Anne Demelenne: Le souci de la qualité de vie

La Secrétaire générale de la FGTB a goûté, cinq années durant, à la lumière et la douceur de la Toscane. Cette expérience de vie l’inspire encore aujourd’hui.

Anne Demelenne a choisi de se faire tirer le portrait rue de l’Epée, à deux pas des bureaux de la FGTB, au cœur des Marolles. Elle entendait ainsi mettre en valeur un quartier, populaire par excellence, au pied des ascenseurs menant au Palais de Justice de Bruxelles. Elle voulait également faire découvrir une fresque murale représentant un travailleur, un maçon en l’occurrence. Peut-être peut-on y voir également une référence à son père qui était patron d’une petite entreprise de construction.

Régente en langues germaniques, Anne Demelenne entame sa vie professionnelle par un remplacement qui se terminera, après deux ans, suite au retour de la personne remplacée. Face à la difficulté de trouver un autre poste en plein milieu de l’année scolaire, elle accepte un "dépannage" au Setca, la centrale des employés de la FGTB. Mais ne dites pas qu’elle est arrivée au syndicat par hasard. " Ce n’est jamais le hasard quand on devient syndicaliste: je pense que déjà le choix que j’avais fait par rapport à l’enseignement était dicté par ce souci du contact humain, de faire évoluer les choses positivement. Que ce soit en termes de connaissances mais aussi en termes de réflexion et de comportement. Il y avait cette volonté quelque part d’être un facteur d’émancipation et je pense que le syndicalisme est un facteur d’émancipation, parce que le syndicat c’est l’école de la dignité mais aussi du respect de l’autre. Je pense qu’il y a une logique dans le choix du métier et des options que j’ai prises après."

Des Choix

CV Ex­press

Anne Demelenne est née, le 17 octobre 1957, à Marche-en-Famenne.

1980: permanente du Setca (la centrale des employés, techniciens et cadres de la FGTB) Luxembourg puis Namur (avec un passage à Liège).

1986: départ pour l’Italie.

1990: de retour en Belgique, elle travaille à Febecoop (Fédération belge de l’économie sociale et coopérative).

1995: permanente pour le commerce et le non-marchand au Setca de Namur.

2001: secrétaire régionale du Setca de Namur et présidente des femmes FGTB francophones.

2005: vice-présidente de la section régionale de la FGTB de Namur.

2006: secrétaire générale de la FGTB.

Juin 2010: reconduite (tout comme le président Rudy De Leeuw) pour un mandat de quatre ans à la tête du syndicat.

En 1986, Anne Demelenne plaque tout et part s’installer en Italie. Demandez-lui pourquoi, elle vous répondra "pour des raisons privées". Pourquoi est-elle revenue en Belgique cinq ans plus tard: "pour des raisons privées". Mais son séjour en Toscane est définitivement ancré en elle. "J’ai pris le temps de fonder une famille, d’avoir un fils, c’est un luxe que beaucoup de femmes ne peuvent pas toujours avoir. J’ai découvert une autre culture, une autre langue que j’apprécie beaucoup d’ailleurs. Ça a été très riche pour moi par rapport au contact, par rapport au mode de vie. Je trouve qu’en Belgique nous avons un mode de vie particulièrement oppressant. Je pense que dans d’autres contrées, où cela n’entame en rien le PIB du pays en tant que tel, il y a des styles de vie dont on devrait s’inspirer. Rythme de vie mais aussi respect de soi-même, au niveau du boulot bien sûr mais aussi, par exemple, au niveau des habitudes alimentaires en Italie dont on devrait s’inspirer."

La qualité de vie, la sienne comme celle des travailleurs en général, est un souci permanent pour le numéro deux du syndicat socialiste. Native des portes de l’Ardenne, Anne Demelenne a pris le parti d’emménager à Bruxelles lorsqu’elle fut nommée Secrétaire générale. "Je me suis expatriée de Wallonie effectivement parce que je n’ai pas voulu consacrer les trois heures presqu’obligatoires entre Namur et Bruxelles aux heures de pointe. J’estimais que c’était non seulement une perte de temps mais aussi beaucoup d’énergie. D’autant que je suis attentive à la mobilité." Elle reste toutefois conscience que tout le monde n’a pas cette possibilité, à une époque où l’on ne choisit plus son lieu de travail et alors que nombreux sont ceux qui "y laissent pas mal en termes de qualité de vie". Son exil bruxellois lui a également permis de voir à quel point la Capitale n’est pas toujours accessible lorsqu’on veut faire ce genre d’opération. "Il y a derrière cela le problème des logements peu accessibles, tant en location qu’à l’achat. Mais aussi les problèmes qui découlent du fait d’habiter dans une grande ville comme l’accueil des enfants avec des horaires peu adaptés."

