Jean-Pierre Buyle, l'avocat qui aurait voulu être artiste

Responsable du département banque et finance au sein du cabinet Philippe & Partners, Jean-Pierre Buyle, le futur bâtonnier du barreau de Bruxelles, aurait pu être trapéziste.

Un emballement contagieux. Quand Jean-Pierre Buyle s’empare d’un sujet, il vous donne envie d’aller voir plus loin. Comme cette photo, par exemple, prise sur la Place de la Justice. Cet endroit, reliant le bas et le haut de la ville est connu. Et pourtant, à écouter l’avocat s’emballer, on se rend compte qu’il n’en est rien.

Qui s’est jamais soucié de savoir d’où viennent ces drapeaux soumis à tous les vents, qu’ils soient contraires ou amicaux? "C’est la place où se trouvait l’ancien palais de Justice", commence le futur bâtonnier de l’ordre des avocats, en plein combat contre le ministre de la Justice sortant, Stefaan De Clerck, à propos de l’affectation future du Palais de Justice de la Place Poelaert.

"Grâce à ces drapeaux que l’on doit à Daniel Buren, c’est la première fois qu’on a une œuvre d’art contemporain dans les rues de Bruxelles. Le soir venu, c’est encore plus merveilleux, il y a un phare au-dessus de chaque mât. Quand on est sur cette place, on voit l’inscription ‘Bibliothèque Nationale’, il y a des barrières Nadar de la police de Bruxelles, des graffitis, un magasin de meubles coloniaux et les poubelles débordent. C’est très Bruxelles, tout ça".

Avocart

CV Ex­press

Avec Jean-Pierre Buyle, le CV express l’est vraiment.Quand on l’interroge sur sa carrière, l’avocat ne retient que quatre dates.

1977: Diplôme en droit (UCL).

1979: Licence spéciale en droit économique (ULB).

1979: Prestation de serment.

Enfin, dès le 1er septembre prochain, Jean-Pierre Buyle, qui anime le département banque et finance au sein du cabinet Philippe&Partners, sera le nouveau bâtonnier de l’Ordre français des avocats du barreau de Bruxelles. Il est également maître de conférence à l’ULB dans le DES (diplôme d’études spécialisées) droit économique. Il se charge de la partie sur le droit bancaire et financier.

L’art contemporain. La grande affaire de Jean-Pierre Buyle. Enfin, l’une des grandes affaires tellement cet homme semble toucher à tout. "Je suis sensible à l’art contemporain. Comme bâtonnier, j’ai décidé de créer une commission ‘Avocart’, qui va mettre l’art au centre de nos préoccupations". Il existe un lien entre les artistes et les avocats, explique-t-il en précisant que tous les deux expriment la contradiction, la création et la résistance.

Touche à tout, vous disait-on. "Plus jeune, j’ai suivi des cours de fusain à l’Académie des Beaux-Arts de Boitsfort et lorsque j’étais étudiant, je faisais beaucoup de gouache".

Il y a aussi eu le théâtre avec, notamment, la "compagnie démesure", un projet entre amis. Après avoir monté "L’étranger" de Camus, ils l’avaient joué à la Comédie Volter. "J’avais dit à Claude Volter que je voulais faire du théâtre. il m’avait répondu: ‘Ne faites pas cela, vous allez crever misère!’. Je lui ai alors rétorqué que comme autre solution, je ferais peut-être le barreau. Il m’avait alors dit: ‘C’est une forme de théâtre’".

Thé ou café?
Café. Cela me fait penser au "Traité des excitants modernes" de Balzac,un livre extraordinaire. Je suis un malade de café.

Lady Gaga ou Madonna?
Ah, Madonna, à 100 %. J’adore, j’ai tous ses disques.Elle est créative et provocatrice.

Bière ou vin?
Ca, c’est vache. Peut-être le vin. J’adore le Bandol, mais il est difficile d’en trouver.

Cinéma ou théâtre?
Aujourd’hui, je suis beaucoup plus théâtre. J’aime ça, on est dans le direct. Je suis capable d’aller passer une soirée à Paris pour voir Isabelle Huppert ou Isabelle Adjani jouer. En Belgique, je peux pleurer en écoutant Jacqueline Bir jouer Phèdre. En ce qui concerne les auteurs contemporains, j’aime bien Eric-Emmanuel Schmitt.

b>Feu ou glace?
Feu parce que ça réchauffe, c’est l’amour. Mais peut-on vivre en permanence dans le feu?

