Jean-Pol Poncelet: "Je me sens profondément ardennais"

Bienvenue en Ardenne, fief de Jean-Pol Poncelet. L’ancien ministre de la Défense chérit son berceau familial. Terre de ses ancêtres et lieu de villégiature.

Jean-Pol Poncelet est un homme du terroir. Il aime le montrer. Et le démontrer. Rendez-vous est donc pris sur le site de l’Eurospace Center de Transinne. En plein coeur des Ardennes belges. Le temps est à la pluie ce matin d’août. Nous sommes non loin de Carlsbourg, son fief. Notre hôte est décontracté. En vacances. La peinture encore sur les doigts, il a délaissé son pinceau pour se prêter au jeu du "Out of office". Avec amusement et sans nostalgie. Derrière ce lieu qui allie la technologie, la nature et l’environnement, Jean-Pol Poncelet met l’Ardenne à l’honneur. "Une région qui a trop longtemps été le parent pauvre."

CV Express

La carrière de Jean-Pol Poncelet ne se limite pas à son passage en politique. Diplômé de l’école polytechnique de l’UCL (1973), cet ingénieur civil débute sa vie professionnelle chez BelgoNucléaire.

Par la suite, il prendra la présidence de l’Agence belge des déchets nucléaires. Arrive alors son épisode politique. Une entrée sur le tard. Il a 41 ans. Il y restera une dizaine d’années. Une période (1991-2001) durant laquelle il a eu l’occasion d’exercer les fonctions de ministre de la Défense et de l’Energie.

Il en garde de sérieux atouts. " J’y ai appris l’art du consensus. C’est un atout qui me sert toujours aujourd’hui à Paris. Cette culture du compromis est peu présente en France."

La page politique tournée, il entre à l’Agence spatiale européenne où il exerce les fonctions de directeur de la stratégie. Aujourd’hui chez Areva, il dirige la branche du développement durable du groupe nucléaire français. Jean-Pol Poncelet est également membre de l’Académie royale de Belgique.

S’il a toujours occupé des postes importants dans sa vie professionnelle, Jean-Pol Poncelet n’est pas homme de mondanités. Ardennais et fier de l’être, il fait siens les traits de sa région. "Je me sens profondément ardennais. Cela va au-delà de mon goût de la nature. J’en porte aussi son caractère", avoue-t-il. "On dit des Ardennais qu’ils sont souvent coriaces et entêtés. Sans aucun doute. Je suis plutôt méfiant et taiseux." Amoureux de sa terre où il entend bien se faire enterrer, il la chérit jusqu’à souscrire à la fameuse devise locale "une ardeur d’avance."Rien d’étonnant qu’en hiver, Jean-Pol Poncelet s’adonne à de longues promenades dans les forêts ardennaises. En compagnie de son inséparable "makhila", un bâton traditionnel basque. "Les couleurs de l’Ardenne en hiver sous la pluie sont surprenantes. Les forêts sont sombres, nuageuses."

L’été, Jean-Pol Poncelet se consacre à une tout autre passion: le bricolage. Un hobby qui dépasse la sphère de l’amateurisme. Ici, on se rapproche de l’auto-construction. Une autre caractéristique des Ardennais. "Le travail manuel m’apporte énormément d’équilibre. J’ai appris sur le tas et je pense que je me débrouille bien." Ce n’est pas peu fier qu’il a ainsi construit l’entièreté de sa maison, de la cave au grenier. "Je l’ai conçue, dessinée et j’ai effectué moi-même une grande partie du gros oeuvre." Installation de la charpente, pose des ardoises: la reconversion est trouvée. Et pour la petite histoire, alors qu’il était encore en poste au ministère de la Défense, un médecin de l’armée lui a décelé un "doigt ressort", maladie très répandue chez les carreleurs professionnels. Peut-être un peu moins chez les ministres.

Plutôt que de courir le monde avec sa famille cet été, notre ancien ministre de la Défense s’est lancé dans l’aménagement d’un bureau dans les combles de sa maison. Tout en respectant le mode "vacances". "Le plafonnage et la peinture - d’où les petites traces sur les doigts - m’occupent."

Thé ou café?
Très peu l’un et l’autre. Juste un petit café le matin et un peu de thé dans l’après-midi. Et je ne compense pas par l’alcool!

TGV ou avion?
TGV, sans aucun doute! C’est un bel exemple de développement technologique qui a totalement sculpté l’Europe d’aujourd’hui. Sans parler du fait de pouvoir aller à Paris en 1h 20.

