Marc Vossen, le poète méditatif de la bande FM

A dix ans, Marc Vossen, le patron de Radio Nostalgie, se "faisait" sa propre radio. Pourtant, il a fait "son droit", non sans jamais abandonner ses passions: la radio, la musique, la poésie, la méditation...

Rendez-vous est pris à la terrasse du Belga, le café branché de la place Flagey. Marc Vossen nous attend, un bouquin de philosophie orientale dans une main, une tasse de thé vert dans l’autre. Le portrait du patron de Radio Nostalgie peut presque s’arrêter là.

"J’adore cet endroit, frontière entre un quartier populaire et un quartier huppé, j’aime la présence de l’eau derrière moi, des arbres, les maisons de maître, l’église qui inspire à la réflexion, le meilleur fritkot de Bruxelles, ce café, melting pot interculturel… C’est comme ça que j’aime la ville. Et puis à côté de nous il y a la Maison de la radio, un média qui a dicté toute ma vie."

CV Express

Marc Vossen a 53 ans. Ce grand blond bouclé ne les fait pas vraiment. Bruxellois, fils d’indépendants, il se destinait à étudier les arts du spectacle à l’IAD. Devant le scepticisme parental, il opta pour une orientation plus sage: le droit, motivé par un intérêt marqué pour la criminologie.

Mais depuis l’âge de dix ans, Marc Vossen avait la passion de la radio. Il en fera son métier. Après un éphémère début de carrière de fonctionnaire au ministère de l’Emploi, il s’investit à fond dans la radio, écumant toutes les stations privées en vogue dans les années 80: Contact, RFM (l’ex Bel RTL), SIS, Nostalgie, Chérie FM.

Engagé par la RTBF, il lança en 1991 Bruxelles Capitale (intégrée en 2004 dans VivaCité). En 2000, il prit la tête de Nostalgie pour l’installer dans le top 4 des radios les plus écoutées, la faisant passer de 6 à 10% de parts de marché. Son dernier fait d’armes: le lancement de Nostalgie en Flandre en 2008.

Y compris durant les week-ends et les vacances. "Je travaille tous les jours même en vacances depuis 30 ans. Mais cet été j’ai tenté, pendant dix jours, et pour la première fois de ma vie, de prendre de vraies vacances sans penser au boulot". Qu’a-t-il fait de cet intermède inédit? "J’ai tenté de me désintoxiquer en méditant dans le silence ou la musique zen, Je suis un féru de méditation. Tous les jours, j’essaie de m’arrêter quelques minutes pour ne rien faire d’autre que réfléchir. Je recherche alors en moi la force d’avancer."

Cette pause estivale inhabituelle, Marc Vossen l’a aussi mise à profit pour lire ou relire six bouquins à la fois, aller au cinéma, regarder des DVD (la trilogie "Matrix"), déguster des mojitos, aller au resto, traîner chez Filigranes ou à la Fnac et préparer ses vacances à Bali où il emmène ses deux filles, sa compagne et les deux filles de cette dernière.

Le droit mène à tout

Peu connu du grand public, mais figure incontournable du PAF (Paysage Audiovisuel Francophone), Marc Vossen a attrapé le virus de la radio alors qu’il portait encore des culottes courtes et a fait d’un loisir son métier. "Je me souviens d’un Noël en 1967. Mon père, indépendant, avait des soucis avec ses affaires, on n’avait pas acheté de sapin mais il m’avait quand même offert un petit transistor: j’écoutais Stéphane Steeman, Jacques Mercier, Georges Pradez, RMC, les radios pirates qui émettaient en Mer du Nord… J’étais tellement fasciné que j’empruntais l’enregistreur à bandes de mon père pour me faire ma propre radio."

C’est donc tout naturellement qu’à 18 ans, Marc Vossen envisage d’entrer à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion) pour y suivre une formation théâtrale. "Ma mère m’a dit que je devrais plutôt avoir un "vrai diplôme". Comme j’étais intéressé par la criminologie, j’ai fait le droit." La période de ses études correspond à l’avènement des radios libres. Un jour de 1978 l’étudiant en droit pousse la porte de la jeune Radio Louvain-la-Neuve. "J’ai fait un test, puis ma première émission, le thème était l’invitation au voyage, je choisissais mes propres disques, un rêve!"

Mer ou montagne?
Lamer, car elle ouvre des horizons infinis. La montagne aussi… mais il faut grimper!

Chien ou chat?
Le chien, car il rend l’amitié et l’affection qu’on lui témoigne.

Thé ou café?
Le thé vert, les tisanes. Je préfère ces boissons plus douces, le café est trop amer.

Beatles ou Rolling Stones?
Les Beatles, pour leur côté précurseur et rassembleur.

Lève-tôt ou couche-tard?
Les deux. J’ai pris l’habitude de me lever tôt car la radio est un média du matin. Mais lorsque je faisais de l’animation, c’était plutôtdes émissions nocturnes, d’autant que j’ai une voix grave.