Nord ou Sud?
Je pense au Nord parce que la boussole y mène toujours. Je me sens plus capable de vivre au Nord qu’au Sud.

Salé ou sucré?
Plutôt sucré parce que ma mère faisait d’excellents desserts. Au restaurant, j’aime terminer par un dessert. Je suis fan du chocolat aux noisettes de Côte d’Or et des pralinés de Marcolini.

Jour ou nuit?
Entre les deux. J’aime ce moment particulier, entre chien et loup, quand tout bascule, où l’on sent que tout est possible, quand les bâillements commencent à naître. Heureusement que le jour ignore la nuit et vice versa.

Zen ou hyperactif?
Hyperactif.

Colruyt ou Delhaize?
Delhaize. Ils ont des produits faits pour eux, j’aime ça.

Et l’avocature, alors, une pure vocation? A voir… Dans les airs, il se voyait, sous un chapiteau, il s’imaginait. Virevoltant sous les vivats de la foule. Oui, Jean-Pierre Buyle a voulu être trapéziste.

"Enfant, j’allais voir la plupart des cirques qui passaient à Bruxelles et ça m’impressionnait. La liberté des gens, c’était dans ma tête". Après ses études de droit à l’UCL, bien loin des ors de la piste, il s’est vu journaliste ou architecte.

Et pourtant, poussé dans le dos par un père documentaliste à la BNB, il a fait une spécialisation en droit économique à l’ULB. C’est à ce moment qu’il rencontre Robert Henrion, professeur de droit bancaire et président de la Générale de Belgique. "C’était un homme rigoureux, indépendant et d’une éthique sans nom. C’est lui qui m’a donné le goût de l’avocature".

De Bach à Marylin Manson

Éclectique. Lancez donc Jean-Pierre Buyle sur le thème de la musique, vous ne serez pas au bout de vos surprises. "Je suis en manque de ne pas pouvoir lire le solfège". Enfant, alors qu’il étudiait au Collège Saint-Michel, Jean-Pierre Buyle a fait partie d’une chorale. "Je suis fan de Bach depuis cette époque", commence-t-il avant d’égrener les souvenirs. Déguisé en oiseau pour un spectacle de Béjart ou chantant au Vatican devant le pape Paul VI "perché sur une chaise à porteurs".

Fan de Bach, donc? Résolument. "Je suis triste de ne pas pouvoir lire une de ses partitions avant de m’endormir". "J’ai la collection de toutes ses cantates, sacrées et non sacrées, cela représente des centaines de CD’S. Il écrivait une cantate par semaine".

Si le compositeur construisait ses partitions comme une formule mathématique; à son niveau, Jean-Pierre Buyle essaye d’en faire tout autant lors de la rédaction de ses conclusions. Après s’être emballé sur le compositeur hongrois György Ligeti, "un des compositeurs les plus prodigieux, talentueux"; après avoir vanté le festival Ars Musica, "une musique difficile, non mélodieuse", il dévoile sans vergogne la face nettement plus rock de sa personnalité. Et de citer, en vrac, Madonna, Prodigy, Marylin Manson ou les Franz Ferdinand!

Lui reste-t-il un peu de temps pour la lecture? "Pour le moment, je suis dans Voltaire, surtout les correspondances. Ce qui m’intéresse, ce sont les discours qu’il a écrits". En vacances, il glissera deux livres dans ses bagages. "Dégagements" de Régis Debray et "Le goût de vivre" d’André Comte-Sponville.

Il se déclare également grand fervent de philosophie et de poésie. "Mon poète préféré est Rimbaud. En écoutant Léo Ferré, en courant, j’ai redécouvert "Les Assis". C’est sur les fonctionnaires, c’est plus vrai que nature", lâche-t-il dans un grand rire.

Et sportif avec ça. Le prochain bâtonnier du barreau de Bruxelles joue régulièrement au squash et court environ deux fois par semaine. L’année prochaine, pour fêter le bicentenaire du barreau, il voudrait emmener 200 avocats courir les 20 kilomètres de Bruxelles à ses côtés.

Et chez Jean-Pierre Buyle, même le jogging est prétexte à une petite envolée. "Récemment, je courais dans la forêt en colère, il y avait des arbres cassé partout, des canards hirsutes et des nénuphars fermés, racrapotés".

Un véritable artiste, on vous le disait.

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