elles rapportent chaque année 20 millions d'euros aux caisses de l'Etat. Les centrales de Doel 4 et Tihange 3 étant plus grandes, elles rapportent davantage, souligne Bert Wollants.

Pour Calvo, les pertes liées au prolongement de centrales sont surtout supportées par les consommateurs: "Si les centrales restent ouvertes, des subventions supplémentaires seront nécessaires pour les énergies vertes alternatives."

Sans surprise, chez Engie Electrabel, on affirme vouloir rester en dehors du débat sur la sortie du nucléaire. Depuis des années, la société poursuit le même raisonnement: c'est au politique de décider ce qu'il adviendra des centrales. Ensuite, il sera possible de négocier un possible prolongement.

Si Doel 4 et Tihange 3 devaient être maintenues en activités au-delà de 2025, Engie Electrabel a déjà annoncé que des centaines de millions d'euros d'investissements seraient nécessaires pour rénover les installations.

Liège veut la fermeture immédiate de Doel 3 et Tihange 2

Le conseil communal de Liège a voté lundi soir une motion réclamant la fermeture immédiate des réacteurs nucléaires de Tihange 2 et Doel 3, vu "la multiplication des informations alarmantes" à leur sujet, ainsi que le respect du calendrier prévu pour la sortie du nucléaire, à savoir 2025. C'est un texte initialement présenté par le conseiller Vega François Schreuer qui, après avoir fait l'objet d'amendements de la part d'autres groupes, a été voté.

Que dit le texte?
• Des mises en garde: Des experts indépendants, notamment de techniciens électronucléaires estiment que la probabilité d'un accident nucléaire majeur en Europe est loin d'être négligeable. Un accident nucléaire majeur toucherait au minimum 1 million de personnes dans la région liégeoise.

• Des inquiétudes: Des autorités publiques hollandaises, allemandes ou luxembourgeoises et des entreprises s'inquiètent. Le conseil communal de la ville de Maastricht a entamé des procédures judiciaires contre la centrale nucléaire de Tihange.

• Pour le conseil communal de Liège, le maintien du nucléaire constitue un obstacle au développement des filières de l'énergie renouvelable.

  Au vu des craintes exprimées vis-à-vis de ces réacteurs, tous les groupes se sont prononcés en faveur du respect du calendrier prévoyant la sortie du nucléaire en 2025 et de la fermeture sans délai des réacteurs nucléaires de Tihange 2 et Doel 3 présentant des failles.

Seul le groupe MR s'est abstenu. Tout en plaidant également pour le respect du calendrier, Christine Defraigne, cheffe de groupe MR, a en effet considéré qu'il conviendrait de procéder à des auditions de manière à ce que le conseil soit suffisamment éclairé sur un sujet "aussi sérieux" que celui-ci. Le libéral Michel Peeters n'a néanmoins pas suivi son groupe et a voté contre cette motion. 

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