Qu'est-ce que Didier Bellens faisait dans les îles Vierges?

©BELGA

L'ancien patron de Belgacom Didier Bellens, décédé en février dernier, a été le directeur de deux sociétés offshore implantées aux îles Vierges britanniques, ressort-il des "Panama Papers". Sur la même période, il était encore à la tête de l'entreprise publique. L'opacité de ses agissements dans les Antilles pose question.

Nouvelles révélations tirées des "Panama Papers". Parmi les plus de 700 Belges impliqués dans la gigantesque fuite de documents fiscaux prouvant l'existence de comptes offshore établis par l'intermédiaire du bureau d'avocats panaméen Mossack Fonseca, Didier Bellens, grande figure de la vie économique du pays.

©Jef Boes

A l'annonce de son décès en février dernier, tout le monde a gardé en mémoire l'action d'un homme considéré comme un des patrons belges les plus marquants de ce début de siècle. Didier Bellens avait dirigé Belgacom de 2003 à 2013. Son parcours à la tête de l'opérateur télécom avait été émaillé de plusieurs polémiques, mais jamais son nom ne s'était retrouvé mêlé à une affaire d'évasion fiscale.

Avec la découverte des millions de fichiers mettant encore plus au jour le système des paradis fiscaux, nos confrères du journal De Tijd, membre du consortium par lequel l'affaire des "Panama Papers" a été révélée, ont enquêté sur les agissements de Didier Bellens aux îles Vierges britanniques.

Entre 2007 et 2015, alors qu'il dirigeait Belgacom sur cette période, Didier Bellens était également le directeur de deux sociétés offshore implantées dans ce discret archipel des Antilles. Le nom des structures: Calpe Investment et Calpe Management. Leur siège n'est autre que le bureau local de Mossack Fonseca et l'affaire a été initiée depuis Gibraltar par North Atlantic Trust Company, sorte de cabinet fantôme avec à son actif 420 autres sociétés écrans issues des montages panaméens. L'activité de Didier Bellens y est recensée dès août 2007 selon un fax envoyé à Mossack Fonseca par cette fiduciaire de Gibraltar.

Deux associés des plus troubles

Parmi les personnalités assurant la gestion de ces deux entités figure notamment Giovanni Paganini Marana, un trader domicilié à Rome et ayant perdu quelque 120 millions d'euros appartenant à ses clients avant de se suicider en septembre 2012.

L'autre financier, Giovanni Battista Piacitelli, basé à Genève et qui a été condamné en septembre 2012 à 900.000 livres de pénalité par un tribunal londonien pour manipulation de marché, apparaît également dans l'organigramme de ces deux sociétés offshore.

©rv

L'été 2013, soit moins d'un an après le suicide de Paganini, le cabinet panaméen Mossack Fonseca commença à se poser des questions sur la réputation de Bellens et le risque de le maintenir dans ses montages fiscaux alors qu'une enquête est menée en Belgique dans un dossier de corruption contre celui qui quittera au mois de novembre de la même année la direction de l'opérateur historique.

L'affaire ne s'arrête pas là. Devant la volonté d'anticiper la liquidation des sociétés aux îles Vierges, la gendarmerie financière de l'archipel, la Financial Investigation Agency (FIA), enquête et produit un rapport dévastateur sur la gestion des deux sociétés en question. Opacité dans la nomination des administrateurs ou encore l'absence ou la non-conformité de rapports financiers ont alors mis la puce à l'oreille de la FIA.

Pourquoi établir des montages aussi opaques?

L'épilogue pour Didier Bellens intervient moins d'un an avant sa mort (image ci-contre). Il a démissionné de ses fonctions dans les deux sociétés en juin 2015. Par la suite, on apprend que Calpe Investment était actif comme holding d'investissements en Belgique et en Suisse. Les conseils en investissements étaient donnés par une autre filiale estampillée Calpe, à savoir "Calpe Advisory Services". 

Un expert fiscal a analysé ce montage d'entreprises pour nos confrères du Tijd. Selon lui, "procéder à de tels investissements peut se faire depuis la Belgique, la Suisse ou l'Italie, alors la construction établie aux îles Vierges doublée par les conseils d'un bureau basé à Gibraltar est par définition louche, suspect."

Beaucoup de questions émergent à la lueur de ces révélations. Que cherchait à faire aux îles Vierges le patron d'une des plus grandes entreprises de Belgique? Pourquoi établir des montages aussi opaques? Quels sont les liens réels entre Didier Bellens et ses associés peu fréquentables? John Bigwood, l'ancien avocat du principal intéressé n'a pas voulu répondre à ces questions. Chez Proximus, on affirme ne "jamais avoir été mis au courant par monsieur Bellens de ces activités." 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés