"Je voulais être trapéziste. Mon père m'a dit de faire le droit"

©Anthony Dehze

On attendait Jean-Pierre Buyle, le président d’Avocats.be, sur un terrain de squash. Il aura profité de la troisième mi-temps pour nous emmener sur une piste de cirque. Décoiffant.

Nous lui devons la vérité. A l’idée de (re)monter sur un terrain de squash, Jean-Pierre Buyle, le président d’Avocats.be, n’a pas caché son enthousiasme. Mais celui que l’on surnomme "l’avocat des banques" est un fin stratège. Supputant que son adversaire du jour (votre serviteur) serait plus fort, il a proposé de combiner cette partie avec une course à pied, là où le serviteur en question n’avait pas la moindre chance. Et là, il nous a fallu louvoyer pour ne pas tomber dans le piège. Bref, grand seigneur, Jean-Pierre Buyle a accepté de remonter sur le parquet alors qu’il n’avait plus joué depuis huit ans. Les sensations sont vite revenues et nous devons rendre hommage au photographe de cette série qui a ramassé un sacré nombre de balles de squash sur le flanc droit avant d’obtenir un résultat satisfaisant.

Cv express
  • Naissance en 1955 à Ougrée.
  • 1979: Prestation de serment comme avocat.
  • 2010: élu bâtonnier du barreau de Bruxelles.
  • 2012: Fonde Buyle Legal, son cabinet.
  • 2016: élu président d’Avocats.be.

Mais comme souvent, la troisième mi-temps fut, de loin, la plus intéressante. L’occasion d’aborder l’homme qui se cache derrière la toge. Jean-Pierre Buyle est né à Ougrée, une ville où il n’est pas resté, la famille Buyle suivant les traces du père nommé à la Banque nationale. Enfant, Jean-Pierre Buyle ne se voyait pas devenir avocat. Considérons que la passion est venue sur le tard, pour ne pas dire le très tard. Notre interlocuteur sort du bois à jeun, alors que la première bière n’est pas encore vide. "Je voulais être trapéziste. Quand j’ai dit cela à mon père, il m’a répondu de d’abord faire le droit", nous raconte Jean-Pierre Buyle, à moitié hilare. Il a fait comme le père a dit et a fait le droit, sans passion particulière, à Leuven. "Je nous vois encore, mon père et moi, le lendemain de ma délibération. Nous déménagions mon kot en voiture. A un moment donné, nous nous sommes arrêtés boire une Duvel. Il m’a demandé ce que je voulais faire. Je lui ai rappelé que je voulais être trapéziste. Il m’a répondu qu’il me comprenait, mais que je ferais mieux de suivre un cycle de droit économique et que je serais trapéziste après", se souvient Jean-Pierre Buyle.

Une fois encore, il a fait comme le paternel avait dit et cette fois, la passion du droit ne l’a plus quitté. C’est à cette époque qu’il a rencontré "deux professeurs vraiment exceptionnels", Robert Henrion, ministre des Finances de l’époque, un "libéral de gauche", et Henri Neuman, un socialiste, président de la Société nationale d’investissement (SNI). "Ce sont ces deux professeurs qui m’ont donné le goût du droit parce que je dois bien reconnaître que, jusque-là, cela ne m’intéressait pas vraiment". Robert Henrion enseignait le droit bancaire, Jean-Pierre Buyle y a pris goût, il a rapidement trouvé un stage et n’a jamais vraiment quitté la branche qui a fait sa renommée aujourd’hui.

Amour du cirque

Et le trapèze dans tout ça, monsieur le bâtonnier? Il y a cinq ans, en vacances dans le Luberon, des amis l’ont emmené dans un cirque. A huit mètres de haut, il a pu se frotter à ce qui l’avait fait vibrer des années plus tôt. Assez, semble-t-il, pour se rendre compte qu’il avait mieux fait de suivre les conseils du père. "Je pense que si j’avais fait le trapèze, ma carrière se serait terminée depuis longtemps et j’aurais fini dans une roulotte à la caisse."

"Un jour, j’ai téléphoné à Bouglione pour lui dire que mon rêve serait d’entrer dans une cage aux lions."

Jean-Pierre Buyle, il faut le dire, a toujours été attiré par l’univers du cirque. Toujours, par tout temps. "Un jour, j’ai téléphoné à Bouglione, à Paris, en lui disant que mon rêve serait d’entrer dans une cage aux lions, avec quelqu’un de la troupe, bien sûr… Je voulais me retrouver face à un lion, mais il n’a pas voulu, il ne m’a pas autorisé." Avis aux patrons de cirque qui posséderaient encore des lions, Jean-Pierre Buyle est toujours intéressé.

Quand il ne plaide pas, Jean-Pierre Buyle écrit, beaucoup. "C’est une bonne manière de se déstresser et de s’analyser", nous confie-t-il. "Plus jeune, j’ai fondé un théâtre qui s’appelait le Théâtre de la démesure et j’avais écrit une pièce qui s’appelait ‘Le compotier’. On a essayé de la monter, mais c’était un peu compliqué, nous nous sommes limités aux classiques. J’ai joué ‘L’étranger’ de Camus, une pièce que j’avais montée chez Claude Volter, qui m’avait vu jouer. Je lui avais dit que ça me plairait de monter sur scène, il m’ a dit de ne jamais faire ça, que c’était un métier très difficile, qu’il était très compliqué de gagner sa vie. Je lui ai demandé s’il ne connaissait pas quelque chose en lien avec la scène, il m’a répondu juge ou avocat". Et voilà comment on façonne une carrière. En matière d’écriture, le grand rêve de Jean-Pierre Buyle serait d’écrire un opéra sur Stéphanie de Monaco. Et le prologue est déjà écrit, qu’on se le tienne pour dit.

"Si j’avais fait le trapèze, ma carrière serait terminée depuis longtemps et j’aurais fini dans une roulotte à la caisse."

Aujourd’hui, il confirme qu’une plaidoirie peut être vue comme un spectacle. Mais il est le premier à reconnaître la difficulté de l’exercice. "Il faut dix ou quinze ans pour bien sentir une plaidoirie", explique-t-il, en insistant sur la difficulté de la transmission aux jeunes. Quand il plaide avec de jeunes collaborateurs de son cabinet, Jean-Pierre Buyle prend des notes et les débriefe par la suite. "Je leur dis ce qui était bon, ce qui l’était moins. Parfois, il y en a un qui vient avec un argument et je dis qu’il ne passera jamais. Puis, ça passe. C’est génial, quelqu’un qui a eu une idée que tu n’as pas eue, qui est plus fort que toi", s’emporte Jean-Pierre Buyle. Qui confirme ce que tous ceux qui le connaissent savent. "J’adore mon métier et dans tout ce que je fais, je suis d’abord avocat".

Son tube de l'été

"L'été indien", de Joe Dassin, découvert au milieu des années 70 à "la bergerie", une discothèque de Courchevel où Jean-Pierre Buyle passait ses vacances avec des cousins. "Le slow crapuleux" parfait.

Sa cantine de l'été

Le Grand Forestier, à Watermael-Boitsfort. "Un des plus beaux couchers de soleil de Bruxelles."

Son livre de l'été

"L’Iliade", d’Homère. "Je l’ai lu en poésie, au Collège Saint-Michel. J’ai hâte de le relire. Ce livre est une épopée truffée d’histoires."

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