Bart De Smet, L'assureur increvable

Le CEO d’Ageas, passionné de vélo, a prévu de gravir le col du Tourmalet en septembre. Issu de la classe moyenne, il cultive une certaine humilité et un style décontracté.

Rendez-vous était pris avec Bart De Smet, mardi 3 août en milieu d’après-midi, dans les bureaux de la rue du Marquis de l’assureur Ageas à Bruxelles. Lundi matin, coup de téléphone de son assistante: "Monsieur De Smet vous propose finalement que l’interview ait lieu à Louvain. Son vélo est là-bas! Ce sera plus pratique. Et puis vous pourrez faire des photos dans le parc du château d’Arenberg", précise-t-elle. Vendu! En route pour Leuven...

Nous nous retrouvons pour un café sur le coup des 15 heures chez Paolo, un restaurant italien situé à une dizaine de minutes du centre ville.

" Je porte le costume parce que j’avais un repas d’affaires juste avant notre entretien, mais je vais aller me changer tout à l’heure pour mettre la tenue de vélo", s’excuse à demi-mots le CEO de la compagnie d’assurance belge, issue du démantèlement de Fortis.

Pas très fan du costume cravate. " En général, je préfère être dans des vêtements décontractés. Porter le costume, ce n’est pas ce que je préfère, et encore moins la cravate ", enchérit l’assureur.

CV Express

Bart De Smet est né en 1957. Diplômé en mathématiques de l’Université de la KUL, il a également obtenu un diplôme en science actuarielle ainsi qu’en gestion.

Il a débuté sa carrière en 1982 chez Argenta.

De 1985 à 1993, ila travaillé pour la Nationale Suisse comme vice-président exécutif des activités vie.

En 1994, il intègre ING Insurance Belgium où il est membre du comité exécutif en charge des assurances vie individuelle et groupe, ainsi que des activités bancaires, avant de rejoindre Fortis en 1998.

En 2007, il devient CEO de Fortis Insurance Belgium. Depuis le mois de juillet 2009, il est le CEO d’Ageas.

Bart De Smet est administrateur de plusieurs sociétés faisant partie du groupe. Il est également président et administrateur d’Assuralia, l’association professionnelle des compagnies d’assurance en Belgique.

Bart De Smet donne le ton de cette interview et joue la carte de la convivialité. Il affiche une certaine humilité lorsqu’il évoque son parcours, ses origines, une qualité que l’on retrouve d’ailleurs assez souvent dans les rangs des top managers belges (c’est plus rarement le cas outre-Quiévrain, parole de journaliste … française).

D’emblée, le patron d’Ageas tient à évoquer ses parents. " Je remercie mes parents. Je suis issu de la classe moyenne. Mes parents étaient tous deux instituteurs. Ils ont tout fait pour que leurs quatre enfants puissent suivre les études qu’ils voulaient. Ils m’ont permis de m’intéresser à des choses très différentes. Ils étaient tous les deux engagés dans des Asbl. A la maison, les portes étaient toujours ouvertes. Il y avait toujours du monde. "

" Aujourd’hui, je ne pense pas être aussi déterminant pour mes enfants. Ils font leur propre choix même si je suis à l’écoute", conclut Bart De Smet, père d’une fille de 22 ans, étudiante en droit, "qui sait relever les challenges", et d’un fils de 19 ans étudiant en banque et assurance qui a "le sens de l’entrepreneur en lui".

Au jeu de la franchise, Bart De Smet ne botte pas en touche et admet " qu’aujourd’hui, la première priorité, c’est la vie professionnelle même si l’ambition n’est pas une obsession".

Il ne semble pas être du genre à hésiter bien longtemps. " Je n’ai pas pris plus de deux minutes pour répondre lorsque l’on m’a proposé de diriger Ageas, même si c’est un challenge que je n’attendais pas ."

Sa carrière accapare la plupart de son temps, et empiète aussi sur les week-ends durant lesquels il peut consacrer jusqu’à 10 à 15 heures au travail.

Debout entre 5 heures et 5 heures 30. Le samedi ou le dimanche, il s’accorde généralement un jour de grasse matinée, jusqu’à …8H30. Car pendant le reste de la semaine, la journée démarre tôt et se termine tard.

Lever à Leuven aux aurores entre 5 heures et 5 heures 30. Dans les bureaux bruxellois vers 6H25, et rarement au lit avant minuit.

