Michel Meyfroidt garde encore quelques jardins secrets

Bruxellois jusqu'au bout des ongles, gouailleur à ses heures, attiré par l’Afrique, l’administrateur délégué de Brussels Airlines garde quelques parcelles secrètes. Dans le caritatif, par exemple.

Il est quinze heures, nous l’appelons sur son GSM pour préparer l’interview: "J’espère que je ne vous dérange pas ?" "Non, répond-il, j’attends que mes petits-enfants aient fini leur sieste et puis nous irons faire des pâtés sur la plage." Là, nous réalisons que Michel Meyfroidt est en vacances, mais pas tellement loin. Il est au Coq, sur la côte belge. Lui, grand patron de Brussels Airlines (il en est le co-administrateur délégué avec Bernard Gustin), pourrait facilement se rendre loin à l’étranger. Mais son plaisir, c’est de se retrouver en famille avec ses petits-enfants de 1, 2 et 4 ans et vraiment de "faire des pâtés".

" J’ai beaucoup voyagé dans ma vie, surtout du temps de la Royale Belge, mais pour les vacances, je n’ai jamais été compliqué. Si je ne compte pas les quelques jours que je me suis accordés çà ou là à l’occasion d’une mission sur un autre continent je connais l’Afrique depuis trente ans -, je crois que le plus loin que je sois allé est l’Italie. "

CV Express

Michel Meyfroidt (61 ans), marié, trois enfants, est ingénieur civil des constructions (UCL, 1973), a obtenu une licence en sciences commerciales et financières (1978) et est diplômé de l’Insead (1992).

Après quatre ans à Seco (division Ponts), il rejoint la Royale Belge en 1978, en commençant par le département Budget. Secrétaire général en 1987, il devient directeur commercial (1988), puis directeur général adjoint (1994, Assurance-Banque Ippa) jusque 1998.

Après un passage chez Fortis (1999-2002) comme directeur Contrôle de gestion du holding pour toutes les activités d’assurance dans le monde, il entre en 2002 à SN Brussels Airlines comme responsable des domaines financier, administratif et ressources humaines.

Depuis 2008, il est l’un des deux administrateurs délégués de Brussels Airlines. Meyfroidt est aussi administrateur des Assurances Soras (Rwanda) et de diverses autres sociétés, dont certaines à caractère caritatif.

Pour Meyfroidt, les vacances servent surtout à décompresser : " Pour moi, les vacances, c’est d’abord une question d’atmosphère. J’aime les gens. J’adore rester sur une terrasse à me détendre en les regardant passer, mais j’aime aussi faire la cuisine ou faire des excursions. "

Atmosphère, atmosphère…

"Atmosphère", voilà un mot qui revient souvent dans la conversation. Ce qui importe au restaurant, c’est l’atmosphère ; quand il prend l’avion, c’est aussi de l’atmosphère qu’il profite, tout comme lorsqu’il se rend au spectacle. " Je ne suis pas un grand ‘’culturel’’. Je ne vais plus beaucoup au cinéma. Au théâtre, je suis davantage ‘’Revue des Galeries’’. Je ne suis pas un grand lecteur de livres non plus, mais j’ai besoin de mes journaux, quoiqu’avec internet, les habitudes changent… "

Dans sa bibliothèque, on trouve surtout des bouquins de finances et d’économie qu’il aime consulter de temps en temps. La musique ? " J’apprécie la musique classique (Chopin surtout), la chanson française avec des textes et de vraies mélodies. La musique des années 70/80, Joan Baez, par exemple… "

Tous les matins, Michel Meyfroidt enfourche sa bicyclette, roule une vingtaine de minutes pour se rendre au Château Sainte-Anne dont la piscine ouvre à 6h30. Quelques longueurs et puis retour à la maison. " J’essaie d’être chez moi à 7h30 pour écouter ‘’Eco-Matin’’ sur la RTBF. " Et puis, la journée commence vraiment. Pratique-t-il d’autres sports ? " Ma femme, Cécile, me pousse à faire du golf. On m’a dit que c’était bon pour les affaires, mais ce n’est pas trop mon truc. C’est comme les mondanités. Je répondais aux invitations pour faire carrière et j’ai côtoyé tout ce que compte la Belgique, mais tout ça est un peu artificiel… C’est bon pour les jeunes. Mais le golf, je m’y mettrai peut-être un jour. Pour le reste, je pratiquais des sports collectifs, mais avec le boulot, ça n’allait pas, j’arrivais souvent en retard… "

