Rudy Aernoudt, l'homme qui a fait de la philosophie son pain quotidien

Rudy Aernoudt se veut "toujours au travail et toujours en vacances". En multipliant les activités, il s’amuse. Son temps libre, il le partage surtout entre l’écriture, la philosophie et ses autres fonctions.

S’il a beaucoup fait parler de lui avec ses livres sur les rapports entre la Wallonie et la Flandre et ses diverses incursions dans la sphère politique, Rudy Aernoudt est avant tout un homme "multi-casquettes". Une réalité qui se conjugue tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée. D’ailleurs cette distinction entre "in office" et "out of office", il explique directement que ça ne lui parle pas. "Durant un tiers de notre vie, on dort, un autre, on s’amuse et le dernier, on travaille. Le travail doit être quelque chose qu’on aime faire. Je suis toujours en vacances et je suis toujours au travail car toute ma vie j’ai toujours fait des choses que j’aimais", indique le cofondateur du Parti populaire. "Puis mon idée, c’est que l’article, c’est moi qui vais l’écrire sur toi", plaisante-t-il d’emblée.

Il estime que le concept de "out of office" est "une pensée binaire". Sur ce, il sort son appareil portable et explique pour étayer son propos: "Je suis devenu un vrai accro, mais avec l’iPhone encore plus qu’avec le GSM, tu n’es jamais vraiment en vacances, plus jamais absent et toujours joignable." Avant d’ajouter en rigolant: "Mais bon, il faut être prudent. Je suis parti à l’étranger 3 jours et j’en ai eu pour 600 euros de facture internet mobile car je n’avais pas désactivé toute une série de services. J’étais par exemple prévenu à chaque fois que la température changeait à Ostende!" Plus sérieusement, il souligne que la technologie a bien évolué mais qu’on y a perdu un peu de notre liberté.

CV Express

Né à Torhout en 1960, Rudy Aernoudt possède deux masters, un en économie et un autre en philosophie obtenus à la KUL. Des études qu’il a complétées par un master au prestigieux et élitiste Collège d’Europe de Bruges.

Il commença sa carrière dans une agence BBL où il fut rapidement promu "credit manager" pour la Flandre occidentale.

En 1988, il partit à la Commission européenne où il s’occupa notamment des aides publiques aux régions. Pendant la présidence belge de 2001, il fut conseiller spécial pour la Belgique. A la fin de celle-ci, il devint chef de cabinet du ministre Kubla.

Aujourd’hui, s’il fait partie du duo de tête du Parti populaire, l’essentiel de son temps, il le passe comme directeur général de l’ONG "one laptop per child".

Rédiger un CV express de Rudy Aernoudt est difficile car nous n’avons même pas mentionné ses activités d’écrivain, ses autres postes comme chef de cabinet, de secrétaire général de l’administration flamande ou encore ses fonctions comme professeur d’économie.

Ceci représente bien cet homme qui est un afficionado de la réflexion sur la vie. La philosophie est une partie intégrante de son être, son essence vitale. "Je ne lis pas vraiment de roman mais, par contre, je me sens presque mal quand je n’ai pas lu de la philo pendant 5 jours. Dans ce domaine, ma soif est insatiable", explique-t-il. Il dit être un adepte de l’année sabatique, mais ses amis en rigolent car à force d’en parler à chaque nouvelle année, "j’ai perdu toute crédibilité à ce propos". "Chez moi, les livres horizontaux sont ceux que je n’ai pas lus et les verticaux ceux que j’ai lus. Il commence à y en avoir beaucoup trop d’horizontaux", ironise l’écrivain. On sent qu’à travers ses nombreux livres, ce diplômé d’économie et de philosophie tente d’associer les deux disciplines. Ecrire et lire sont deux des activités qui l’occupent durant son temps libre. "Comme je ne regarde pas la TV le soir, ça me donne un océan de temps pour m’adonner à ces activités ", souligne-t-il. Avec environ 25 livres à son actif, Rudy Aernoudt est un écrivain prolifique. Des livres qu’il a toujours écrits en parallèle d’une vie professionnelle bien chargée. Son prochain opus, qui n’a pas encore de titre, parlera d’ailleurs de "vivre sans job". Tiens tiens... Le travail est un sujet qu’il a souvent abordé dans ses publications. "L’éloge du (non) travail" et " Arbeid, Lust of last " en sont des exemples évidents.

Il explique que dans sa conception, il faut profiter de tous les moments de la vie, au travail comme à la maison. "Là, je suis entrain de boire une bière avec toi et c’est un moment dont je profite. J’adore passer des soirées autour d’un café pour changer le monde et rendre les petits moments de la vie extraordinaires", explique-t-il. Une douce philosophie qui lui a valu de temps en temps la réputation de doux rêveur. Et la politique? Il estime que ce sont des gens avec des idéaux qui tentent de rehausser le débat qui doivent s’en occuper. Le fait que le PP ait obtenu un siège apportera du financement. Une manne qu’il aimerait utiliser pour faire des études politiques, comme lorsqu’il était lobbyiste. "Quand vous êtes politicien, vos idées arrivent dans le débat public. Vous n’imaginez pas le nombre de travaux qui ne sont jamais portés à l’attention du public", relève-t-il.

