François Blondel, l'explorateur sportif

©Anthony Dehez

Le CEO de KitoZyme nous livre ses trésors de famille dignes des explorateurs des manuels d’histoire. Derrière le tennis et la raquette se cache un Indiana Jones passionné de voyage.

"J’ai apporté un objet très spécial, en rapport avec notre thème du voyage. Et vous allez deviner ce qu’il y a dedans." Une belle boîte bleue que voilà, posée entre le sac de sport et la raquette de tennis de François Blondel. "Un indice: c’est plus vieux que la date qui y est inscrite." 1890. "Un compas?" Non. "C’est en bois?" Non. "En pierre?" Toujours pas. "En papier?" On tient un truc. "Une carte du monde!" Try again. Tu brûles. Plus dur que "Questions pour un champion", ce jeu. On finira par comprendre que ce sont des carnets de voyage. Pour dater d’avant 1890, ils devaient appartenir à Magellan? Tout de même pas, mais presque. A Alfred Blondel, l’arrière-grand-père du CEO de KitoZyme.

©Anthony Dehez

En 1877, après avoir perdu ses parents, il fait ses bagages: direction un tour du monde de deux ans. Seul. Une véritable histoire à la Jules Verne… qui a sans doute inspiré notre navigateur. Son voyage autour du globe, il le retranscrit minutieusement dans ses carnets désormais jaunis par le temps, d’une écriture comme on n’en voit plus aujourd’hui. Neuf livres en tout, qui ont aussi inspiré son arrière-petit-fils. "Avoir quelqu’un dans la famille qui a réalisé ça, c’est impressionnant. En 1877, on est 6 ans après la création de l’Allemagne, 30 ans seulement après le vrai développement du chemin de fer… Quand on partait, on ne savait pas si on allait revenir." C’est sûr qu’on n’avait pas Google Maps pour se guider. A son retour, Alfred Blondel est reçu par le roi Léopold II. Un périple qui pousse son arrière-petit-fils à enfiler à 23 ans son sac à dos: destination… le tour du monde. Cette devinette-là, elle était facile.

Un manuel vivant d’histoire-géo

Si son arrière-grand-père a commencé le voyage par l’ouest, visant la découverte du rêve américain, François prend lui le large par l’est. Sa première escale: Israël. Il y travaille dans un moshav, une communauté typiquement israélienne qui met en commun des équipements agricoles. "J’ai passé presque un mois dans les champs de roses. Mais hors de question de les cueillir! Il fallait les plus hautes compétences." Le jardinier en herbe ne veut pas se mettre une épine dans le pied: voyager, c’est bien, relever ses manches et participer à la vie active en communauté, c’est mieux. "C’est sûr que je voulais voyager, mais à un moment ça ne se suffit plus à soi-même." Il ne se repose pas sur ses acquis, François Blondel.

CV EXPRESS

• Né le 10 août 1963.

• Marié, 3 fils et 1 fille.

• Etudes de droit et de sciences économiques (Université de Namur et UCL).

• En 1987, il réalise un tour du monde d’un an. à son retour, il fait son service militaire en Allemagne.

• Il travaille 10 ans chez Petrofina (Texas), avant de démissionner pour rejoindre la start-up IBT en 1999 jusque 2010.

• Il devient CEO de KitoZyme en 2013.

Aussitôt dit, il réenfile son sac, direction la Jordanie. Puis l’Egypte. Puis le Yémen (du Nord, à l’époque), l’Inde, la Thaïlande, Singapour, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, avant de passer sur le continent américain… où il sera rejoint par sa dulcinée (et future femme). François Blondel L’Explorateur, plus fort que Dora. "J’ai cependant dû faire des choix. Je me suis dit que l’Amérique latine, j’y retournerai une prochaine fois. J’ai fait le compte avec ma fille récemment: j’ai voyagé dans plus de 80 pays. Au final, il y a beaucoup plus de pays que je n’ai pas vus." Insatiable, cet explorateur. Il l’admet tout de même… à demi-mot: "C’était un voyage assez exceptionnel pour les standards de l’époque. Mais beaucoup moins que celui de mon arrière-grand-père." Comparaison difficile.

