Vincent Reuter: un homme décidé, fidèle à ses racines

Vincent Reuter, le patron de l’Union wallonne des entreprises (UWE), tient à ses racines: la Wallonie et plus encore la Lorraine belge. "Un vrai creuset culturel qui fait que je me sens bien partout finalement."

Rencontre avec le patron de l’Union wallonne des entreprises (UWE), en haut de la citadelle de Namur. Il choisit une Trappiste, une Orval en fait. Significatif déjà? "Non, non. Je ne suis pas un vrai amateur de bières, sauf de trappistes. Et j’aime autant les flamandes que les wallonnes" confie-t-il.

Une Trappiste, c’est une bière de terroir… Ca compte pour vous?

C’est pour quelque chose dans les atouts que je leur trouve. C’est vrai.

Il n’y a pas de trappiste liégeoise. C’est un manque pour un Liégeois comme vous?

Si j’ai étudié à Liège, je suis né à Arlon. Puis mes parents sont partis au Congo. J’y suis resté jusqu’en 59, quand les ennuis s’annonçaient. Et je suis revenu chez mes grands-parents à Aubange; mon grand-père était ingénieur à l’usine d’Athus. J’avais fait une primaire au Congo, j’en ai fait deux à Aubange, deux autres aux Rivageois à Liège où mon père a atterri en 62 et une dernière primaire tout comme les humanités au collège Saint-Servais à Liège.

CV Ex­press

Huit ans à l’Union wallonne des entreprises. Jamais au cours de sa carrière, leur administrateur délégué n’avait poussé si loin le bouchon de la persévérance. Hormis, évidemment son parcours essentiel dans les méandres du Finlandais Kemira ou de la Société carbochimique. Il en a visité tous les recoins et fréquenté les conseils d’administration successifs.

Le profil de Vincent Reuter, branché sur l’universel, l’ouvrait spontanément au changement. Et à la rencontre...

Né à Arlon en 1952, marié, 3 enfants

Service militaire au Régiment para-commando, de 76 à 78.

Humanités gréco-latines au Collège Saint-Servais (Liège).

Licence en Droit à l’ULg, Droit européen à l’Université de Gand.

Le CEO de l’UWE préside aussi l’Office National du Ducroire et siège au CESRW, à la FEB, au CEQUAL (Centre Wallon de la Qualité), au Conseil de Gouvernance de HEC (ULg) et à l’assemblée des Facultés de Namur.

À part le Hainaut, vous aurez sillonné toute la Wallonie.

Nous sommes même restés 7 ou 8 ans à Bruxelles, puis à Ittre où un propriétaire nous a flanqués dehors pour réoccuper son bien. Pour éviter toute nouvelle blague, on a acheté à Namur. Et là je déménage sur Rixensart.

Vous êtes de nulle part ou de partout?

Je suis fort attaché à mon pays d’origine.

C’est-à-dire la Wallonie?

Non, le Sud Luxembourg. Quand on est de là, on le reste.

Pourtant, ce n’est même plus l’Ardenne.

Oui, c’est la Lorraine, un carrefour de cultures, francophone, germanique, française, luxembourgeoise. Un vrai creuset culturel qui fait que je me sens bien partout finalement.

Quelles valeurs trouvez-vous aux Luxembourgeois, à part leur culture?

Ils sont obstinés. Une bonne chose quand c’est bien appliqué, au travail par exemple. Ou à la volonté de devenir quelque chose ou quelqu’un. Je devrais plutôt parler d’opiniâtreté, ouverte sur l’universel.

D’autres valeurs ardennaises?

Oui, la solidarité. L’Ardenne c’est un chapelet de petits villages où tout le monde connaît tout le monde. J’y ajoute l’ouverture culturelle qui appelle le désir de connaissances linguistiques. A Arlon, ma mère parlait le Platte Deutsch. Ca prédispose.

Et ça vous a orienté vers le droit?

Non, j’ai fait le droit parce que je n’étais capable de rien faire d’autre. Mon grand-père était ingénieur et mon père a fait le droit. J’ai hérité de lui une totale incompétence scientifique et mathématique, ce que je regrette beaucoup. Aujourd’hui, dans une société aussi complexe que la nôtre, il faut une certaine compréhension des questions scientifiques. Ne parlons que du réchauffement climatique; ce sont des enjeux qui deviennent déterminants.

Et si c’était à recommencer?

Sans doute ferais-je les deux: une formation scientifique et le droit quand même, parce que ça correspond à mon fond littéraire et historique. Ca m’a plu dans la vie professionnelle.

Vous avez toujours travaillé pour le banc patronal? C’était un choix, l’entreprise privée?

Oui, ou ce l’est devenu. Parce que je crois à l’initiative privée. On a besoin d’individus entreprenants, dynamiques, de talents qui réfléchissent… pour pouvoir obtenir quelque chose d’un groupe.

Cela ne vous a pas tenté de travailler pour un syndicat à l’époque?

Mais je suis dans un syndicat… Non cela aurait supposé une adhésion idéologique, la dernière chose dont j’ai envie. Professionnellement bien sûr.