"Tintin" ou "Spirou"?
Plutôt Tintin. Cet hebdo publiait des histoires moins enfantines, avec un côté plus profond, plus mystérieux. Je préfère Sambre ou Thorgal aux Schtroumpfs!

Pure FM ou Classic 21?
Classic 21. Cette radio correspond davantage à ce que je suis. Ceci dit, la RTBF a bien fait de scinder son ancienne Radio 21 en deux.

Vin gai ou vin triste?
Gai! Le vin symbolise des valeurs que j’aime: le partage, la chaleur, lerepas. Je ne suis pas un grand connaisseur mais j’ai un faible pour le Saint-Julien.

"Le Monde" ou "La DH"?
"Le Monde", parce qu’il me permet d’apprendre.

Ville ou campagne?
Ville, pour autant qu’elle soit animée, génératrice de rencontres et verte. J’aime ainsi les grandes villes comme Londres, New York ou Paris qui disposent d’immenses parcs. J’ai aussi un faible pour Miami pour son côté cosmopolite et son architecture art déco.

Ses études terminées, Marc Vossen entame alors un parcours un peu chaotique. Il continue la radio en amateur et payé au noir sur une petite station jettoise, Radio Relax, créée par un informaticien surdoué, Francis Lemaire, cofondateur de Radio Contact. 

Parallèlement, il est engagé par les AMP pour vendre des encyclopédies en porte-à-porte. "Je n’étais pas très doué, j’ai dû en vendre une demi-douzaine en trois mois car je ne peux pas faire convenablement ce en quoi je ne crois pas."

Puis vient le service militaire, suivi des six mois de chômage et un mi-temps à Contact: "Je cumulais mes deux passions: la radio et la poésie, je lisais des poèmes à l’antenne, parfois les miens mais aussi ceux des auditeurs". Celui qui se fait alors appeler "Marco la Lune" établit avec les auditeurs une belle complicité, sa voix grave et chaleureuse se prêtant à merveille à l’écoute nocturne.

"En 1983, je venais de me marier, il fallait devenir sérieux. J’ai passé les examens de la fonction publique pour me retrouver au ministère des pensions. Je ne comprenais pas ce que je faisais là."

Ce qu’il comprenait très bien par contre, c’est qu’il voulait faire de la radio son métier, de préférence au soleil. "Radio Monte Carlo organisait un casting, j’ai passé les différentes épreuves et j’ai été engagé à l’essai pour trois mois. Je travaillais avec des gens comme Jean-Pierre Foucault ou Alain Chabat! Hélas, l’essai ne s’est pas révélé assez convaincant, ils ne m’ont pas gardé".

De retour à Bruxelles, Marc Vossen reprend le micro à Contact, lance une éphémère radio 100 % info, Radio Cristal, crée FM Le Soir (qui allait devenir Bel RTL), devient directeur d’antenne de l’ex SIS, dirige Nostalgie, Chérie FM… avant de passer la frontière du service public pour lancer Bruxelles Capitale.

Dix ans plus tard, estimant avoir fait le tour de la question, il accepte de réorganiser Nostalgie détenue par le groupe flamand Corelio et le français NRJ. Le pari sera pleinement réussi. La radio porte réellement sa patte, faite de convivialité, de cool attitude, d’ouverture d’esprit, le tout sans prétention autre que de faire passer de bons moments aux auditeurs. Des auditeurs qu’il aime à rencontrer notamment lors des mémorables "soul party", ces grandes soirées organisées, sous son impulsion par Nostalgie qui réunissent jusqu’à 2.500 personnes au Mirano à Bruxelles.

Un côté gourou

Car Marc Vossen a le sens de la fête et de l’organisation. Pour ses 50 ans, il a monté un tour de chant pour quelque 300 amis à l’Albert Hall à Etterbeek, revisitant les tubes de Marvin Gaye, Frank Sinatra, Lionel Ritchie ou Jim Morrisson… "C’était un peu mégalo, mais qu’est ce que ça m’a fait du bien!"  Ce côté "GO", il est aussi capable de le mettre au service de bonnes causes, comme cette comédie musicale montée pour subvenir aux besoins d’une école accueillant des enfants souffrant du syndrome de Williams (qui sont atteints de troubles d’apprentissage) et qui a recueilli quelque 25.000 euros.

Marc Vossen a aussi un petit côté gourou. Il n’adore rien d’autre que la conversation à bâtons rompus, la confrontation d’idées, "car c’est souvent dans les autres que l’on trouve la force d’avancer." Il aime interroger, dialoguer, renverser les rôles. 

En fin de conversation, l’auteur de ces lignes a ainsi été soumis au flux des questions de son interviewé. "Les médias doivent prendre conscience de leur rôle déterminant dans la construction d’un monde plus responsable et harmonieux, assène-t-il.  Pour cela, ils doivent réussir leur mutation. Nous devons ouvrir des perspectives, des horizons, de manière crédible et constructive, concrète et optimiste. Je voudrais un jour inviter les patrons de médias à évoquer et partager cela."

J-F. S.

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