Jean-Marc Nollet s'en va grimper le mont Blanc

©doc

Amoureux de la montagne, le député Ecolo s’était déjà attaqué aux 4.809 mètres du géant des Alpes. Sauf que cette fois-ci, c’est son fils qui l’emmène.

Il n’a pas cité Jean Ferrat, mais presque. "Qu’est-ce que c’est beau, la montagne!" Samedi, alors que la Chambre fermait ses portes pour la trêve estivale et que la Belgique s’ébrouait façon défilés et flonflons, le bouillant député Ecolo a pris le large, un de ses fils dans les valises. Direction la vallée de Chamonix, d’où les Nollet, père et fils, s’élanceront à la conquête du mont Blanc – enfin, si la météo l’entend de cette oreille.

CV express

Né en janvier 1970 à Mouscron.

Volleyeur, marcheur et papa de trois grands enfants.

Objecteur de conscience.

Député et chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre (2004-2009 et 2014-2019).

Ministre de l’Enfance et de l’Enseignement fondamental (Communauté française, 1999-2004), de l’Énergie et du Logement (Wallonie, 2009-2014), de la Petite Enfance et de la Recherche scientifique (Communauté française, 2009-2014).

"C’était un rêve de gosse, pose d’emblée Jean-Marc Nollet. Quand j’étais jeune, nos parents nous emmenaient en vacances à la mer, à Coxyde." Et puis, un jour, voilà que leur prend l’envie d’aller s’aérer en Savoie. Une révélation pour Jean-Marc junior. "J’ai trouvé ça fantastique, attirant. Se balader, dormir en refuge. Je m’y trouvais tout simplement bien; chaque année, je voulais y retourner." Et une promesse, face au sommet qui domine majestueusement les Alpes: un jour, il grimpera là-haut. "Il faut le faire."

Une ambition qui sommeille pendant un paquet d’années. Pourquoi? Parce que, à bien y réfléchir, l’affaire est tout de même complexe. "J’ai longtemps cru que c’était injouable. Et ai gardé cette envie pour moi, sans jamais l’évoquer." Jusqu’au jour où, miracle des réseaux sociaux, il tombe sur les photos d’une connaissance ayant dompté la bête. Nous sommes en 2015. Déclic: c’est possible. "Je me suis renseigné sur internet, j’ai beaucoup parlé avec des guides. Et puis je me suis dit: j’essaye."

Alors, l’année qui suit, Jean-Marc Nollet essaye. Seul, avec un guide. Discrètement, puisqu’il n’en parle presque à personne. Ses proches savent bien où il va, mais pas nécessairement qu’il va s’attaquer au mastodonte – après tout, on peut très bien admirer le mont Blanc d’en bas et se contenter de lui caresser les chevilles. "Il faisait magnifique, les conditions était optimales."

"L’effort est intense et on sort de sa zone de confort, mais cela permet de découvrir ses limites, d’éprouver une forme de sérénité."


"J’ai failli arrêter"

Même si le soleil est au rendez-vous, l’ascension reste costaude pour le commun des mortels, loin de la promenade digestive. Si la peur n’y est pas, une question lui trotte quand même dans le ciboulot: "Suis-je capable d’y arriver?" Arrivé aux trois quarts, vers les 4.000 mètres, Jean-Marc Nollet n’est pas loin de craquer. "J’ai failli arrêter. Cela devenait vraiment dur, y compris de respirer, surtout pour un asthmatique comme moi. On venait de descendre un petit peu et on n’apercevait plus le sommet. J’ai eu l’impression d’être face à un mur. La tête qui s’emballe, les jambes qui flageolent. C’est le mental qui m’a permis de reprendre le dessus. Je me suis dit que c’était trop con d’abandonner si près du but. Et que c’était sans doute maintenant ou jamais. Après tout, atteindre le sommet, c’était cela le projet, non?"

Sa cantine de l'été

De Bruxelles et d’Ailleurs, place de la Liberté à Bruxelles, à deux pas de la Chambre.

Ses livres de plage

"La fin du courage (Reconquête d’une vertu démocratique)", de Cynthia Fleury.

Son tube de l’été

"Ocean", de Goldfrapp.