Une activité qui demande moins de ponctualité (une qualité qu’il a) est le jardinage. " Mon jardin est beau et j’y passe beaucoup de temps. Il n’empêche, je suis honteux, parce que j’ai un jardinier depuis deux ans. Il s’occupe de la haie qui a 70 mètres de long et il dégage tous les déchets. Mais j’assume cette entorse ! "

L’homme est aussi bricoleur : la plomberie, l’électricité, la maçonnerie... " A ma retraite, j’envisage de faire un peu d’immobilier, retaper des appartements, j’aime ça. "

Lève-tôt ou couche-tard?
Lève-tôt. Vers 5h30 - 6h00. Et puis je vais à vélo à la piscine du Château Sainte-Anne.

Bordeaux ou Bourgogne?
Bordeaux, toujours !

Vin gai ou vin triste?
Vin gai !

Vendredi ou lundi?
Lundi. J’aime bien les perspectives.

Trois étoiles ou fritkot?
J’étais au fritkot hier soir, mais… (Il hésite) Disons un bon " 1 étoile " !

Knokke ou Saint-Tropez?
Aucun des deux : Le Coq !

Dupont ou Dupond?
Dupont ! Je préfère la moustache relevée. C’est plus " fun ". Dupond donne davantage l’impression de mauvaise humeur !

Nonante ou quatre-vingt-dix?
J’adore les stylos. Mais, comme gaucher, ma main bleuit à mesure que j’écris. Je prends volontiers un crayon pour annoter un dossier.

Nonante ou quatre-vingt dix?
Nonante, bien sûr ! Je préfère la " zwanze " au français ! Je suis bruxellois de cœur.

Cuisine ou salon?
La cuisine. J’aime bien.

Anderlecht ou Standard?
Anderlecht, puisque j’y suis né et que j’ai vécu toute mon enfance au rond-point du Meir.

Penser aux autres

Mais en vérité, sa pension, il la consacrera surtout à sa famille. " Dans ma vie professionnelle, je l’ai beaucoup sacrifiée, je rattraperai le temps perdu si la santé me le permet. "

Catholique pratiquant, Michel Meyfroidt ne sera pas inactif le jour où il faudra passer la main: " Je crois que le plus important est de laisser derrière soi un bon souvenir et d’avoir rendu des gens heureux. " Ce n’est qu’au détour de son CV qu’apparaît sa fonction de président de " Sleep Well ". Une facette du personnage qu’on ne connaît pas.

Sleep Well est une infrastructure qui s’est substituée à l’Auberge de Jeunesse de Bruxelles. " J’en ai pris la présidence en 1999 quand la faillite menaçait. Bien entendu, c’est une activité bénévole… pour racheter ma conscience ", s’excuse-t-il presque. Mais au-delà de l’espace d’accueil de 300 lits au cœur du Marais (rue du Damier), c’est aussi un outil de formation pour des jeunes en difficultés auxquels l’horeca est refusé. Des jeunes envoyés par des centres ou via des juges de la jeunesse.

" Je dis toujours que j’ai quatre vies: une vie professionnelle, une vie personnelle qui est la famille, une vie de loisirs où je privilégie l’atmosphère, et le caritatif car quand on a réussi, il faut penser aux autres."

Et puis, comme s’il s’était un peu trop dévoilé, il revient à des sujets plus terre à terre: " Vous ne m’avez pas posé la question ‘’thé ou café ?’’, parce que j’aurais répondu ‘’café, mais thé quand je suis malade !’’." Et puis on dévie vers la cuisine, ses plats favoris (boulettes sauce tomate, macaronis au jambon, chicons au gratin…), ses bibelots qui évoquent l’univers de Tintin, sa passion pour les expositions Europalia…

La soirée passe vite. Un petit cigare pour terminer? " J’ai un peu fumé quand j’étais adolescent, mais c’est vite passé et je ne fume plus. " Une pause. " On ne peut pas avoir tous les défauts ! "

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