Escapade à vélo sur les terres de Philippe Goffin

Pour se ressourcer, Philippe Goffin, le ministre des Affaires étrangères et de la Défense, enfourche son vélo pour de grandes balades dans sa campagne de Hesbaye.

Rendez-vous pour une balade à vélo à travers la campagne de Hesbaye, avec Philippe Goffin (MR). Le ministre des Affaires étrangères et de la Défense, encore peu connu, se confie à L'Echo.

Logé dans la vaste campagne de Hesbaye, aux marches de la Wallonie et contigu de la Flandre, le village de Crisnée est une invitation à la balade. Il est 13 heures. Le soleil est généreux, le ciel azuré. Philippe Goffin, ministre des Affairées étrangères et de la Défense, bourgmestre des lieux, déboule sur un vélo. Sourire aux lèvres. "C'est ma passion. Celui-ci est électrique. Essayez-le, et vous ne le lâcherez plus", dit-il, pointant une autre bécane. C’est parti, pour deux heures de route. A vive allure.

Le paysage défile. Nous traversons des champs dorés, bordés de fermes cossues et de bâtisses mosanes, longeons les berges ombragées du Geer. La conversation s’engage. "Nous avons réaménagé les chemins, pour que chacun puisse rouler en sécurité", lâche-t-il, "la crise du Covid a changé les choses. Le côté positif, c’est qu’on a revu beaucoup de gens sur leur vélo".

"La crise du Covid a changé les choses. Le côté positif, c’est qu’on a revu beaucoup de gens sur leur vélo."

Il ralentit. Se confie sur ses racines, ancrées dans cette terre riche et profonde. Il est né à deux pas, à Rocourt, en 1967. "Le 1er avril, ça ne s’invente pas." Sa mère était institutrice, son père entrepreneur. Après des secondaires au collège Saint-Servais, chez les jésuites, il décroche une maîtrise en droit à Louvain-la-Neuve. Au lieu d’entrer au barreau, il opte pour le droit notarial. "Cela correspond mieux à mon esprit, la recherche constante d’un équilibre entre les intérêts de chacun."

L’homme est avenant, posé. Une force tranquille.

Ses débuts furent difficiles. "J’ai commencé avec 800 euros. Je devais donner des cours de droit fiscal pour boucler mes fins de mois." Pendant ses études, il a fait des petits boulots, comme vendeur de chouchous à la Côte d’Azur.

"J’ai commencé avec 800 euros. Je devais donner des cours de droit fiscal pour boucler mes fins de mois."

À 15 ans, il devient DJ et animateur radio. "Chaque week-end, j’étais sur Radio Contact, puis j’animais les soirées dans la région." Sa musique? "Celle des années 80, c’était la belle époque." Cette passion ne le quitte plus. "Un jeudi, il y a 4 ans, je rentrais d’une journée difficile au parlement. J’ai passé une musique tranquille, dans la voiture. C'était parfait." De retour, il ouvre une chaîne sur Spotify où il poste un titre chaque jeudi soir. "J’ai un public fidèle. Je viens de lancer la série des slows d’été." (rires) Le football est son autre coup de cœur. Son club? "Le Standard", lâche-t-il, stupéfait de la question.

Philippe Goffin est entré en politique sur le tard, sans réelle filiation. "Un ami socialiste m’a invité à faire une liste commune à Crisnée. Au MR, je suis plutôt connu pour être du terrain de gauche." L'essai avec les "rouges" tourne court. Il ne lâche rien. En 2000, il devient bourgmestre. Il ne quittera plus le fauteuil mayoral.

Il n’apprécie pas les querelles. "J’aime rester au-dessus de la mêlée. On me reproche parfois d’être trop consensuel, mais c’est une manière efficace d’avancer", dit-il.

"Un ami socialiste m’a invité à faire une liste commune à Crisnée. Au MR, je suis plutôt connu pour être du terrain de gauche."

Son modèle? "Barack Obama, il est authentique, passionnant. Mais ce qui fonde ma pensée, c’est cette phrase de Saint Exupéry : ‘si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et tes femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer’. La politique, c’est l’art de donner envie." Son autre maître à penser est Jacques Attali. "J'ai commencé son dernier livre, écrit durant le confinement, sur le passage de l’économie de la survie à l’économie de la vie."

"La politique, c’est l’art de donner envie."

En 2019, il pousse Georges-Louis Bouchez à se porter candidat à la tête du MR. Fin novembre, le nouveau président lui propose les Affaires étrangères et la Défense. "Georges-Louis m’a averti, ‘ce n’est pas rien, c’est costaud’, et j’ai accepté. J'ai eu très vite des dossiers difficiles. La Libye, la Syrie, des accidents au Mali, la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU."

"Georges-Louis m’a averti, ‘ce n’est pas rien, c’est costaud’, et j’ai accepté. J'ai eu très vite des dossiers difficiles."

Il reste discret sur sa famille, qu'il tient à l'abri de sa vie publique. "Ce n'est pas simple pour mes enfants de gérer les attaques que je subis sur les réseaux sociaux", confie-t-il.

Nous nous lançons dans un chemin étroit. Il fonce. Je le rejoins. La conversation reprend. "La Belgique a une belle diplomatie. J’ai envie de la mettre mieux en valeur."

La politique est aussi faite d’échecs. Comment les vit-il? "Il y a toujours des moments de doute. Qu’est-ce que je fais dans ces cas-là? J’ai tendance à me replier sur moi-même, pour me retrouver. Et pour recharger mes batteries, rien de tel que le vélo." Il stoppe net. "Chut. Écoutez ! Ici, en général c’est la symphonie… " Il désigne des peupliers agités par le vent, où nichent plusieurs espèces d’oiseaux. Le temps s’arrête. C’est l’été.

"Il y a toujours des moments de doute. Qu’est-ce que je fais dans ces cas-là? J’ai tendance à me replier sur moi-même, pour me retrouver."

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