Wii ou Playstation?
Ni l’un, ni l’autre mais je mentirais si je ne vous avouais pas que je joue parfois à un jeu sur mon GSM. J’ai un faible pour "Tetris" qui, même s’il est ringard, continue à me passionner.

Boire ou conduire?
Conduire. J’ai fait retaper une Coccinelle. Elle a 33 ans et est en parfait état. je roule tous les jours avec elle.

Quick ou MacDo?
Ni l’un, ni l’autre. je pratique le fast food mais pas ce genre de cuisine. Par contre, je craque pour une pizza.

Eglise ou temple?
J’ai reçu une éducation catholique très stricte. Les fondements sont intacts. Mais avec beaucoup plus de tolérance aujourd’hui que quand j’étais jeune. J’ai certainement mes convictions mais je vis très bien avec d’autres.

Cravate ou noeud pap?
Cravate quand je travaille. Je ne la vois pas comme une contrainte. Je les choisis moi-même et avec une certaine exigence. Je suis classique.

Paris ou Londres?
Paris car j’y vis depuis 10 ans. Mais pas le "parisianisme". Mais Londres est le centre du monde au niveau des affaires, et le coeur de l’anglophonie.

Essai ou roman?
Très difficile car j’aime les deux. Si je dois choisir, le roman car il donne du recul sur les choses.

Juillet ou août?
Pour mes vacances, août. Depuis longtemps, c’est le mois où je peux prendre des vacances. C’était déjà le cas pendant ma vie politique.

Californie ou Saint-Tropez?
La Californie pour son non-conformisme. La Californie est également le berceau de beaucoup de nouveautés technologiques. Saint-Tropez est l’incarnation d’une certaine manière de passer des vacances. Le côté "people" ne me convient absolument pas.

Il ne se décrit pourtant pas comme un casanier. "Ma profession fait que je voyage déjà beaucoup. La tentation est donc plus grande d’être à la maison avec mon épouse que de prendre l’avion. Ce n’était pas possible quand j’étais en politique. A l’époque, si vous vouliez être vraiment en vacances, il fallait indispensablement quitter la Belgique. Aujourd’hui, je trouve donc un grand plaisir à être chez moi. Je suis plus un adepte de petits voyages de trois ou quatre jours." Comme une récente expédition à bord de l’Orient-Express pour rejoindre Venise avec son épouse.

De son cocon familial, il dira peu de chose même si sa famille est sa plus grande fierté. "J’ai vu des drames dans ma vie politique. Il ne faut pas se leurrer, beaucoup d’hommes politiques ont de l’ambition, et font de leur mandat l’oeuvre de toute une vie . Cette ambition se fait malheureusement souvent au détriment de la vie familiale. J’y ai été très sensible et je veille depuis toujours à garder l’harmonie avec ma famille. D’une certaine façon, mon mandat politique a été une leçon de vie. ‘Les pères de famille sont les grands aventuriers des temps modernes’, écrivait Charles Péguy."

Et quand il délaisse la truelle, il se plonge dans la lecture. "Je touche à beaucoup de choses en fonction des circonstances."Boulimique, spécialement pendant ses insomnies, il ne lui faut généralement pas plus de trois jours pour dévorer un livre. "Le dernier que j’ai lu est ‘L'entreprise des Indes’ d’Erik Orsenna. Dans cet ouvrage, le narrateur est le frère de Christophe Colomb." Ses autres auteurs de prédilection sont Jean-Christophe Grangé et Ken Follet. "J’ai un faible pour les romans historiques."

Amoureux de sa région, Jean-Pol Poncelet a reçu une éducation à la mode ardennaise. Dans un collègue à Carlsbourg. "J’ai fait mes études dans un internat à la différence qu’habitant dans le village, j’étais externe. Mais hormis les repas que je pouvais prendre chez moi, je devais faire exactement la même chose que les internes. Ma journée commençait donc à 7h00 par une messe, et le soir après le repas pris à la maison, je devais retourner au collègue pour l’étude jusqu’à 21h15." Trop dur? "Peut-être, mais j’ai eu la chance d’avoir un éducateur exceptionnel qui m’a donné le goût des mathématiques." Et si c’était à refaire? "Non, je n’ai aucun regret." Sauf peut-être celui de ne pas savoir piloter un avion. "Quand j’étais jeune, j’étais fasciné par l’aviation. Mon passage à la Défense m’a donné la chance de piloter le simulateur d’un Airbus."

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