Thé ou café?
Je suis un adepte du café. Avant ma première tasse le matin, il vaut mieux que je ne rencontre personne.

Standard ou Anderlecht?
Je sais que ce n’est pas bien pour un politicien mais je déteste le football. Je ne m’intéresse pas au sport et n’arrive pas à me concentrer sur un match.

Couche-tard ou lève-tôt?
Couche-tard. Le soir, comme je ne regarde pas la TV, cela me laisse plein de temps, notamment pour lire ou écrire.

Chien ou chat?
Ni l’un ni l’autre, je n’aime pas trop le concept d’animal domestique. Je les préfère en liberté.

Rock Werchter ou Reine Elisabeth?
Werchter! Quand j’étais petit, chez mes parents, à Torhout, c’était juste à côté d’un festival et j’entendais la musique depuis la maison.

Tijd ou Echo?
Honnêtement, je varie. Je vais souvent dans les kiosques plus tard dans la journée et je prends ce qui reste, en rose. Des fois je ne me souviens même plus lequel j’ai lu.

Belge ou Européen?
Belge, européen et flamand. Je ne veux pas être mis dans un carcan, je suis tout! Ici je suis au Café Mort Subite à Bruxelles, une ville que j’adore, j’adore aussi la Wallonie, etc. L’époque des cowboys et des indiens, c’est révolu!

3 étoiles ou fritkot?
J’aime bien varier. L’autre jour, on a mangé des frites accompagnées de champagne!

Radio ou télévision?
De loin la radio, mais pour écouter de la musique j’aime bien les stations de musique classique ou Nostalgie.

Beatles ou Rolling Stones?
De loin les Rolling Stones. Quand j’écoute Angie, j’ai les larmes aux yeux. Les Beatles pour moi, c’est trop mielleux. "Yellow submarine" ne peut rivaliser avec "I can’t get no satisfaction"!

Du recul grâce à la philo

Une nouvelle fois, la conversation s’éloigne fortement de la sphère privée. Heureusement pour ce passionné, la philosophie lui permet de prendre du recul sur les choses. "Quand on écrit des choses tout à fait mensongères sur toi dans les journaux, ça ne te touche pas. D’ailleurs ça en devient pathétique. J’ai eu des coups de fil de journalistes qui s’excusaient en me disant : ‘Sorry Rudy, mais on m’a dit que je devais écrire du négatif sur toi’." Et dans la politique, c’est précisément cette absence de philosophie qui lui manque le plus. "En politique, surtout en campagne électorale, on passe énormément de temps sur du superficiel et du court terme. Quand j’ai du temps libre, j’ai besoin de profondeur. Beaucoup trop de gens pensent à court terme. Le séparatisme, par exemple, c’est du court terme car le nationalisme n’a pas de futur", lance-t-il.

Son philosophe préféré? Le Français Jacques Derrida et sa théorie de la déconstruction, qu’il adore. "Il s’agit de démontrer que les hypothèses de base de tout système sont si importantes que quand on y touche, tout le système s’écroule", explique-t-il. Il montre ainsi que toute théorie, aussi bien élaborée soit-elle, peut être déconstruite si l’on touche aux postulats. On peut détruire la théorie du capitalisme si on touche au postulat que l’être humain est égoïste. Sa thèse d’étudiant était aussi empreinte de cette philosophie. Il y a tenté de prouvé qu’économie et corruption étaient entrelacées et que si il n’y avait plus de corruption, il n’y aurait plus d’économie. Cela voudrait-il dire que la corruption est indispensable? Non, cela veut dire qu’il faudrait, plutôt que de lutter contre la corruption, lutter contre le postulat que les gens sont corrompus et donc "travailler sur leur conscience pour qu’ils ne le soient plus, volontairement", en déduit l’auteur.

On le sent: avec Rudy Aernoudt, en un instant on passe d’une blague à une réflexion très sérieuse sur l’économie ou la vie. Il faut dire que l’homme n’aime pas trop se pencher sur sa sphère familiale privée. Il ne sera pas du genre à présenter sa famille à la presse ou à faire semblant d’aimer le sport de compétition pour gagner en popularité. Il avoue ne pas être sportif du tout. Il aime cependant faire du vélo à la mer. "J’ai un vieux vélo de dame que j’utilise à Ostende." Né à Torhout en Flandre occidentale, Rudy Aernoudt a trois maisons en Belgique. L’une à Ostende, l’autre près de Gand et la dernière à Lustin, à 10 km au sud de Namur. "À Lustin, je passe plus de temps à côté de mon vélo que dessus (rires), c’est très vallonné, pour les Flamands c’est la montagne !" plaisante-t-il.

Dans quel maison habite-t-il le plus souvent? Celui qui dit être partout chez lui est souvent ces derniers temps à Lustin, juste parce que c’est plus près du boulot. "Pour faire des allers et retours quatre jours par semaine de La Hulpe à Gand, il faut du courage."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés