La famille de Spoelberch (AB InBev) citée dans les Panama Papers

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Le nom de la famille de Spoelberch, une des plus riches de Belgique et connue comme étant un des actionnaires historiques d'AB InBev, apparaît dans le nouveau scandale financier offshore.

La noble maison de Spoelberch, la famille la plus riche de Belgique – qui est aussi le principal actionnaire du géant brassicole AB InBev – détiendrait un embrouillamini de sociétés panaméennes, au point que plusieurs descendants ne s’y retrouveraient plus. C'est la nouvelle révélation de l'enquête de l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) qui regroupe notamment plusieurs journaux belges (De Tijd, Le Soir, Knack et MO).

Avec l'affaire LuxLeaks, nous avions déjà révélé comment la famille de Spoelberch payait un minimum d’impôts grâce à une gestion de ses actions AB InBev  et de nombreuses actions d’entreprises (belges) organisée à partir du Grand Duché de Luxembourg.

En février de l’an dernier, il est également apparu que certains membres de la famille détenaient un compte secret auprès de la banque HSBC à Genève (Suisse).

Une autre révélation indiquait que l’Inspection Spéciale des Impôts menait une enquête approfondie sur la famille de Spoelberch. D’après les " Panama Papers ", des descendants de la famille se cacheraient derrière des sociétés-écrans. Ces sociétés portent des noms banals tels que Retro Marketing Corp., Rolph Marketing Corp., Greyberg Holdings et Artistissimo Corp. Toutes ces sociétés ont été achetées par des intermédiaires situés en Suisse et au Luxembourg.

Comment les choses ont-elles été organisées en coulisses? Le 18 janvier 2008, un conseiller financier suisse du cabinet Hirsch & Cie a "commandé", par simple e-mail, deux sociétés fantômes auprès d’un fournisseur: Mossack Fonseca. Ces sociétés devaient être "clé sur porte". Et totalement anonymes, avec des actions au porteur, comme d’habitude. Cette fois, à la demande d’un client belge du bureau suisse, Rodolphe de Spoelberch, domicilié à Bruxelles, peut-on lire dans ces mails. Le vicomte Rodolphe de Spoelberch (58 ans) siège dans les holdings d’investissement des actionnaires historiques d’AB InBev.

"Veuillez trouver ci-joint notre nouveau stock de cent compagnies clé sur porte."

De Spoelberch devient ainsi, en un rien de temps, propriétaire de deux firmes panaméennes. Les noms des entreprises sont choisis de manière totalement aléatoire. Car à peine un mois plus tôt – soit le 20 décembre 2007 – Mossack Fonseca avait, à partir de son siège social au Panama, envoyé un e-mail à sa filiale en Suisse avec le nom de cent sociétés panaméennes prêtes à la vente. Littéralement de A à Z: de la firme Anarcher Trading Corp. à Zutra International S.A. Avec le message: "Veuillez trouver ci-joint notre nouveau stock de cent compagnies clé sur porte". Cent sociétés écrans "prêtes à l’emploi", dont Rolph Marketing, une des deux sociétés panaméennes qui allaient se retrouver un mois plus tard dans le giron des de Spoelberch.

Même si, en avril 2008, de Spoelberch est officiellement nommé "directeur" des deux sociétés fantômes panaméennes, ce sont des hommes de paille situés au Panama qui s’occupent de toutes les démarches et formalités. L’adresse officielle des deux sociétés est bien entendu celle du siège social du fournisseur, Mossack Fonseca: Mossfon Building, 2e étage, East 54th Street, Panama. Les procès verbaux des réunions officielles des sociétés ne mentionnent que les hommes de paille parmi les personnes présentes. La seule chose qui compte véritablement, c’est que de Spoelberch détient les actions de ces sociétés écrans. Jusqu’à ce qu’il n’en ait plus besoin et les laisse mourir de leur belle mort.

La machine des sociétés fantômes panaméennes tourne à plein rendement pour les jeunes descendants de la famille AB InBev, comme les trentenaires Alexis et Patrice Bailo de Spoelberch, les fils de Luka Bailo, qui s’est marié en 2001 avec Alice de Spoelberch. En juin 2011, celui-ci exécute pour les deux frères les mêmes démarches que Rodolphe de Spoelberch. A la différence que cette fois, l’achat des sociétés panaméennes se fait via un cabinet d’avocats luxembourgeois, Chorfi, Weinacht & Associés (aujourd’hui WGL). La société Artistissimo Corp., qui porte le numéro 62153, est "commandée" et "retirée de l’étagère".  Le jour même, deux actions au porteur sont émises. Et le 11 octobre 2011, Alexis et Patrice deviennent également directeurs de la société, aux côtés de la société Unique Management Inc., située aux Seychelles.

Dédale de sociétés écrans

Les choses vont tellement vite que même les propriétaires se perdent dans leur propre dédale de sociétés écrans: en février 2015, le fournisseur Mossack Fonseca a dû rechercher qui se cachait derrière l’entreprise panaméenne Retro Marketing Corp. Après quelques échanges d’e-mails, le cabinet d’avocats suisse, Lecocqassociate a pu confirmer que les frères de Spoelberch étaient encore – depuis avril 2011 – directeurs de la société, mais ne l’utilisaient plus, admettant ne plus savoir exactement qui gérait la société pour leur compte, avons-nous découvert dans les e-mails. En juin dernier, pour empêcher que leur société écran continue à rôder sans objectif, les frères ont envoyé les papiers de liquidation de leur firme panaméenne. Les frères de Spoelberch résident aujourd’hui officiellement en Suisse et à Monaco, mais ils ont signé ces papiers à partir de Saint-Tropez. "A clôturer par nos avocats suisses" "A l’attention de notre fournisseur d’entreprises au Luxembourg".

Traditionnellement, la famille de Spoelberch observe le silence. Le service de presse d’AB InBev insiste sur le fait qu’il s’agit ici de personnes, et non du groupe brassicole. Le cabinet d’avocats suisse, Lecocqassociate, explique que les jeunes de Spoelberch n’étaient pas au courant que leurs anciens avocats – qui géraient leur fortune – avaient créé la société offshore Retro Marketing Corp. Ils ne l’auraient même pas utilisée eux-mêmes.

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