Lorsqu’il était étudiant en mathématique et en science actuarielle à l’Université de Leuven, son agenda était déjà bien rempli. A l’époque, il rencontre sa femme et partage son temps entre les études, le sport et son petit groupe d’amis avec lesquels il participe à des spectacles de théâtre.

Thé ou café?
Café.

Chien ou chat ?
Je dirais chienmême si je n’en ai pas, ni de chat d’ailleurs. Mais à chaque fois que je croise un chat, j’ai l’impression qu’il en veut après moi !

Saignant ou à point?
Saignant mais j’apprécie aussi beaucoup le poisson.

Wallon ou Flamand?
Je suis Flamand mais j’ai aussi beaucoup de respect pour les Wallons et leur façon de vivre que je trouvemoins stressante. Je souhaite livrer un message optimiste. Ils ne faut pas que les Flamands croient qu’ils sont parfaits.

Aujourd’hui, le choix des électeurs en Wallonie comme en Flandre doit être pris en compte. La réforme de l’Etat doit permettre aux Régions de se renforcer là où elles en ont besoin de manière évolutive.

Au sein d’Ageas, je n’ai jamais senti de conflit communautaire. Les gens se comprennent, et parlent les deux langues.

Radio ou télé ?
Plutôt radio. Je suis né en 1957 et suis un grand amateur de musique des années 70-80. Pink Floyd, Genesis, Bowie...En voiture, j’écoute souvent Classic 21 ou Exqi FM. J’apprécie aussi la musique classique mais pas trop l’opéra.

"Tijd" ou "Echo" ?
Je lis les deuxmême si les deux journaux ont souvent tendance à se rapprocher sur le fond.

" Je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil. Cela a toujours été comme cela. A ce niveau de responsabilité, c’est une clé pour survivre", explique Bart De Smet. " J’ai la chance de bien dormir dans l’avion ", précise le dirigeant qui passe environ 60 à 65 jours à l’étranger par an, notamment en Asie et aux Etats-Unis, des marchés où est présent Ageas.

En provenance d’Asie, il a pris l’habitude d’opter pour les vols de nuit. " Je prends un verre de vin et je m’endors. "

A l’aller, le programme du long courrier est nettement plus studieux. " Dans ces cas-là, j’enchaîne sur une journée normale et peux passer 28 à 35 heures sans dormir. "

Deux heures de vélo par semaine. Deux heures pour "tout oublier". Le vide dans sa tête, Bart De Smet parvient à le faire lorsqu’il est sur son vélo à raison de deux heures par semaine.

" J’essaie de rouler le plus vite possible. Ce sont deux heures où je peux tout oublier ", souffle celui qui revêtira quelques minutes plus tard sa tenue de cycliste estampillée AG Assurance, la filiale d’assurance belge d’Ageas qu’il dirigeait avant de prendre la tête du groupe.

" Trois semaines avant la chute de Fortis, j’étais en train de gravir le mont Ventoux ", se souvient-il.

Comme dans le sport, Bart De Smet se voit un peu en tant que CEO en "coach d’une équipe".

Il faut savoir fédérer autour de soi, en évitant d’avoir un trop grand ego.

Telle est la devise de l’assureur que ses interlocuteurs décrivent souvent comme un homme de compromis et un fin négociateur.

Savoir s’entourer de gens qui apportent la contradiction. "L’époque où le patron savait tout est terminée. Il faut investir dans ses collaborateurs en leur donnant des possibilités d’évolution, et en n’hésitant pas à leur faire comprendre qu’il faut commencer par la base", livre Bart De Smet.

Il concède également préférer s’entourer de gens susceptibles lui apporter la contradiction pourvu que cela soit argumenté, plutôt que d’avoir des collaborateurs qui disent "amen" à tout.

Fort de cinq ascensions du Mont Ventoux à son actif et aussi de l’Alpe d’Huez, le patron a désormais en ligne de mire le Tourmalet en septembre, dans les roues des mythiques étapes du Tour de France.

En attendant, il s’échauffe sur les routes de Louvain.

Après la séance photos, il s’éclipse sur son vélo. " Je vais en profiter aller faire un tour. "

La fine pluie qui rendait ce jour-là les chemins pavés assez glissants n’auront pas eu raison de sa passion. Bart de Smet paraît increvable.

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