Evasions

Thé ou café? Café, bien sûr. Expresso, macchiato, c’est-à-dire avec un peu de lait.

Plate ou pétillante? Pétillante.

Théâtre ou cinéma? Ca dépend, je ne peux pas choisir. Je dirais les deux.

Devant ou derrière? Devant.

Rock Werchter ou Concours Reine Elisabeth? Werchter mais malheureusement, c'est plutôt de ma jeunesse que de maintenant (rires), je n'ai plus vraiment l'occasion d'y aller. Mais quand je vois les prix des festivals, je trouve cela presqu'indécent pour les jeunes. Cela devrait être beaucoup plus accessible. C'est un budget important. Heureusement il y a encore des initiatives plus abordables, comme le festival de Dour.

Soie ou coton? (rire) coton.

Vin rouge ou vin blanc? Rouge, c'est une question de goût, je ne suis pas fétichiste. Même avec le bar? Il y a des vins rouges frais. Même si pour les vins italiens c'est plus compliqué à trouver, quoiqu'il y en a. Il y a des Pinot noirs, c'est très bon.

Facebook ou twitter? Aucun des deux. Je vais toujours privilégier le contact direct chaque fois que je peux aller à la rencontre des militants ou participer à des assemblées. C'est important et c'est ce qui me motive et me donne beaucoup d'énergie. Je veux bien que ces sites sont des moyens de communication intéressants mais ça reste très virtuel, impersonnel et je privilégie le contact direct.

Rayon temps libres, Anne Demelenne essaye, en tout cas, de passer au moins une soirée par semaine avec son fils, afin de garder un moment privilégié avec lui. Sinon elle pratique le vélo, notamment en forêt de Soignes ou sur le Ravel. "Cela fait du bien au corps mais aussi à l’esprit aussi. Ça permet de prendre un peu de distance. C’est un sport qui permet de bouger, de visiter." Mais pas au point d’être cycliste au quotidien. "Je trouve que rouler à vélo à Bruxelles en semaine, c’est assez dangereux. Je roule surtout le week-end et je trouve que c’est déjà assez périlleux. Mais en journée on pourrait franchement améliorer les choses parce que c’est assez catastrophique. D’une commune à l’autre, on passe de pistes cyclables à rien du tout. Et, malheureusement, je trouve que les automobilistes sont peu respectueux des cyclistes."

Et puis il y a la musique - "j’aime beaucoup aller au Palais des Beaux-Arts écouter de la musique classique" -, le cinéma et le théâtre. "Bruxelles offre beaucoup de possibilités mais il y a aussi des initiatives intéressantes au Théâtre de Namur." Mais la lecture a également une place prépondérante dans les loisirs d’Anne Demelenne. "Je ne peux pas m’endormir si je ne lis pas au moins quinze minutes. Cela me vide l’esprit." Et elle lit toujours deux ou trois livres en même temps. Actuellement sur sa table de chevet se trouve "Viva la robolution", de Bruno Bonnell. "J’ai toujours aimé les bouquins d’anticipation, ceux qui traitent du présent mais surtout de l’avenir. La robotique pourrait résoudre pas mal de problèmes qui nous attendent comme le vieillissement de la population, parce qu’il y a toute une série de services qui peuvent être rendus. Et j’espère que les machines ne vont pas prendre la place de l’homme mais lui permettre de remplir des tâches qui relèvent plus des relations humaines." A côté de cet ouvrage, "La cathédrale de la mer", de l’historien Ildefonso Falcones, une saga familiale qui retrace la construction de Barcelone sur fond de peste et d’Inquisition. "J’apprends beaucoup de choses. Par exemple que pour une cause qui concerne des citoyens, ou même un citoyen de Barcelone, des mouvements populaires pouvaient s’organiser au cri de ‘‘via fora’’ et tout le monde descendait dans la rue pour soutenir cette cause."

A l’heure où vous lisez ces lignes, la Secrétaire générale de la FGTB goûte un repos mérité, non pas en Italie mais dans le nord de l’Espagne, en Galice et dans les Asturies. "Du repos, du grand air. J’espère qu’il n’y aura pas trop de touristes, que ce ne sera pas trop oppressant. Normalement dans ces contrées-là, le climat étant peu certain, ce n’est pas la grande foule de la Méditerranée."

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