François Blondel dut aussi faire une croix (temporaire) sur la Birmanie, fermée à l’époque. Il y retournera 25 ans plus tard, 5 ans avant la libération d’Aung San Suu Kyi. Un vrai guide d’histoire-géo.

C’est qu’à se balader d’un pays à l’autre comme une hirondelle en migration, le futur entrepreneur a aussi vécu des situations… compliquées. "Déjà, j’avais toujours sur moi une petite ceinture avec l’argent que je gagnais en travaillant. Je la portais sur le ventre, à même la peau, pour la garder bien sécurisée. Et quoi qu’il arrive, j’avais toujours mon billet de retour. Comme ça, si j’étais fauché, j’avais la garantie de pouvoir revenir." Son voyage le plus marquant, c’est le Yémen, pas de doute. Par son intensité, une "violence dans les émotions esthétiques". Mais aussi un moment particulièrement tendu. "Les situations les plus dangereuses sont celles où vous ne vous rendez pas compte que l’environnement est hostile. Pour passer d’une ville à une autre, des tribus fouillaient les voitures. Je pense qu’ils voulaient simplement montrer leur autorité, mais c’est sûr, tu ne faisais pas le malin."

Les dents de la mer en direct

Et puis, il y a eu cette fois où il s’est retrouvé nez à nez avec un requin dans les eaux australiennes, près de la grande barrière de corail. Demi-tour illico, sorti de l’eau et remonté sur le bateau. "Un des guides là-bas m’a dit ‘normalement c’est un fish-eater, pas de souci.’ Oui bon les ‘normalement’ moi, je peux te dire que je n’y suis pas retourné." Cauchemars des "Dents de la mer" garantis. Aujourd’hui encore, il en a des frissons dans le dos. "Mais c’est le but. Tu sors de ta zone de confort, tu te perds et te retrouves face à toi-même." Blondel vs Wild: 1-0.

©Anthony Dehez

Ses voyages, il les fait désormais en famille, avec sa femme et ses quatre enfants. Des enfants qui deviennent aujourd’hui des adultes et qui pourraient bientôt quitter le nid. "On a donc décidé il y a quelques années de faire un ‘dernier grand beau voyage’ au Japon." Résultat: les enfants ont tellement aimé qu’ils ont fait jusqu’ici 9 "derniers grands beaux voyages". C’est que bourlinguer ensemble, ça rapproche. "Même si tu vis sous le même toit en temps normal, partir en voyage c’est autre chose. Il n’y a pas de mensonge, tu ne peux pas te défiler. On est ensemble 24 h sur 24. Tu dois régler les problèmes."

Si les voyages occuperont toujours une grande partie de sa vie, François Blondel troque aujourd’hui ses bottines d’explorateur contre des baskets. Le tennis, une autre de ses (multiples) passions, monte au filet: il le pratique désormais régulièrement, prends des cours deux fois par semaine. Là où l’on ne risque pas de croiser des prédateurs au millier de dents. Quoi que…

Sa cantine de l’été

Le Mess à Bruxelles, près de l’ULB. "Un endroit magique car il y a une terrasse couverte, une espèce de serre dans laquelle pousse une vigne." Mais aussi La Cantina à Liège et le Bulthaup à Gosselies.

ses livres de plage

Les mémoires de ses trois fils. Ils terminent leurs études en même temps, l’un à la KUL, l’autre à Solvay, le troisième à l’UCL. "Sinon comme livre de chevet, le nouvel ‘Harari Homo Deus’. Un livre intelligent à lire, avec une analyse fouillée de ce qu’est l’homme. Je le lis en parallèle avec La mort de la mort’ de Laurent Alexandre."

ses vacances de l’été

Les îles de la Sonde. "Les eaux recèlent de plancton fluorescent qui s’illumine comme des étoiles la nuit, dans la trainée du bateau."

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