On n’est pas allé vérifier, alors on est obligé de croire sur parole. Il paraît que là-haut, cela vaut le détour. "Une vue à couper le souffle: 360 degrés sans aucun obstacle visuel. Un calme et une beauté; cela ramène à l’essentiel." Dix minutes sur le toit de l’Europe. Cela paraît peu, mais c’est énorme. "Comme vous avez transpiré, vous pouvez rapidement geler." Moins six degrés et le vent qui déboule de partout. "Le guide m’a raconté qu’il avait déjà dû terminer la montée à quatre pattes, tellement le vent était fort." Et puis on redescend – là, ce sont les genoux qui trinquent un peu.

Mais qu’importe. Le jeu en valait la chandelle. "Je pense pouvoir dire que j’ai changé, à l’intérieur. J’en ressors légèrement autre, fort d’une sérénité engrangée. Je me sens mieux avec moi-même, ce que je souhaite faire ou être. Oui, l’effort est intense et l’on sort de sa zone de confort, mais cela permet de découvrir ses limites, d’éprouver une forme de sérénité, de prendre de la hauteur, de goûter pleinement à la vie. En montagne, tout a plus de goût. Au risque du cliché, le bête saucisson que l’on découpe avec son couteau a infiniment plus de saveur que celui que l’on sort de notre frigo. On est tendu vers un but, tout le reste devient secondaire. Ce n’est pas que le temps s’arrête, mais on le vit autrement. Et ce silence. Il me parle, me fait réfléchir."

"Le mont Blanc, mais avec toi"

Pour la petite histoire, c’est d’ailleurs le seul moment où il est impossible de joindre Jean-Marc Nollet, dont le téléphone ne dort jamais. Quand il est à plus de 3.000 mètres, et qu’il ne capte plus de réseau.

Après cette expédition, Jean-Marc Nollet peut rentrer au bercail en se disant que ça y est, il a réalisé son rêve de gosse. D’où la surprise lorsque, en 2017, son fils Diego lui propose de remettre le couvert. "Moi, je l’avais fait, le mont Blanc, je ne l’avais plus en tête." Mais tel est le deal chez les Nollet: tu réussis ta rhéto, tu peux choisir un voyage. Et Diego a choisi le mont Blanc. "Il m’a dit: ‘avec toi’, sourit le député. Quelque part, maintenant, c’est lui qui m’emmène. Je ne m’y attendais pas, mais j’étais ravi!"

©Anthony Dehez

Les voilà donc tous deux partis ce 21 juillet. Non sans préparation. L’an dernier, ils sont allés la voir, cette fameuse montagne. Et ont escaladé un col à 3.400 mètres. "Avec, durant la montée, le mont Blanc constamment en face, pour qu’il le sente un peu." Il y a, aussi, l’inévitable entraînement physique, qui implique de galoper quasi quotidiennement dans les bois. "Il n’existe pas de guide officiel, mais mieux vaut être en bonne condition physique, être reposé, et savoir courir à un bon rythme une heure tous les jours. Et à la fin, le faire tôt le matin, à jeun. Parce qu’en montagne, le principe est de partir tôt, pour ne pas rentrer tard. On quitte ainsi le refuge vers 3h30." Sans oublier un détail: pas d’alcool pendant au moins un mois. "J’ai arrêté à la mi-mai, et ai fait tout le Mondial sans bière."

"Une vue à couper le souffle: 360 degrés sans aucun obstacle visuel. Un calme et une beauté; cela ramène à l’essentiel."


Et puis, sur place, avant d’entamer la grimpette, il faut passer par une formation d’un jour ou deux. Notamment pour apprendre à marcher avec des crampons. "Un vrai piège quand on n’a pas l’habitude. On se retrouve avec comme deux dents de lapin sur le devant." Chute assurée pour qui oublie de lever les pieds. "C’est ce qui m’est arrivé en 2016, je me suis étalé dès le premier pas."

On essaie d’entraîner Jean-Marc Nollet sur sa relation père-fils, mais il coupe court. Vie privée – dès que cela touche à ses enfants, cela ne rate pas. Alors on lui demande si le mont Blanc lui a ouvert l’appétit et si d’autres sommets figurent à son agenda. "Il y en a d’autres auxquels je pense, en Afrique ou en Amérique du Sud, mais tout cela est incertain. Je ne veux pas forcément me braquer et m’engager dans ce genre de défi à répétition. Ce que j’aimerais surtout, c’est de pouvoir partager cette passion pour la montagne." Cela tombe bien. À l’heure qu’il est, à moins que la météo ne leur ait joué des tours, père et fils doivent grimper ensemble, encordés à leur guide.

©doc

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