Cette aversion pour l’idéologie, elle est née de l’expérience?

Non, je n’ai jamais été militant de parti. Dieu merci, on a des gens qui consacrent leur vie à la politique. Moi, je n’en ai pas les qualités.

Et quelles sont ces qualités que vous n’avez pas?

Il faut d’abord une conviction profonde pour une idée. Moi, je crois qu’aucun parti n’a le monopole des bonnes idées. Il faut ensuite se donner complètement à son mandat. On ne le fait pas en amateur, pour les jetons de présence. Il y en a trop dans la politique belge. Disraeli, quand il était chef du parti conservateur anglais, a remballé un jeune député qui lui demandait s’il pourrait voter selon sa conscience: "vous voterez avec votre parti comme un gentleman et pas selon votre conscience comme un voyou!" Si on n’accepte pas cela, il faut faire autre chose que de la politique. Moi je fais autre chose.

Thé ou café?
Les deux, à des moments différents de la journée. Café le matin, thé l’après-midi.

Reine Elisabeth ou Rock Werchter?
Reine Elisabeth, loin du bruit et de la foule.

Chien ou chat?
Le chat pour sa discrétion et son indépendance.

RTBF ou RTL?
Pourquoi uniquement ces deux là? Je ne choisis pas une chaîne, je choisis des émissions.

Courbe ou droit?
Courbe. Ce sont les courbes qui font le charme de la vie.

Saignant ou à point?
Le boeuf, saignant; le poulet, par contre...

Blackberry ou iPhone?
Que dites-vous? Les GSM, c’est fini?

Cuisine ou salon?
Salon. Que peut-on faire dans une cuisine, sinon y travailler?

FT ou WSJ?
Le Wall Street Journal. Le regard porté par les Américains sur le monde et l’Europe est toujours intéressant.

Grèce ou Allemagne?
Le Parthénon plutôt que la Porte de Brandebourg.

Droite ou gauche?
J’ai deux mains gauches, mais il ne faut vraiment entendre cela que pour le bricolage.

Larousse ou Robert?
Le premier qui me tombe sous la main.

Smart ou Ferrari?
Smart, ça éblouit sûrement moins les dames, mais ça se gare plus facilement.

On ne manque pas de discipline à l’Union wallonne?

Non, il y en a, mais elle n’est pas au service d’un parti. Les entreprises n’ont pas de parti particulier.

Ce que vous avez trouvé d’unificateur et de stimulant à l’Union wallonne, c’est quoi?

Je crois que c’est la confiance dans la volonté d’entreprendre et de réaliser quelque chose.

Encore faut-il savoir ce que l’on veut réaliser.

Très juste. Les entrepreneurs privés sacrifient leurs finances, leur famille, eux-mêmes, pour mener à bien leur entreprise. Peu importe ce qu’ils font.

Peu importe?

Oui, peu importe ce qu’ils font. On est libre de créer. Tout qui met tout cela dans un plateau de la balance, je lui tire mon chapeau. Moi, je ne l’ai jamais fait. Je ne sais pas si je le ferai un jour. Prenez Eric Domb qui a rêvé de son parc pendant des années, qui a mis des années pour y arriver et qui n’est pas au bout de ses peines,… Chapeau! Je ne parle pas comme représentant de l’UWE. Là, je vous dirais qu’il faut privilégier l’emploi ou le résultat. Non, ici, je salue l’audace et la prise de risque.

Et vous regrettez de ne pas être passé à l’acte?

Pas vraiment. Il faut réussir et ça suppose des compétences, des connaissances, des notions de base au service d’une volonté et d’une stratégie. Ce qui nous unit à l’Union wallonne, c’est la fierté d’aider ces gens-là en tant qu’organisation, en travaillant à un bon cadre législatif et réglementaire.

Je me suis laissé dire que vous faisiez votre jogging ici à la Citadelle de Namur.

J’aime bien cet endroit. Et physiquement, j’aime bien sentir que je suis encore capable de quelque chose. En fait, j’ai eu une enfance très heureuse; j’avais le sentiment que la vie était trop facile. Puis, j’ai fait mon service chez les paracommandos. J’aime bien me jauger.

Ca ne vous gêne pas des séries comme celle-ci qui fait de vous une vedette…, une personnalité.

"Vedette", c’est beaucoup dire. Je suis moi-même intéressé par la personnalité des autres. Il est difficile de ne pas avoir de préjugés sur les gens et très souvent, ils sont défavorables. On s’arrête à ce qu’on en sait par leur vie professionnelle. Finalement, votre série, ça aide à détruire les préjugés, les préjugés favorables aussi. Mais bon, j’en prends le risque.

Si on vous prend pour un casse-pieds, ce n’est pas vrai, si je comprends bien?

Je le suis sans doute parce que je suis relativement exigeant. Mais je suis aussi plus chaleureux que je n’en donne l’impression, plus soucieux des autres que je ne peux le montrer et infiniment plus tolérant que ce qu’on peut penser.

Et ça vous sert dans le monde de l’entreprise?

Bien entendu. Quand vous connaissez les gens, vous êtes mieux à leur écoute. l

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