Stéphane Rutté met le grand braquet avec ses potes

©Anthony Dehez

Ancien nageur de haut niveau, le patron de David Lloyd aurait pu être triathlète. Il se contente aujourd’hui du vélo de route. Pour le plaisir de se dépenser entre copains et se vider la tête.

"Je mets ma tenue aux couleurs d’Ice Watch ou un maillot plus neutre?" Bronzé et détendu, Stéphane Rutté, le patron de David Lloyd Belgique et responsable du développement international du groupe britannique de très chics clubs de sport, soigne son look pour le photographe. Va pour la tenue plus sobre. Maillot blanc, cuissard noir, le voilà qui enfourche son vélo pour quelques tours de pédale sur la drève de Lorraine à Uccle, à l’ombre des hêtres qui protègent la piste cyclable du cagnard de la fin juillet.

Le vélo de route, ce n’est pourtant pas une passion d’enfance du jeune quinqua. Son truc à lui, c’était plutôt le football, le ski et, surtout, la natation: "Mes parents ne voulaient pas que je joue au foot, ils préféraient le hockey. Ils m’ont inscrit au Wellington à Uccle, mais je n’ai jamais accroché", raconte-t-il. Stéphane Rutté confie qu’il a été élevé par des parents assez stricts, surtout son père. "On n’avait pas la télévision alors, je faisais du sport." Issu d’un milieu plutôt aisé, le jeune Stéphane rend aussi souvent visite à ses grands-parents maternels: "Ils avaient une piscine couverte, j’ai donc commencé à nager très tôt."

CV express

• Né en 1966, marié, trois enfants.

• Ingénieur commercial Solvay (ULB).

• Fondateur et associé des Jeux d’Hiver (boîte de nuit) de 1989 à 2002.

• Fondateur et associé de Sushi Factory (livraison de sushis) de 1998 à 2002.

• Administrateur de Traiteur Loriers de 2002 à 2012.

• Depuis 2011, directeur de David Lloyd Belgique (clubs de sport) et, depuis 2017, responsable du développement européen du groupe.

Stéphane Rutté perd son père très jeune. Il a onze ans. Le sport va lui servir d’exutoire. "Je me suis mis à m’entraîner comme un fou à la piscine de Waterloo, à mon adolescence, je m’entraînais 1 h 30 par jour tous les jours." Très vite, il fait de la compétition. Les résultats suivent. Du crawl au papillon en passant par le dos, il fait partie, entre 16 et 20 ans, des meilleurs nageurs belges. "Pour réellement progresser, j’aurais dû faire mes études aux Etats-Unis." Il reste en Belgique et fait Solvay avant de se lancer dans l’entrepreneuriat en cofondant, à 23 ans, avec quelques copains, les Jeux d’Hiver, la très BCBG boîte de nuit du bois de la Cambre. Bon étudiant, mais aussi bon vivant, il sort beaucoup mais ne délaisse pas le sport pour autant. "Vers 22-23 ans, je me suis mis au triathlon, cela me convenait bien car la condition de base pour pratiquer ce sport, c’est d’être bon nageur, cela s’apprend très jeune, il faut des années d’entraînement, détaille-t-il. C’est comme cela que je me suis mis au vélo avec quelques amis passionnés."

Très vite il va accrocher: "Comme la natation, c’est un sport très cardiaque, très mental." Il le pratique six mois par an, au printemps et en été, de manière assez intensive, à raison de 500 kilomètres par mois. Habitant Alsemberg, à quelques kilomètres du David Lloyd, il se rend souvent au boulot à vélo. "C’est un coin très vallonné, c’est parfait. De là, je suis très vite dans le Pajottenland, au bois de Hal, je pousse aussi vers le canal, ou vers Ittre."

"Avec mes amis, on roule à fond, on charrie le dernier arrivé au sommet, il y a un petit côté compétition!"


Passionné mais pas non plus maniaque – "je sais remplacer une roue en deux minutes et changer un pignon mais je ne suis pas un grand mécano" –, Stéphane Rutté ne rechigne pas aux grandes sorties – "deux heures minimum sinon cela ne sert à rien" – le week-end. Mais ce qu’il préfère, ce sont les sorties avec ses amis. "Tout a commencé à Knokke quand mes enfants étaient petits, j’ai commencé à faire du vélo en groupe, je me suis fait plein d’amis comme cela, on partait plusieurs heures rouler aux Pays-Bas et dans l’arrière-pays pendant que les mamans étaient à la plage avec les enfants." Stéphane Rutté assume ce côté un peu macho. "Pour bien en profiter, il faut rouler avec des gens du même niveau", argumente-t-il.

Il s’amuse aussi du virage sociétal pris par la petite reine au fil du temps: "Quand j’étais jeune, il n’y avait pas de quoi frimer quand on parlait vélo en soirée. Aujourd’hui, les gens exhibent fièrement leur tenue et leur bécane, même si ma femme tique encore quand elle me voit en tenue de cycliste alors que c’est devenu très BCBG de se promener comme ça au Zoute!"

Et de fait, un beau vélo, c’est quasiment devenu un objet de statut social, comme une grosse voiture. Le matériel s’est considérablement amélioré et allégé. Stéphane Rutté nous montre fièrement sa bécane: un Trek Madone noir en carbone ultraléger avec dérailleur électrique. Un bel engin dont le coût frôle les 9.000 euros. Comme les pilotes de F1, il possède aussi un "mulet", un Eddy Merckx en carbone avec lequel il se rend au travail. Tous les 3 ou 4 ans en moyenne, il revend sa machine à son marchand pour lui en racheter aussitôt un nouveau plus sophistiqué.

C’est avec cette bicyclette qu’il se défonce le week-end et qu’il part en "vélo trip" avec ses copains. Un moment incontournable. "Chaque année en septembre, nous partons à 10-15 pendant 5 à 6 jours pour rouler 120 kilomètres par jour, raconte-t-il. Cette année, on ira à nouveau en Corse, mais on a déjà été à Majorque, dans le massif de l’Estérel, en Italie, on a fait des grands classiques du Tour de France comme l’Alpe d’Huez et le Ventoux, etc. Souvent, ce sont des parcours pour cyclotouristes organisés par d’anciennes vedettes comme Sean Kelly ou Andrea Tafi."

Une virée entre quinquas qui ne se prennent pas trop au sérieux: "On roule à fond, on se tire la bourre, il y a un petit côté compet’, on charrie le dernier arrivé au sommet, mais le soir à l’hôtel, on en profite et on descend quelques bières en discutant vélo."

"Chez moi, il n’y avait pas la télé alors, on jouait dehors et on faisait du sport."


Intarissable, Stéphane Rutté vous explique comment rouler en peloton, les techniques d’aspiration, les différents types de coureurs… Lui se définit plutôt comme un puncheur: "Je suis trop lourd pour être un grimpeur, je préfère les côtes plus courtes où on peut se donner à fond, je suis donc plutôt, à mon niveau, du style Philippe Gilbert." Pour lui, le vélo vous apprend l’humilité: "Il faut se connaître sinon on risque d’être vidé, de ne plus savoir pousser comme on dit dans le jargon."

Stéphane Rutté dit être parvenu à convertir à sa passion bon nombre de membres du David Lloyd: "C’est vrai, j’ai un petit côté militant car mon métier est de convertir les gens au sport, conclut-il, pas pour perdre du poids – ça, c’est du bla-bla, car pour maigrir, il faut combiner alimentation saine et sport – mais tout simplement pour aérer son cerveau."

Son tube de l’été

Calvin Harris & Dua Lipa "One Kiss". "C’est une chanson très ‘commerciale’ mais le mix entre le DJ et la chanteuse aux airs envoûtants et mystérieux donne quelque chose de très sympa, dansant, avec des belles plages musicales."

Sa cantine de l’été

La terrasse du Toucan à Ixelles. "Un bonheur d’y savourer les produits de la mer. Jean-Michel Hamon, le patron toujours jovial, vient vous saluer et papoter. Il y a aussi la terrasse du Chalet de la Forêt où officie mon ami et voisin Pascal Devalkeneer. Les assiettes sont savoureuses, avec une mention pour les légumes venant en direct de son potager."

Son livre de plage

Joël Dicker, "La disparition de Stéphanie Mailer""Une brique, mais ce n’est pas rébarbatif. L’intrigue est présente tout au long des pages mais sans forcer le lecteur à se précipiter pour connaître le dénouement. C’est lent mais très bien composé. On le lit au gré d’une soirée d’été, sur un transat ou même dans son lit, toujours avec un petit goût de trop peu mais heureux de le reprendre le lendemain."


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